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L’attaque du Canadien s’est-elle améliorée ?

Les statistiques compilées par une armée d’amateurs de la LNH permettent de dresser un portrait intéressant de l’alignement du Tricolore en vue de la prochaine saison.

Jonathan Drouin lors de sa présentation aux médias, à Montréal. (La Presse canadienne/Ryan Remiorz)

Lorsqu’on prend le temps de regarder la liste des joueurs du Canadien de Montréal, on constate que l’équipe est presque complète.

Marc Bergevin n’a plus d’agent libre avec restriction à mettre sous contrat, et il peut compter sur 15 attaquants, 8 défenseurs et 2 gardiens liés à l’équipe, avec des contrats qui imposent d’offrir le joueur à toutes les équipes de la ligue avant de le renvoyer dans les mineures. On a donc tous les outils en main pour se faire une idée claire de ce à quoi ressemblera l’équipe la saison prochaine.

Mais il est encore plus intéressant de le faire pendant la période estivale, alors que différents groupes d’amateurs s’échinent à recueillir, saison après saison, des données exclusives sur la LNH.

Une nouvelle façon d’analyser la LNH

L’une de ces opérations nous servira à évaluer l’alignement du Canadien à partir d’un angle précis, celui du potentiel offensif du club, grâce au Hockey Passing Project, dirigé par le blogueur Ryan Stimson.

Dernièrement, Stimson a repris les données recueillies dans son étude, ainsi que celles accumulées par un autre blogueur, Corey Szjnader, pour construire un outil qui permet d’évaluer les forces et les faiblesses offensives de chaque joueur.

Cette méthode, exposée dans ce billet publié il y a déjà quelques mois, s’appuie sur des données beaucoup plus précises que celles qu’on trouve sur le site de la LNH. Plus de 900 matchs des deux dernières saisons ont été décortiqués par Szjnader et une armée d’amateurs, qui ont ainsi déterminé les jeux de transition ainsi que les passes menant à chaque tir au but. Un vrai travail de moine, qui nous donne des informations sur 752 joueurs différents.

Stimson ne cherche pas à résumer l’apport de chaque joueur à un seul chiffre. Il définit plutôt sept aspects qui lui permettent de caractériser quatre grands types de joueurs pour chaque position.

Les sept dimensions représentent chacune une façon de contribuer à la production offensive d’une équipe. Voici comment il les a découpées :

  • La mise en place : en passant la rondelle à des joueurs qui pourront de nouveau la passer à un coéquipier en position de tirer ;
  • Les tirs dangereux : en obtenant des tirs de l’enclave, ou encore en faisant une passe à un tireur d’une zone difficile à analyser par le gardien (de l’arrière du filet, par exemple) ;
  • Les passes directes : les passes menant directement à un tir au but ;
  • Les tirs obtenus ;
  • Les entrées de zone en possession de la rondelle : on sait depuis quelques années déjà que ces entrées de zone génèrent l’essentiel des tirs au but ;
  • Le volume de passes obtenues ;
  • Le volume de tirs obtenus.

Les données utilisées pour construire ces indices et définir les types de joueurs, je le souligne, concernent exclusivement le jeu à 5 contre 5, qui représente environ 80 % du temps de jeu de la LNH. Les données sont tirées d’un outil visuel mis en ligne ici, qui permet de comparer les joueurs entre eux.

Les différents types de joueurs

La plupart des défenseurs sont « défensifs » ou encore des « tireurs en volume », et la plupart des attaquants sont « dépendants » ou « équilibrés ».

Les défenseurs les plus rares sont les types « complets », suivis des types « transition ».

Et les attaquants les plus difficiles à trouver sont les « fabricants de jeu », suivis des « francs-tireurs ».

Parce que Stimson bâtit ses types de joueurs en utilisant la position de chacun dans chacune des sept dimensions, il est intéressant de regarder, dans le détail, le rendement des attaquants montréalais.

Par exemple, Max Pacioretty obtient un score de 96 % sur l’axe des tirs dangereux, ce qui signifie que 96 % des joueurs recensés ont un indice inférieur au sien.

Voici les classements moyens des différents types de joueurs pour chaque position.

Ces profils nous révèlent comment des joueurs peuvent se compléter. Un défenseur qui tire en volume est plus facile à trouver, et ses forces compenseront pour les faiblesses d’un défenseur de transition, plus difficile à trouver. Les défenseurs complets sont ici la crème de la crème.

Chez les attaquants, les fabricants de jeu sont en fait les plus complets et obtiennent malgré tout beaucoup de chances de marquer. Les francs-tireurs sont en quelque sorte des joueurs équilibrés, mais avec un avantage supplémentaire : ils savent diriger beaucoup de rondelles au filet.

En ayant à l’esprit cette nouvelle façon d’analyser l’apport des joueurs à l’attaque de leur club, on peut maintenant tourner notre regard vers le nouvel alignement du Tricolore.

Marc Bergevin a-t-il amélioré son groupe d’attaquants ?

Les deux importants départs par rapport à l’an dernier sont ceux de David Desharnais et d’Alex Radulov, remplacés par Aleš Hemský et Jonathan Drouin.

