Go home, les défaitistes !
SociétéChronique de Marie-France Bazzo

Go home, les défaitistes !

« Si on ne mène pas le combat pour le français à Montréal, on est cuits. »

J’aime Montréal d’amour. Mais parfois, elle me fait mal. Quand il est question du français, qu’on y parle de moins en moins, par exemple. Inexorablement, comme un long fleuve tranquille, la langue de Tremblay s’érode ; on serait même passés sous le seuil critique de 50 % de locuteurs francophones dans l’île. Pour me rassurer, je me dis que Montréal n’est pas le Québec, où le français se porte bien. Mais la seconde d’après, cette comparaison avec le reste du Québec me désespère : ma ville s’isole de plus en plus de l’État, du tissu social dont elle est la métropole.

Il y a parfois des remous sur ce fleuve, ce qui est arrivé au début de l’hiver, avec les cas Adidas, bonjour-hi et le rapport de Statistique Canada. Que nous racontent ces trois histoires ?

Adidas, c’est l’erreur d’un gérant francophone de magasin qui, prononçant deux mots de français dans son discours d’inauguration, a exprimé de manière étourdie et décomplexée ce que beaucoup pensent tout bas : le français est la deuxième langue à Montréal. Les francophones appartiennent à un folklore gossant.

Le bonjour-hi, salutation officielle au centre-ville, n’est pas une marque de courtoisie : c’est une autre façon de dire que le français n’est pas la langue officielle, mais une langue sur deux. C’est l’esprit de la loi 101 qui est bafoué. Hi n’est pas de la politesse envers les visiteurs, mais un salut de colonisés. À Tokyo, on vous dira konnichiwa, et à Rome, buongiorno sans complexe. Bonjour est un joli mot qui marque la différence, la personnalité et la couleur de Montréal.

Quant à Statistique Canada, son rapport sur le recensement de 2016 montre que l’usage du français comme langue de travail recule sensiblement à Montréal, que le bilinguisme en emploi progresse. Parler plusieurs langues est un atout, tous en conviennent… Mais cessons de faire l’autruche en niant le fait qu’ici, cela affecte le tissu linguistique et accélère l’affaiblissement du français.

Ces trois anecdotes sont un symptôme. En qualité, en quantité, en vigueur, le français va mal à Montréal. Il y a une direction, un sens.

L’anglicisation actuelle est banalisée et consentie. Aussi bien de la part de francos trop contents d’être bilingues que d’enfants de la loi 101 au travail, que des nouveaux arrivants.

Le premier ministre Couillard s’est empressé d’entonner son refrain habituel devant la population inquiète : « C’est du repli. » Non ! La crainte est justifiée. Depuis près de 15 ans, les gouvernements libéraux ont sabré la loi 101. M. Couillard pratique le déni identitaire. Quant à la mairesse Valérie Plante, le bilinguisme de la ville ne semble pas l’inquiéter.

Or, si on ne mène pas le combat pour le français à Montréal, on est cuits. La bilinguisation avance, à partir de louables intentions, par de bonnes personnes, certes, mais les effets sont pervers. La dynamique a changé. Nous ne sommes plus dans une logique de domination de classe de la part des anglos, comme en 1960-1970. L’anglicisation actuelle est banalisée et consentie. Aussi bien de la part de francos trop contents d’être bilingues que d’enfants de la loi 101 au travail, que des nouveaux arrivants. Nous ne sommes plus dans la position du combattant, mais dans celle de l’assimilé aimable. Merci-thanks.

C’est pourquoi il faut se retrousser les manches. Comment ? Individuellement, collectivement, avec les gouvernements et la société civile, et avec joie !

Il faut cesser de chialer. D’être alarmistes, maussades, défaitistes. On les connaît, les arguments. Oui, les commentateurs pessimistes n’ont pas tort, mais on ne se laissera pas mourir, que diable ! Défendons-nous par l’exemple, disséminons notre originalité, notre force vitale !

Un ami me rappelait la campagne « Bonjour » des années 1980, avec sa belle typo fleur de lys sur de grands panneaux d’affichage et dans des publicités imprimées. Signe que nous croyions au bien-fondé du caractère francophone de la métropole, que nous étions convaincus qu’il y avait un plus à servir les gens en français, et que si les touristes venaient ici, c’est qu’ils trouvaient intéressant de visiter une ville différente du reste de l’Amérique du Nord. Reprenons cette inspiration. Soyons contagieux de fierté.

Appuyés par des lois solides, mettons en avant notre différence. La campagne qui présente un beau « Bonjour » sur les taxis est exemplaire. Allons plus loin. Que les chambres de commerce, les universités, les entreprises que nous soutenons par nos subventions s’unissent pour des actions spectaculaires : par exemple, partout en ville, des banderoles flottant au vent, rue Sherbrooke, McGill, Sainte-Catherine, affichant les mots de nos poètes et auteurs. On défendrait notre langue, notre culture, notre identité, les trois à la fois !

Soyons créatifs. Soyons contagieux. Par des initiatives positives, joyeuses, percutantes, faisons valoir notre différence et notre culture. Rendons le français irrésistible, sexy. Cessons de nous excuser.

Que la fierté devienne une impulsion, une évidence.