Société

Un dimanche au pays de la cornemuse

Mathieu Charlebois a passé son dimanche aux Jeux écossais, à Verdun. Il en est revenu enchanté… et avec une légère perte auditive !

Dimanche dernier, alors que les plus branchés paradaient avec un bracelet d’Osheaga à leur poignet, je portais plutôt fièrement celui des Highland Games, un événement célébrant la culture écossaise. Un « Osheagaélique », si vous voulez.

Pour leur 40e édition, les Jeux écossais de Montréal se tenaient à Verdun, sur les terrains de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. L’endroit était très bien choisi : la vaste étendue de gazon rappelait celui que broutent les moutons dans les Highlands, en Écosse, et la proximité avec le Douglas assurait des soins rapides aux visiteurs rendus fous par le son ininterrompu des cornemuses (nous y reviendrons).

Depuis 40 ans, donc, cet événement célèbre la culture et l’histoire de l’Écosse. Car ils en ont fait des choses, les Écossais, depuis que Mel Gibson leur a donné leur indépendance en se peinturant la face en bleu dans un film. Juste à Montréal, on leur doit le premier club de curling et le premier club de golf en Amérique du Nord. Mais il n’y aurait pas de curling ni de golf au programme cette journée-là. Seulement de vrais sports.

Au menu : compétitions sportives, danse, combat médiéval, quelques classiques écossais à manger, de la cornemuse et des kilts. Beaucoup de kilts. À vue de nez, une personne sur quatre en portait un. Personnellement, j’ai plutôt opté pour le jean. Portais-je des bobettes en dessous ? Laissons planer le mystère.

Au centre du terrain, dans une large zone clôturée, des sportifs venus du Québec, de l’Ontario, de l’Alberta et d’ailleurs s’affrontaient au lancer du billot de bois, au lancer du poids au bout d’une chaîne, au lancer du poids au bout d’une tige et au lancer d’une roche de taille moyenne. Visiblement, l’Écosse est un pays où on lance beaucoup de choses au bout de ses bras. On dirait un peu des Jeux olympiques inventés par quelqu’un qui avait besoin d’évacuer du stress.

La force des athlètes impressionne, mais on ne vient pas ici admirer des apollons (ou des Sean Connery) aux abdominaux de fer, mais plutôt de sympathiques hommes forts avec qui on n’a pas trop envie de se chicaner, au risque de se retrouver propulsé à force de bras à l’autre bout du terrain.

C’était bon, mais ça manquait de Celte. (C’est mon dernier jeu de mots. Promis.)

Qu’est-ce qu’ils mangent pour être forts de même? Je suis allé vérifier. La tente-restaurant servait des hotdogs et des hamburgers, mais comme le veut le dicton : « À Roume, on fait comme les Roumains. »

Après avoir googlé « haggis », j’ai opté pour une Scottish meat pie.

J’ai dégusté cet équivalent en kilt de la tourtière en assistant à la cérémonie d’ouverture, qui se déroulait… au milieu de la journée. Le décalage horaire avec l’Écosse, probablement.

Tous les orchestres de cornemuse présents sont entrés sur le terrain, certains venus d’Ottawa, de Winnipeg et d’aussi loin que d’Austin (Texas). Au total, c’est plus d’une centaine de cornemuses et presque autant de caisses claires et de grosses caisses qui étaient rassemblées au même endroit pour jouer en même temps. Je ne serais pas étonné que Saint-Lambert se soit plaint.

Au royaume(-uni) de la cornemuse

Peu importe où l’on se trouve sur le terrain des Highland Games, il y a une cornemuse qui joue. Ou 30.

À droite, des cornemuses.
À gauche, des cornemuses.
Devant, des cornemuses.
Derrière ? Je vous laisse deviner, mais ça commence par « corne » et ça finit par donner mal à la tête si on se tient trop près.

Celles qui voyagent en troupeau sont accompagnées de grosses et de petites caisses. Pour ajouter au spectacle visuel, ceux et celles qui en jouent tournent leurs bâtons comme le batteur de Rush après huit minutes de solo.

Et si vous pensiez prendre une pause du bourdon constant en allant voir le groupe de rock Mudmen… meilleure chance la prochaine fois.

Ce serait donc un groupe de pibrock ? (Salutations aux deux personnes que ce gag de cornemuse va faire rire.)

Le bon côté : c’est le seul endroit en Amérique du Nord où l’on est certain de ne pas entendre « Despacito ».
Le mauvais côté : ça peut faire beaucoup de cornemuse.

Pour l’oreille qui ne s’attendait pas à se faire assaillir de la sorte, la cornemuse est un sac dans lequel on aurait enfermé le son de 1 000 enfants qui chignent. Comme si son inventeur s’était dit : « Et si les acouphènes étaient un instrument de musique ? »

Mais pour les amoureux de la poche à tuyaux, qui sont plus nombreux que vous le pensez, c’est tout le contraire.

Katie Rose

« Le son de la cornemuse, c’est touchant. Si ça te parle, tu ne peux pas l’ignorer. C’est un appel. » C’est ainsi que Katie Rose me décrit son instrument.

Nul besoin d’être Écossais pour être ému par cet appel. Katie elle-même n’a aucun lien généalogique avec le pays de l’inventeur du pneu en caoutchouc, et je suis même prêt à l’avouer moi-même : quand on laisse de côté sa mauvaise foi, c’est magnifique, la cornemuse.

Le son de l’instrument est un mélange de stabilité obstinée et d’un brin de mélancolie, sur lequel se posent des mélodies d’hommes qui regardent au loin, par-delà la mer. Quand la cornemuse retentit, on a toujours l’impression que quelqu’un est mort, mais qu’on est prêt à danser quand même, l’air impassible, dans les brumes d’un matin celtique.

Aussi envoûtante soit-elle, la cornemuse n’en demeure pas moins un choix d’instrument… particulier. Pour Katie Rose, la découverte s’est faite par l’entremise d’un bon ami, « un excentrique ». Elle avait 12 ans, ce qui rappelle l’importance de surveiller les fréquentations de nos enfants.

L’instrument a un registre d’une octave (huit notes, soit à peu près l’équivalent de la voix d’Éric Lapointe dans une bonne journée), et en jouer se révèle étonnamment complexe. Mais Katie me sert un argument de poids pour me convaincre de m’y mettre : « It’s really loud. » Ça, oui.

D’ailleurs, où s’exerce-t-on avec un instrument dont le volume est si peu discret ? « J’en ai joué une fois dans mon appartement, et la propriétaire est arrivée en courant pour m’engueuler. Plus jamais ! »

Elle possède aujourd’hui une cornemuse de pratique, au volume moins fort, et une électronique, avec des écouteurs. « Je peux même jouer dans le métro. » Comme quoi même la cornemuse est capable de s’accorder au futur.

***

Bref, si vous voulez passer une belle journée et voir des choses que vous ne verrez pas tous les jours (à moins que votre voisin ne soit un lanceur de roche qui joue de la cornemuse en jupe à carreaux dans sa cour), les Jeux écossais de Montréal valent la visite et le prix d’entrée.