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Un filon inexploité dans la LNH

Les offres hostiles vont-elles devenir monnaie courante dans la LNH ?

Photo: La Presse Canadienne/Jason Franson

Les deux dernières conventions collectives de la LNH, signées en 2005 et 2013, ont coïncidé avec un rajeunissement marqué des joueurs de la ligue. On le constate de plus en plus à chaque saison, les plus gros contrats sont de plus en plus accordés à des joueurs n’ayant pas encore atteint 27 ans.

Ces joueurs dans la force de l’âge sont la colonne vertébrale de toute bonne équipe, et lorsque l’un d’entre eux passe sur le marché des échanges ou devient agent libre, on se l’arrache au prix fort. C’est pourquoi les équipes ont tendance à garder les joueurs qu’elles ont repêchés et formés.

Mais les équipes de la LNH disposent d’un outil pour s’approprier ces joueurs, un outil fort peu utilisé depuis une dizaine d’années : les offres hostiles. Parce que les temps changent, celles-ci pourraient bientôt devenir monnaie courante dans la LNH.

Le marché des agents libres, historiquement une source riche en joueurs de qualité, est de moins en moins intéressant pour qui y cherche les piliers sur lesquels asseoir la fondation d’une équipe. C’est le résultat d’un mouvement lent, mais inéluctable : depuis 20 ans, la LNH rajeunit, et la plupart des joueurs qui y ont une influence importante ont moins de 30 ans.

Or, la mécanique instituée par la convention collective de la ligue fait qu’un joueur peut accéder au marché des agents libres (à l’autonomie dite complète) après sept saisons d’expérience ou à l’âge de 27 ans. Alex Galchenyuk, qui a commencé sa carrière à 18 ans, pouvait devenir agent libre à l’âge de 25 ans. Jonathan Drouin, qui a commencé la sienne à 19 ans, y serait arrivé à l’âge de 26 ans. Les autres (comme Brendan Gallagher, par exemple) y arrivent à 27 ans.

C’est donc dire que les agents libres sont généralement, sinon sur le déclin, du moins sur le point d’amorcer la phase de déclin de leur carrière. Pour ce qui est des joueurs d’élite, c’est moins préoccupant, mais dans la plupart des cas, le jeu n’en vaut pas la chandelle.

Le graphique ci-dessous montre le nombre de contrats signés dans la LNH depuis le début du mois de mai 2017, abstraction faite des joueurs recrues (ceux-ci ont des contrats imposés, sans négociation, ils ne sont donc pas pertinents dans le contexte des offres hostiles).

Quatre contrats signés par des joueurs de 32 ans et plus sont d’une durée de trois ans. Je soupçonne qu’au moins un de ceux-là (Patrick Marleau, à Toronto) a de fortes chances d’être racheté avant son arrivée à terme.

Si on regarde plutôt la valeur annuelle moyenne des contrats signés, on voit encore mieux pourquoi on met tant l’accent sur les jeunes joueurs ; ils coûtent beaucoup moins cher.

Les autres, par contre, gagnent en pouvoir de négociation au fil de leur carrière. Et l’accent de plus en plus grand mis sur les joueurs de moins de 27 ans fait qu’ils pourraient, par le truchement des offres hostiles, voir ce pouvoir augmenter encore plus d’ici quelques années.

Qu’est-ce qu’une offre hostile ?

Entre le moment où son contrat de recrue expire et le moment où il accède à l’autonomie complète et peut offrir ses services à n’importe quelle équipe, un joueur ne peut discuter avec d’autres formations.

Mais une autre équipe peut décider de lui offrir un contrat. Si le joueur accepte cette offre, l’équipe qui possède ses droits a sept jours pour contresigner l’offre. Le contrat offert liera alors le joueur à son équipe d’origine, aux conditions énoncées par l’adversaire.

Les offres hostiles sont donc un double moyen de pression : soit elles permettent d’arracher de jeunes talents à l’adversaire, soit elles forcent ce dernier à payer ces mêmes talents plus cher, ce qui diminue la marge de manœuvre financière de l’équipe.

Si l’équipe du joueur convoité ne contresigne pas l’offre, ce dernier est transféré à sa nouvelle équipe moyennant compensation. Eliotte Friedman, du réseau Sportsnet, nous rappelait au printemps la nature de ces compensations :

La liste ci-dessus se comprend mieux si on prend le temps de souligner qu’après le premier tour du repêchage les équipes de la LNH font bien piètre figure. En fait, depuis 10 ans, voici ce qu’elles ont retiré en moyenne des 60 choix que chacune d’entre elles avait à faire :

On est loin du pactole. Le Canadien a sur ce plan une stratégie intéressante : peu de joueurs repêchés après le premier tour ont atteint la LNH, mais ceux qui l’ont fait ont imprimé leur marque. Ça part de P.K. Subban (repêché au deuxième tour, au 43e rang), bien sûr, mais des joueurs comme Brendan Gallagher, Artturi Lehkonen, et même Sven Andrighetto et Charles Hudon, peuvent aspirer à être des attaquants productifs dans la grande ligue. Pourquoi repêcher des plombiers si ceux-ci sont disponibles en grand nombre à tout moment ? On vise le coup de circuit et, de temps à autre, on réussit.

Mais revenons à nos offres hostiles. La piètre performance collective des équipes de la LNH passé le premier tour signifie une chose : on ne bâtit pas vraiment son équipe par le repêchage. Année après année, des équipes tirent un billet gagnant et ramassent un joueur de qualité quelque part dans les tours éloignés, mais ces choix ne sont, justement, que l’équivalent de billets de loto. La meilleure façon de faire le plein de joueurs talentueux est donc de les repêcher au premier tour et de trouver le moyen d’acquérir les pièces manquantes.

La concurrence toujours plus grande pour un réservoir de joueurs qui rajeunit fait que les meilleurs d’entre eux n’accèdent plus que rarement à l’autonomie complète. On le voit encore cette saison, avec un joueur comme Leon Draisaitl, qui attise bien des convoitises, mais que les Oilers d’Edmonton n’ont pas l’intention de laisser partir. Une offre hostile est désormais le seul moyen d’arracher un joueur de cette trempe à un adversaire. Quelqu’un, quelque part, va finir par lancer le bal, c’est une question de temps.

Le premier mouvement ne sera peut-être pas spectaculaire. Faites le tour des équipes sur CapGeek.com, toutes les formations qui ont encore de jeunes joueurs admissibles à des offres hostiles ont le budget nécessaire pour garder ceux-ci dans leurs rangs. Mais au bout de deux, trois saisons d’offres de ce genre, les salaires consacrés à ces joueurs vont avoir augmenté, ce qui diminuera la marge de manœuvre des équipes riches en jeunes talents et exposera ceux-ci aux formations qui, comme le Canadien, vieillissent, mais ont beaucoup de place sous le plafond salarial.