Être un homme
SociétéL'édito

Être un homme

Pour aider à changer les attitudes envers le harcèlement et les agressions sexuelles, l’homme doit comprendre qu’il a un rôle important à jouer auprès des femmes. 

Bien des gars ont tendance à l’oublier : le plus important pour définir un homme, ce n’est pas ce qu’il a entre les deux jambes, mais ce qu’il a entre les deux oreilles.

Comme le rappelle l’historien israélien Yuval Noah Harari dans son magistral livre Sapiens : Une brève histoire de l’humanité, les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas tant biologiques que culturelles. On naît certes avec les chromosomes du sexe mâle ou du sexe femelle, mais la suite est principalement définie par les mythes du moment sur les rôles, les droits et les devoirs des hommes et des femmes.

Ceux-ci n’ont rien d’immuable, fort heureusement, car le passage de l’ouragan #moiaussi montre qu’il y a un besoin de changement dans nos attitudes envers le harcèlement et les agressions sexuelles.

Déjà, des transformations sont en cours. Les victimes ne sont plus forcées de choisir entre se taire ou faire appel à un système judiciaire dans lequel à peine une plainte sur 10 débouche sur un verdict de culpabilité. Elles peuvent se rassembler derrière un mot-clic, nouvel emblème de solidarité et source de courage, qui aide à les délester du poids de la honte. Bien sûr, il faut chercher à minimiser les risques de dérapage bien réels de ce nouveau tribunal populaire, pour que la somme de ses torts n’excède pas celle de ses bienfaits.

À la lumière de cette vague d’accusations portées contre tant de ses congénères, un homme normalement constitué va se demander ce qui cloche par rapport à son sexe et ce qu’il peut faire pour aider. Le rôle de chevalier est après tout encore puissamment associé à son sexe.

Son premier défi, c’est de se taire et d’écouter. C’est une habitude qui lui fait souvent défaut lorsqu’il est en compagnie féminine, comme peuvent en témoigner bien des femmes qui ont des collègues masculins.

En écoutant, il prendra peut-être mieux la mesure de l’effet du harcèlement sur les femmes, ce qui n’est pas encore le cas, s’il faut en croire un sondage Léger réalisé en octobre. Les hommes québécois demeurent deux fois moins nombreux que les femmes à percevoir le harcèlement sexuel comme un problème très important. Peut-être même fera-t-il un petit examen de conscience.

Si l’homme finit par comprendre qu’il a un rôle concret à jouer aux côtés des femmes dans la recherche de solutions, on vient de faire un pas de géant. Le harcèlement et les agressions sexuelles ne sont pas plus un « problème de femmes » que l’Holocauste était un « problème de Juifs » ou la lutte pour les droits civiques « un problème de Noirs », comme le soulignait récemment le chroniqueur Nicholas Kristof dans le New York Times.

Rendu à ce stade, ce qu’un homme peut faire de très efficace, c’est de mettre lui-même de la pression sur ses confrères pour créer un environnement où leurs consœurs se sentiront pleinement respectées et traitées équitablement.

Est-ce faire preuve d’un optimisme démesuré que de croire possible une telle évolution des mentalités ?

À voir la quantité d’hommes aux mains baladeuses qui sévissent encore aujourd’hui, on peut certes désespérer devant la lenteur de l’évolution de l’espèce. Mais à l’échelle de l’histoire humaine, ce n’est pas une marche vers l’égalité des sexes qui se déroule depuis que les Québécoises ont obtenu le droit de vote, il y a trois quarts de siècle, mais un véritable sprint. D’immenses progrès ont été accomplis. Et quand un bon vent souffle de dos, comme actuellement, il n’est que plus facile de presser le pas.