SociétéMétéo extrême

Des élus sur le gril

Nos dirigeants doivent être mieux préparés pour affronter les changements climatiques.

Philippe Couillard doit se mouiller davantage.
(Photo : Graham Hughes / La Presse Canadienne)

Si vous rencontrez un politicien lors d’un barbecue cet été, plutôt que de lui parler de corruption, ce serait une bonne idée de lui causer de changements climatiques, peu importe qu’il travaille au niveau municipal, provincial ou fédéral.

D’accord, maintenant que les inondations sont maîtrisées, la tentation est grande de passer à autre chose. Après ce printemps pourri, on peut être impatient de planter ses tomates ou d’aller taquiner la truite mouchetée.

Des milliers de familles, pour leur part, vont passer l’été noyées dans la paperasse, le nettoyage et les travaux pour remettre leur vie en place. Le moins qu’on puisse faire pour ces sinistrés est d’exercer des pressions sur les élus, pour que leurs promesses de mieux préparer le Québec aux prochaines catastrophes ne soient pas de vaines paroles de circonstance.

La météo extrême des derniers mois nous a permis à tous d’en apprendre plus sur ce qui cloche. Pour éviter que votre politicien ne se dérobe devant vos questions, abordez-le en lui causant baseball.

Commencez par une balle rapide : comment se fait-il qu’on puisse cartographier les confins du cosmos, mais qu’on ne dispose pas, en 2017, d’une carte des zones inondables digne de ce nom pour chaque région du Québec ? Avoir accès automatiquement à ce type d’information quand on achète une maison n’est pas un caprice : il y a 1,8 million de personnes dans cette situation au pays, selon le Bureau d’assurance du Canada, et plus de 90 % de ceux qui résident dans une zone à risque l’ignorent ! révèle une étude de l’Université de Waterloo.

Enchaînez avec une balle tombante : pourquoi le Canada est-il le seul pays du G7 dépourvu d’un programme national d’assurance en cas d’inondations ? Ce type de programme, qui met à contribution les assureurs privés, permet une répartition plus équitable des risques financiers en pareille catastrophe. La prime pour assurer une maison située en zone inondable devrait être plus élevée — sans être hors de prix —, ce qui aiderait à rendre les propriétaires riverains plus conscients du risque. Le système actuel, où l’État ramasse le gros de la facture au nom de tous les contribuables, est inéquitable en plus d’être chaotique.

Allez-y soudainement d’une balle courbe : demandez à votre élu ce qu’il pense du rôle de l’étalement urbain dans les inondations qui touchent le Québec à répétition.

Il évitera le retrait sur trois prises s’il vous répond qu’une quantité affolante de milieux humides, ces précieuses éponges qui absorbent les précipitations, ont disparu sous une couche d’asphalte.

Il frappera un coup sûr s’il dit approuver le projet de loi, à l’étude à l’Assemblée nationale, qui empêcherait tout empiètement futur sur ces écosystèmes. Un double est à sa portée s’il compte s’assurer qu’il n’y aura pas d’échappatoires par lesquelles pourraient se faufiler les promoteurs immobiliers et les maires accros aux nouvelles constructions tous azimuts.

Offrez-lui enfin une chance de frapper un coup de circuit sur votre balle-papillon. Quel lien fait-il entre les inondations de ce printemps et les changements climatiques ?

S’il commence par répondre qu’il est scientifiquement impossible d’établir un lien direct entre les deux, il est en train de prendre un bon élan. Les modèles climatologiques ne peuvent pas plus prédire la date de la prochaine inondation que la température qu’il fera le 12 juin 2024.

S’il reconnaît que les événements météo extrêmes vont se multiplier en raison du réchauffement climatique, il vient d’établir un solide contact avec la balle.

S’il ajoute qu’il est honteux que le Québec soit incapable d’atteindre ses propres objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2020 — comme il a été confirmé ce printemps —, il expédie la balle bien au-dessus du champ centre.

S’il promet, par solidarité avec les sinistrés d’aujourd’hui et les générations futures, d’en faire une grande priorité, c’est un coup de circuit.

Mais pour ça, il faut que vous soyez en présence de Philippe Couillard. Car seul le premier ministre du Québec a le bâton requis pour expédier la balle au-delà de la clôture sur ce coup.