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Visiter Lac-Mégantic autrement

Quatre ans après la catastrophe, le défi reste de protéger l’économie de la région tout en respectant les résidants éprouvés. 

L’Église Sainte-Agnès de Lac-Mégantic (Photo: Numéra – Claude Grenier)

À la gare patrimoniale de Lac-Mégantic, le seul bâtiment du centre-ville encore debout après les démolitions qui ont suivi les explosions de wagons-citernes, le 6 juillet 2013, les touristes se font de plus en plus nombreux à mesure qu’approche la date anniversaire de la tragédie. L’an dernier, 10 000 curieux sont venus voir l’ampleur du trou créé par les explosions. Et cette année encore, la visite qui s’annonce risque d’être une épreuve pour bien des Méganticois.

Quatre ans, c’est très récent quand on a souffert d’un choc de cette amplitude. Selon le rapport annuel d’évaluation de la Direction de la santé publique de l’Estrie, 7 adultes sur 10 éprouvent toujours des symptômes très nets de stress post-traumatique. Mais le tourisme est vital pour la santé économique de la ville estrienne de quelque 5 800 habitants — en 2016, dans la MRC du Granit, il a représenté environ 1 000 emplois et des retombées de 40 à 50 millions de dollars.

Conscients de cette réalité, les résidants, dans le cadre d’une grande consultation citoyenne, ont donné un mandat clair au Bureau de la reconstruction, mis en place en 2015 par la Ville pour harmoniser les différentes initiatives de relance du centre-ville : créer une image forte, qui s’éloigne de la tragédie de juillet 2013, pour attirer les touristes autrement. « On veut que les visiteurs viennent voir la beauté de la région et qu’ils aillent à la rencontre des gens de Lac-Mégantic », explique Karine Dubé, responsable des communications à la Ville.

Le défi est de protéger l’économie de la région tout en respectant les résidants éprouvés. « Le tourisme peut avoir des effets très bénéfiques sur les gens, à condition d’être bien géré », explique Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique pour la région de l’Estrie. Il peut permettre à la collectivité de donner du sens à ce qui s’est passé.

Des installations touristiques ont ainsi été mises en place au centre-ville, la plupart répondant aux questions les plus fréquentes à propos du déraillement du train. Les employés de la Maison du temps, située sur les lieux de la tragédie, ont aussi été spécialement formés pour pouvoir affronter les interrogations parfois délicates. Car les Méganticois ne sont pas tous disposés à le faire. « L’étudiante qui occupe un emploi d’été dans un restaurant ou le garçon qui travaille à la station-service a peut-être encore des séquelles importantes liées à la tragédie, explique la Dre Généreux. Répondre aux questions des touristes peut devenir un élément de fort stress pour eux. »

Lac-Mégantic rejoint cet été huit autres municipalités canadiennes faisant partie des Greeters, un réseau d’accueil reconnu mondialement pour promouvoir un tourisme durable et responsable. En s’inscrivant 48 heures à l’avance sur le site Internet, les touristes peuvent être accompagnés par un Méganticois, pendant quelques heures ou quelques jours, selon leurs centres d’intérêt communs. Une façon originale et gratuite de découvrir Lac-Mégantic… autrement.