Sports

Canadien : que fera Bergevin ?

Faire signer Price et Radulov ? Trouver un nouveau joueur de centre ? Se débarrasser des contrats toxiques ? L’heure des choix arrive pour Marc Bergevin, explique Olivier Bouchard.

Marc Bergevin (Photo : La Presse Canadienne / Ryan Remiorz)

Les 15 prochains jours risquent d’être fort agités dans la LNH. Il est rare de voir les équipes bouger pendant les séries de la coupe Stanley, mais une fois celle-ci soulevée en triomphe, les festivités commencent.

La période s’annonce critique pour le Canadien de Montréal. La dernière campagne a laissé un goût amer à bien des amateurs et les prouesses de P.K. Subban en séries n’ont certainement pas aidé à calmer le jeu. Le directeur général Marc Bergevin et son équipe sont donc, encore une fois, sous pression.

L’équipe ayant été battue rapidement par les Rangers, qui se souviendra que le CH s’est facilement qualifié pour le tournoi printanier, avec l’avantage de la patinoire en prime ? Bergevin peut bien garder quelques mots d’église pour le gardien Henrik Lundqvist. Après avoir freiné le CH, en dépit d’une nette domination aux chances de marquer, il est devenu parfaitement ordinaire en deuxième ronde.

Malgré la fin de saison, on n’est pas arrivé au stade de la reconstruction. Mais les prochaines semaines seront l’occasion de certains réaménagements. Voici quelques dossiers chauds à suivre.

1. Faire signer Price ?

C’est sûrement le dossier le plus simple à régler. Tout semble indiquer que Carey Price veut rester à Montréal. Et Bergevin, en conférence de presse de fin de saison, a été très clair : il veut garder son gardien étoile. Mais Price va coûter très cher, probablement 10 millions de dollars par saison pour 8 ans, un contrat au terme duquel il aura 39 ans.

Les gardiens de but, comme tous les hockeyeurs, amorcent généralement leur déclin une fois franchi le cap de la trentaine. C’est donc un risque important que prendra Bergevin en faisant signer Price, mais c’est un risque qu’il est probablement forcé de prendre. Price a permis à des éditions plus qu’ordinaires du CH de participer aux séries, puis d’y connaître quelques rondes supplémentaires, ce qui rachète beaucoup un DG aux yeux d’un proprio. Les derniers mois n’ont pas été un triomphe pour Bergevin, et il serait surprenant de le voir renoncer à cette exceptionnelle police d’assurance.

Cela en tête, toute entente de moins de huit ans, ou d’un salaire annuel moyen inférieur à neuf millions, sera un bonus pour le club. La dernière saison de Price, à son salaire actuel de 6,5 millions, est donc d’autant plus importante : c’est 3, voire 4 millions de marge sous le plafond salarial qui disparaît ensuite.

2. Faire signer Radulov ?

Alex Radulov aura été l’un des meilleurs coups de l’été dernier. La beauté de l’entente est qu’il n’a coûté que de l’argent, pour un an seulement. Si Bergevin doit tenter le tout pour le tout l’an prochain, mettre Radulov sous contrat tombe sous le sens.

Mais encore ici, l’âge du joueur compte énormément : Radulov aura 31 ans le 5 juillet. Une récolte de 54 points en 76 matchs est fort honorable, et le Russe était, admettons-le, diablement excitant à voir jouer. Si Radulov est prêt à signer un contrat d’une ou deux saisons, pourquoi pas ?

À son âge, toutefois, c’est aussi et surtout sa dernière chance de parapher un contrat lucratif à moyen terme. Si le Canadien ne lui offre pas un pont d’or, quelqu’un d’autre pourrait bien décider de le faire.

Il faut cependant garder à l’esprit qu’il ne sera jamais meilleur que ce qu’on a vu l’an dernier, et qu’il risque de décliner rapidement, peut-être même dès la prochaine saison. Bergevin a toujours été prudent avec les joueurs plus âgés. C’est pourquoi je doute que « Radu » endosse le chandail tricolore l’an prochain.

3. Trouver un joueur de centre numéro un ?

C’est la question de l’été, du moins celle que mes estimés collègues des médias sportifs répètent à l’envi. C’est aussi un faux problème.

Le Canadien, à mon sens, a déjà un centre numéro un : Alex Galchenyuk. Âgé de 23 ans, il augmente sa production offensive d’année en année et a bouclé les deux dernières campagnes en fort bonne compagnie.

Depuis son passage du poste d’ailier à celui de centre, en 2015, Galchenyuk est 69e pointeur de la ligue, il est solidement ancré parmi les 90 meilleurs de la LNH ou, si vous préférez, c’est un joueur de premier trio. Parmi les seuls joueurs identifiés comme centres (on trouve quelques ailiers dans le groupe), Galchenyuk est 37e pointeur, et ce, même s’il est 54e (!) pour le temps de glace obtenu et 79e (!!) pour les matchs joués.

Si le Canadien a bel et bien besoin d’un joueur de centre, ça n’est pas pour remplacer Galchenyuk, mais plutôt Tomas Plekanec. Il est là, le trou béant dans l’alignement du CH : on a besoin d’un centre capable de se charger des missions que le joueur tchèque de 34 ans ne peut plus accomplir, soit neutraliser les meilleurs éléments adverses soir après soir.

Sur ce point, je pense que le travail effectué par Philip Danault en compagnie de Max Pacioretty ne doit pas être ignoré. Le tandem Danault-Galchenyuk est probablement bien plus efficace qu’on veut l’admettre.

C’est pourquoi je crois que le cas du centre numéro un du Canadien est un faux problème. Dans les faits, Galchenyuk et Danault peuvent parfaitement occuper leur poste. Les centres de qualité ne s’acquièrent que rarement sur le marché des échanges, à moins de sacrifier d’excellents jeunes joueurs. Et Bergevin n’a pas les cartouches pour aller chercher un joueur du genre.

4. Sortir les mauvais contrats ?

Le vrai problème du CH est ailleurs. Ça n’est pas un problème à long terme, mais pour la saison prochaine, il est majeur. Les contrats de Tomas Plekanec et d’Alexei Emelin sont devenus carrément toxiques pour le club. Ces joueurs accapareront l’an prochain 10 millions en salaire, alors qu’ils ne sont tout simplement plus capables de faire le travail qu’on attend d’eux.

Les deux ont en effet la réputation d’être des hommes de confiance en défensive, des joueurs qu’on veut voir contre les meilleurs adversaires pour tenir le fort. Pris entre leur salaire, leur réputation et leur statut de vétérans, il est impossible pour un entraîneur de tasser ces joueurs au profit d’éléments plus jeunes et plus efficaces. Ce qui fait que, soir après soir, on se retrouve à envoyer les meilleurs éléments de l’équipe affronter les meilleurs éléments adverses, en compagnie de joueurs dépassés par les événements.

Si Bergevin réussit à se débarrasser de ces deux joueurs, c’est 10 millions qu’il libérera sous le plafond salarial de 2017-2018. Une marge de manœuvre énorme qui lui permettrait de mettre le paquet une dernière fois avant les inévitables réaménagements que le prochain contrat de Price lui imposera.