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Pas le moment d’être impulsif

Parce que le Canadien est riche d’argent, mais pauvre de jeunes joueurs à bazarder sur le marché des échanges, il n’y a pas de solution facile pour attirer un défenseur de qualité.

Marc Bergevin annonce en conférence de presse le changement d’entraîneur. (Photo : Paul Chiasson/PC)

« Patience et longueur de temps font mieux que force ni que rage. » Le mot de La Fontaine dans Le lion et le rat vaut aussi pour le Canadien, une équipe plus que jamais sous pression. Depuis dimanche, les équipes ont le droit de discuter avec les joueurs autonomes en devenir, et on attend de Marc Bergevin qu’il frappe un grand coup lors de l’ouverture du marché le 1er juillet.

Partons du constat qui court ces jours-ci : la défensive est désormais le point faible du Canadien. Cette impression découle du fait qu’Andrei Markov n’a pas (encore) signé de contrat, que Nathan Beaulieu et Mikhail Sergachev ont été envoyés sous d’autres cieux, tandis que Las Vegas a fait une fleur au Canadien en repêchant Alexei Emelin.

Si le flanc droit de la défensive est bien garni, le gauche est peuplé d’inconnus. Jakub Jerabek, qui arrive de la ligue russe, peut-il décrocher un poste dès cette année ? Et que valent au juste David Schlemko, Jordie Benn et Brandon Davidson ? S’ils sont appréciés par la communauté d’analystes statistiques qui pullule désormais autour de la LNH, aucun des trois n’a joué jusqu’ici un rôle de premier plan.

Je signale tout de même que Jordie Benn a, en compagnie de Jeff Petry, accompli un travail remarquable en séries. L’équipe a choisi de le protéger lors du repêchage d’expansion au lieu de Beaulieu et d’Emelin, ce qui signifie qu’on voit quelque chose de sérieux en lui.

Or, parce que le Canadien est riche d’argent, mais pauvre de jeunes joueurs à bazarder sur le marché des échanges, il n’y a pas de solution élégante disponible à court terme. Quand on s’excite de voir Karl Alzner (un clone d’Alexei Emelin) visiter Montréal, c’est que le marché des agents libres est vraiment nul.

Le directeur de rédaction du site lnh.com, Arpon Basu, a mis le doigt sur un élément de grande importance : c’est en 2019 que des défenseurs intéressants vont devenir agents libres en grand nombre. Pour Marc Bergevin, c’est une occasion à moyen terme de refaire le coup réussi avec Jeff Petry, acquis en 2015 contre un choix de deuxième tour au repêchage.

Il n’y a pas lieu de s’alarmer si le DG se contente d’un humble défenseur droitier la semaine prochaine.

En ciblant un bon défenseur jouant pour une mauvaise équipe, il pourrait attirer un joueur de qualité et le mettre sous contrat avant qu’il n’arrive sur le marché.

Mais d’ici là, il n’y aura pas de miracle. Voilà pourquoi il est préférable de miser sur les forces du club.

Le groupe d’attaquants a été revigoré par l’émergence de Phillip Danault et d’Artturi Lehkonen et, surtout, par l’arrivée de Jonathan Drouin. Le marché des agents libres est riche en vétérans aux états de service éloquents, et Marc Bergevin peut fort probablement en attirer un à Montréal pour un contrat lucratif d’une saison.

Mais la grande force du club demeure Carey Price. J’ai expliqué la chose en détail l’automne dernier : en séries, tous les gardiens affrontés sont excellents, ce qui diminue fortement l’influence que Price peut avoir sur les succès de son équipe. Mais en saison, ses 60 matchs poussent sans problème une équipe autrement médiocre en séries éliminatoires. Et même si en commençant la saison avec Marko, Benn et Schlemko sur le flanc gauche, le Canadien est loin d’être une équipe médiocre.

Price fournit du temps à Marc Bergevin pour voir quelles équipes glisseront au classement, cibler un défenseur gaucher à acquérir, sans pour autant hypothéquer la place de son club en séries éliminatoires. Il n’y a donc pas lieu de s’alarmer si le DG se contente d’un humble défenseur droitier la semaine prochaine. Les options intéressantes se révéleront plus tard.