Il n’y a pas de joueurs dépendants dans le groupe d’attaquants montréalais, ce qui constitue déjà une bonne nouvelle. Mais ces classements par type ne disent pas tout. Le détail des contributions de chaque joueur nous permet de distinguer le personnel de soutien de celui de premier plan.

Parmi les attaquants équilibrés, on perd un passeur émérite en David Desharnais, mais, surprise, Phillip Danault n’a pas plus mal fait sur ce plan, tout en étant beaucoup plus actif en transition. En fait, tant par sa capacité d’installer le jeu que par sa contribution à la production de tirs, Danault est ici clairement supérieur à Desharnais et à Plekanec.

On peut débattre du fait qu’il soit aujourd’hui le deuxième centre du Canadien, mais je pense qu’on ne lui donne pas assez de mérite. Ces données confirment ce que j’ai vu dans mes propres analyses du CH : sur le plan strictement offensif, Danault contribue beaucoup. Sachant qu’il est d’abord un joueur défensif, cela fait de lui un joueur extrêmement utile.

J’attire aussi votre attention sur Artturi Lehkonen. Pour garder la terminologie de Stimson, le jeune Finlandais a le potentiel de se transformer en franc-tireur. Le volume de tirs et la proportion de chances de marquer sont déjà là.

Les types « francs-tireurs » forment un groupe assez particulier. Max Pacioretty est bien entendu le joueur dominant. En fait, ces graphiques illustrent bien à quel point, à forces égales du moins, le capitaine du CH appartient à la crème de la LNH. Le modèle de Stimson le classe comme franc-tireur, mais sur le plan offensif, il domine dans toutes les facettes du jeu.

Le modèle de Stimson est aussi hautement favorable à Aleš Hemský, ce qu’on ne doit pas prendre au pied de la lettre. Les données le concernant viennent surtout de la saison 2015-2016, avant qu’il subisse une grave blessure à la hanche. De plus, il aura 34 ans au début de la saison.

Gallagher est l’autre attaquant d’impact du CH, un élément facile à oublier à la suite des graves blessures qu’il a subies lors des deux dernières saisons.

Ces données montrent pourquoi le numéro 11, malgré deux fractures catastrophiques à la main gauche, risque d’être encore extrêmement utile à son équipe. Ses qualités de fabricant de jeu sont en effet mises en évidence. Il excelle dans l’art d’alimenter des joueurs en position de tirer au but, illustré par ses excellents scores dans les catégories « passes directes » et « volume de passes ». Il y a probablement ici un élément de contexte à ajouter, Gallagher ayant beaucoup joué avec les deux meilleurs tireurs du club au cours des dernières saisons, Pacioretty et Galchenyuk.

Justement, parlant du loup…

Si le modèle de Stimson est flatteur pour Hemský, il est franchement enthousiaste au sujet de Galchenyuk. Les seules « faiblesses » du jeune centre sont le volume de tirs obtenus (il y surpasse 80 % des joueurs recensés) et des entrées de zone (encore là, 80 %). Ces données ne racontent pas toute l’histoire, seulement la dimension offensive de chaque joueur. Et sur ce plan, on n’a jamais fait de reproches à Galchenyuk.

Ce qu’elles laissent entendre, par contre, c’est qu’à ce niveau de contribution on devrait peut-être cesser de chipoter sur ses carences défensives. Les données sont tirées des deux saisons au cours desquelles Galchenyuk a joué au centre et, franchement, le jeu en vaut largement la chandelle. On pourra toujours trouver des joueurs comme Plekanec et Mitchell pour aller défendre une avance en fin de match, mais ce que Galchenyuk crée sur le plan offensif est extrêmement rare.

Quant à Drouin, il ne remplacera pas Radulov sur un plan précis, celui des chances de marquer obtenues. Le Québécois rappelle drôlement, par son emphase sur le jeu de passes et le peu de tirs générés, un joueur comme Alex Tanguay. Mais si les forces de Drouin ne surpassent pas celles de Radulov (y compris comme passeur), il contribue à l’attaque de façon plus diversifiée. Radulov donnait l’impression de ne pouvoir fournir sa pleine mesure qu’en compagnie de Danault et Pacioretty, ce qui enlevait passablement d’options à ses entraîneurs. Il semble que Drouin n’imposera pas ce genre de carcan à l’organisation du groupe d’attaquants.

Une attaque qui rajeunit, mais des progrès incertains

Globalement, l’attaque du Canadien fait du surplace. Jonathan Drouin est un peu plus polyvalent qu’Alex Radulov, tandis qu’Aleš Hemský, s’il est encore capable de jouer après sa grave blessure, ressemble diablement à un très bon ailier.

Mais actuellement, il semble que les réelles améliorations ne puissent venir que des progrès des jeunes joueurs. Lehkonen peut-il s’établir comme franc-tireur ? McCarron peut-il s’élever au-delà des performances de Torrey Mitchell ? Est-ce que Charles Hudon, l’un des meilleurs buteurs de la Ligue américaine au cours des deux dernières saisons, peut voler un poste et donner un coup de piston supplémentaire à cette attaque ? À moins d’un coup d’éclat, ces questions risquent de flotter dans l’air du temps un bon moment encore.

La semaine prochaine, on s’attarde à la brigade défensive. Un indice : Bergevin devrait passer un coup de fil à Markov.