Sports

Une défense moins offensive

Claude Julien n’est pas un entraîneur très attaché aux défenseurs à caractère offensif. L’alignement du Canadien semble évoluer en ce sens.

Shea Weber (Photo : Kostas Lymperopoulos/CSM/REX/Shutterstock)

Les décisions prises par Marc Bergevin cet été laissent entendre qu’il s’appuie désormais entièrement sur Shea Weber et Jeff Petry. Le Canadien semble ainsi de plus en plus se détourner des défenseurs rapides et habiles, sur lesquels il avait pourtant mis l’accent depuis quelques années.

L’arrivée de Claude Julien à la barre du club n’est probablement pas étrangère à ce changement de direction.

Pour mieux montrer l’évolution de la brigade défensive, je reprendrai ici le cadre d’analyse mis au point par Ryan Stimson, cadre que j’ai expliqué en détail dans mon dernier article.

Stimson, en se basant sur des microdonnées recueillies par une armée d’amateurs de la LNH, a départagé la contribution offensive des défenseurs de la ligue en quatre profils distincts. Les défenseurs complets sont ceux qui contribuent le plus à l’attaque de leur club, suivis de ceux qui se spécialisent dans le jeu de transition, puis de ceux qui contribuent par un fort volume de tirs. Enfin, près de la moitié (44 %) des défenseurs mentionnés sont strictement défensifs.

Voici comment les membres de la brigade défensive du CH sont répartis parmi ces profils. Pour illustrer le changement de philosophie à l’œuvre, j’ai ajouté Nathan Beaulieu et Andrei Markov à cette liste.

J’expliquais, il y a quelques semaines, que la signature de Karl Alzner avait, à mes yeux, allumé quelques voyants rouges sur le tableau de bord. Certains chroniqueurs cherchaient à vanter la fiabilité de son jeu avec la rondelle en utilisant des indicateurs qui, à mon sens, ne disaient pas grand-chose.

Le détail des données publiées par Stimson confirme qu’Alzner représente, au mieux, un coûteux pas de côté. Sur le strict plan de ce qui est ici mesuré, soit la contribution offensive, Alzner, en fait, semble moins efficace que le joueur qu’il remplace, Alexei Emelin.

Ces données sont bien sûr incomplètes. Il faudra d’une part regarder plus précisément la contribution défensive d’Alzner et, d’autre part, voir comment il s’intègre à son nouvel environnement. Mais à vue de nez, le droitier qui se retrouvera à ses côtés a tout intérêt à aimer déménager la rondelle, parce que le gros Karl ne semble pas trop impliqué dans cet aspect du jeu. On reviendra un peu plus loin sur le dernier venu, Mark Streit.

Les deux piliers de la défensive, Petry et Weber, se distinguent par leur contribution au volume de tirs et, à moins que l’âge ne rattrape brutalement l’un d’eux l’an prochain, on peut s’attendre à la même chose dans un avenir rapproché.

Davidson et Schlemko, deux acquisitions plus récentes, sont eux aussi capables de contribuer sur le plan offensif, ce qui donne des options intéressantes pour la troisième paire défensive.

Mais le fait qu’on n’ait pas remplacé Markov ou Beaulieu pourrait faire mal. La contribution de Markov a été particulièrement saisissante, celui-ci ayant le profil le plus rare (et le plus payant), celui d’un défenseur complet.

Si Markov ne tire pas souvent, il ne gaspille pas ses cartouches et obtient beaucoup de chances. Surtout, sa réputation de passeur n’est pas surfaite : il est, dans l’échantillon rassemblé par Stimson, l’un des plus efficaces de la ligue dans cette facette du jeu.

En fait, la comparaison avec Streit, qu’on semble avoir ramené pour boucher le trou laissé par le Russe, est on ne peut plus éloquente.

A-t-on considéré que Markov avait bénéficié de partenaires de qualité (Weber, Petry, Subban), qu’il n’était pas celui qui tire le traîneau ? C’est possible. Les données montrent toutefois que, sur le plan offensif, les deux défenseurs sont aux antipodes. Streit a franchement l’air au bout du rouleau.

Tout ça est donc passablement surprenant. Mais une partie de l’explication se trouve probablement derrière le banc. Michel Therrien, c’est bien connu, adorait Markov, qu’il a dirigé depuis son entrée dans les rangs professionnels avec les Citadelles de Québec, puis avec le Canadien, en 2000-2001. Cette tirade, en janvier 2016, nous avait clairement rappelé le lien qui unit ces deux hommes.

Therrien parti, peut-être que la direction a décidé de couper les ponts. Le numéro 79, gourmand sur le plan salarial, n’est plus très jeune. Mais il y a autre chose. Claude Julien ne semble pas, pour sa part, être très attaché aux défenseurs à caractère offensif.

Le profil des défenseurs qu’il a utilisés au cours des deux dernières saisons est, en effet, pour le moins homogène. On a bien quelques tireurs en volume, mais les défenseurs défensifs abondent.

Il est fascinant de voir que même les défenseurs plus offensifs des Bruins dans cette période mettent peu l’accent sur la passe. Seul Torey Krug se démarque légèrement sur ce plan.

Je pense qu’il y a ici une question de style. Claude Julien est réputé pour l’excellence de ses schémas défensifs, notamment soutenus par un travail continu des attaquants dans leur territoire. Les formations de Michel Therrien étaient reconnues pour leur accent mis sur le jeu de transition, sur l’attaque créée en entrée de zone offensive — Max Pacioretty est celui qui a le plus précisément incarné ce style.

Il semble bien, à regarder l’évolution de l’alignement, qu’une époque tire à sa fin.