Société

Les bons coups d’Expo 67

Prouesses technologiques, artistiques, logistiques… C’est fou ce qu’Expo 67 a révélé comme savoir-faire !

En doublant la taille de l’île Sainte-Hélène, La Ronde a trouvé sa place ! (Photo : Fonds Germain Beauchamp)

MONTRÉAL, L’ÉLUE
L’Exposition universelle de 1967 devait célébrer le cinquantenaire de la Révolution russe, à Moscou. Mais en avril 1962, l’Union soviétique se désiste — officiellement en raison des coûts. Grâce aux efforts du maire Jean Drapeau, le Bureau international des expositions, situé à Paris, désignera Montréal comme ville d’accueil le 13 novembre 1962. Il ne reste alors que quatre ans et demi avant l’ouverture !

UN NOM MARQUANT
Le nom officiel est Exposition internationale de Montréal en 1967. Dès 1962, Jean Drapeau adopte le diminutif Expo, et l’usage se répand. L’appellation sera reprise pour toutes les expositions universelles subséquentes dans le monde, en anglais comme en français.

SAUVÉE DES EAUX
À l’hiver 1963, le maire Jean Drapeau décide qu’Expo 67 se tiendra… au milieu du fleuve ! Il s’agit de remblayer une série d’îlots et de frayères à poissons, afin de doubler la superficie de l’île Sainte-Hélène et de faire surgir une île de deux kilomètres carrés — l’île Notre-Dame. En moins de 11 mois, un million de voyages de camions empileront 25 millions de mètres cubes de roc — de quoi remplir 13 stades olympiques. Comme les remblais provenant de la construction du métro de Montréal ne suffisent pas, on sacrifie l’île Ronde, que l’on gruge entièrement, et dont il ne reste qu’un bassin et un nom : La Ronde, construite sur l’île Sainte-Hélène !

Le coût d’une longue balade en minirail : 50 cents ! Une petite ? 25 cents. (Photo : Fonds Germain Beauchamp)

LE GÉNIE DU GÉNIE
Après le remblayage des îles, il n’y a plus que 1 015 jours pour construire 847 pavillons et bâtiments, 27 ponts, 75 km de routes et de trottoirs, 200 km d’égouts et de canalisations, 25 000 places de stationnement, et planter 15 000 arbres. Les ingénieurs s’appuient sur le même système informatique que celui qu’utilise la NASA pour son programme spatial. À l’hiver 1967, tout est prêt, sauf le complexe immobilier Habitat 67, qui sera orné d’une banderole « Travaux en cours » — l’ensemble sera achevé en 1970.

UN ENGOUEMENT INOUÏ
Avec 50,2 millions de visites, Expo 67 établit un record de fréquentation, d’autant plus impressionnant que le pays d’accueil ne compte alors que 20 millions d’habitants. Dès l’ouverture, le 28 avril, la foule est de 320 000 personnes. Au jour 3, il viendra 569 500 visiteurs. Quant à La Ronde, elle recevra 22 millions de visites cette année-là, soit plus de 10 fois la fréquentation actuelle.

Jackie Kennedy, veuve de John F., n’est pas passée inaperçue. (Photo : Getty Images)

UN RECORD D’EXPOSANTS
Aucune exposition universelle n’avait réuni autant de pays participants : 62 ! Outre 42 pavillons nationaux (les pays africains étaient regroupés en un seul, de même que les pays scandinaves), le public pouvait visiter 5 pavillons provinciaux (Québec, Ontario, provinces de l’Ouest, provinces atlantiques et Yukon), 3 d’États américains (New York, Maine, Vermont) et 31 pavillons thématiques institutionnels et industriels (du Téléphone, de la Jeunesse, de l’Agriculture). Un magazine féminin avait même son pavillon : la maison Châtelaine !

LE DÉFILÉ DES ARTISTES
Expo 67 a été le cadre de 6 700 spectacles professionnels et amateurs. Près de 700 se sont tenus au Festival mondial de la musique, lequel réunissait à lui seul 25 000 artistes de 25 pays dans quelque 110 spectacles payants. Jamais une manifestation artistique n’avait rassemblé une telle diversité : la plupart des grands opéras et orchestres du monde sont venus, y compris le Chœur de l’Armée rouge, mais aussi Jefferson Airplane, Grateful Dead et Dave Brubeck.

LE BAL DES CÉLÉBRITÉS

La veille, le général de Gaulle lançait son « Vive le Québec libre ! » (Photo : Getty Images)

Parmi la soixantaine de chefs d’État et de gouvernement reçus, le public verra défiler la reine Élisabeth, les rois de Belgique et de Thaïlande, l’empereur d’Éthiopie, le président américain Lyndon Johnson et le général de Gaulle. Le jet-set n’est pas en reste : l’animateur de télé Ed Sullivan vient enregistrer deux émissions à l’Expo, mais on y voit aussi le sénateur Robert Kennedy et sa belle-sœur Jackie Kennedy, les chanteurs Bing Crosby, Petula Clark, Maurice Chevalier et Luciano Pavarotti, l’acteur Laurence Olivier, et Grace Kelly, princesse de Monaco — qui fera une fausse couche à l’hôpital Royal Victoria.

UNE OASIS DE PAIX
Dans une décennie marquée par l’agitation sociale et la contestation violente, le pire n’a pas eu lieu : malgré les 27 menaces d’attentats à la bombe (tenues secrètes), on n’a jamais trouvé de bombe. Même le Front de libération du Québec (qui sera à l’origine de l’enlèvement puis de la mort du ministre Pierre Laporte, en 1970) avait décrété une trêve d’attentats pour la durée de l’Expo. Tout de même, le service d’ordre a déploré une mort accidentelle, 20 décès par crise cardiaque, 2 400 interventions de premiers secours et 1 800 vols.

EXPO APRÈS L’EXPO
Expo 67 a été la première exposition universelle à se doter d’un lieu permanent — Terre des Hommes. La plupart des constructions n’étaient pas conçues pour résister aux années, sauf La Ronde et quelques pavillons, dont celui de la France (aujourd’hui un casino). Montréal démolira une partie des installations pour accueillir les bassins des sports aquatiques des Jeux olympiques et la piste du Grand Prix de formule 1. En 1978, le site délabré de l’Expo sert de décor pour deux films postapocalyptiques : Quintet, avec Paul Newman, et Greetings From Earth Part 2, un épisode de la première série de Battlestar Galactica. Il sera définitivement fermé en 1984.