« Défenseur Académie » chez le Canadien
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« Défenseur Académie » chez le Canadien

Qui se retrouvera à la gauche de Shea Weber ? Jordie Benn, David Schlemko, Mark Streit, Jakub Jerabek ou Victor Mete ? L’analyse d’Olivier Bouchard.

Le vrai camp d’entraînement vient enfin de commencer pour le Canadien. Les rôles sont connus, surtout chez les attaquants. Mais il reste à voir comment Claude Julien et ses collaborateurs vont agencer leur défensive. On a donc affaire à une grande audition, ces jours-ci, une sorte de « Défenseur Académie ».

Il semble entendu que Karl Alzner et Jeff Petry formeront un tandem. Deux gros défenseurs aux styles qu’on espère complémentaires : le premier pratique la défensive austère chère aux traditionalistes, le second aime se servir de sa vitesse et de son talent pour partir à l’aventure.

La question qui reste : qui jouera donc à la gauche de Shea Weber ? Parce qu’il est lui aussi un héritier de l’école des défenseurs défensifs, on aime croire que Weber est à son mieux lorsqu’il est associé à un coéquipier mobile et habile avec la rondelle. C’est pourquoi il a longtemps joué avec Roman Josi lors de son passage à Nashville.

C’est aussi ce qui a poussé Michel Therrien à lui associer, en début de saison l’an dernier, Nathan Beaulieu. L’expérience n’a pas duré 10 matchs, le jeune gaucher croulant sous la pression. Weber, voyez-vous, est systématiquement envoyé au front lorsque les meilleurs attaquants adverses se pointent sur la glace. Les erreurs, dans ce contexte, ne pardonnent pas. Alors, qui peut prétendre être la solution idéale ? Voici les candidats en lice les plus sérieux.

Jordie Benn

Le frère de l’autre. Benn est un joueur polyvalent, qui a surtout fait sa marque dans la troisième paire défensive des Stars de Dallas. Gaucher qui peut jouer à gauche comme à droite, il est encore une fois attendu dans le dernier duo de l’équipe.

Mais lorsqu’on regarde le détail de ses six saisons dans la LNH, on constate que Benn n’a jamais aussi bien joué qu’avec Jason Demers, à l’époque dans la deuxième paire défensive des Stars. Les équipes de Benn ont obtenu 50 % des tirs vers le filet en sa présence depuis le début de sa carrière, une proportion qui monte à 57 % en compagnie de Demers.

C’est une donnée significative, dans la mesure où Demers est, par son style et ses habiletés, un clone de Jeff Petry. Je ne sais pas si le gros numéro 8 peut faire le travail avec Weber, mais ce dernier a prouvé l’an passé, en jouant avec Alexei Emelin, qu’il n’a pas besoin d’un collègue offensif pour être efficace. J’ajoute que Claude Julien a beaucoup utilisé Benn avec Petry en séries éliminatoires l’an dernier et que ces deux joueurs se sont fort bien débrouillés.

David Schlemko

Avant le début du camp, les rumeurs autour de l’organisation laissaient filtrer le nom de Schlemko comme premier appelé. Schlemko est un joueur talentueux, qui s’est développé « sur le tard » — entendre par là qu’on a fini par l’accepter comme il est : un défenseur qui ne joue pas contre les meilleurs trios adverses et qui, dans ce contexte, peut relancer l’attaque avec beaucoup de succès.

Schlemko n’a eu qu’un partenaire régulier, Keith Yandle, avec lequel il a eu à jouer sensiblement le même rôle qu’il aurait aux côtés de Weber. Il a bien fait, aidant son équipe à récolter 54 % des tirs vers le filet, mais il obtenait presque deux mises au jeu en zone offensive pour chaque mise en zone défensive. En d’autres termes, on le laissait jouer contre les meilleurs éléments adverses, mais on le tenait loin des situations défensives. Loin des attentes envers Weber.

Mark Streit

Il y a trois, quatre ans, Streit aurait été un formidable partenaire pour Weber. Expérimenté, rompu aux tâches défensives les plus exigeantes et capable de relancer l’attaque avec finesse et sang-froid…

Mais le Suisse a aujourd’hui 39 ans et, même dans des matchs disputés par un minimum de joueurs de la LNH, sa lenteur se fait sentir. Or, le jeu accélère à partir de la fin des camps pour atteindre son rythme de croisière après les Fêtes. Streit a encore de quoi à offrir et pourrait dépanner en début de saison, mais on risque de ne plus le voir beaucoup au mois de janvier.

Jakub Jerabek

Jerabek arrive en Amérique du Nord fort d’une excellente réputation et complètement dépourvu d’expérience sur les surfaces nord-américaines. On en a eu la confirmation lors des matchs auxquels il a participé jusqu’ici. De toute évidence, Jerabek a du flair en attaque et semble parfois perdu sur une glace beaucoup plus étriquée.

S’il trouve ses marques après une vingtaine de matchs à Laval, il pourrait déplacer Streit. Mais je doute qu’on le voie monter jusqu’aux côtés de Weber.

Victor Mete

Personne ne veut croire que ce jeune défenseur de 19 ans a une chance d’entrer dans le club. C’est faire abstraction du fait que Claude Julien est désormais l’entraîneur-chef et qu’il n’a jamais hésité à donner des rôles importants à de vertes recrues, au nez et à la barbe de vétérans plus aguerris.

Dougie Hamilton avait 19 ans lorsque Julien l’a catapulté dans le top 4 des Bruins. À 22 ans, Torey Krug est lui aussi passé tout de suite dans le top 4. L’an dernier, à 20 ans seulement, Brandon Carlo a fait le saut à son tour, atterrissant directement à la gauche de Zdeno Chara.

Mete est jeune, mais il représente exactement ce dont les Canadiens ont besoin à la gauche de leur défenseur numéro un. Qui plus est, que ce soit pour des missions défensives ou offensives, le club dispose de vétérans capables de prendre le relais lorsque nécessaire, ce qui permettrait à Julien de doser le temps de jeu de sa recrue.

Mete est probablement destiné à percer l’alignement l’an prochain. Mais vu l’absence d’option réellement intéressante, Julien pourrait être tenté de lui faire sauter quelques étapes, quitte à ne pas lui donner trop de temps de jeu en début de saison.