Une course aux séries en novembre
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Une course aux séries en novembre

L’apparition des points accordés pour les défaites en prolongation et en tirs de barrage a un impact majeur sur les équipes qui se battent pour une place en séries.

On n’a plus les mois de novembre qu’on avait. Il fut une époque où les amateurs de hockey voyaient la course aux séries éliminatoires commencer au mois de février, parfois en janvier.

Désormais, pour peu qu’une équipe connaisse un début de saison en dent de scie, la question se règle parfois dès le mois de novembre. C’est le cas du Canadien qui, après un mois d’octobre catastrophique, tente de remonter la pente.

Au-delà des performances douteuses de l’équipe, un contexte plus large est à l’oeuvre. La croissance du dépistage des joueurs en Europe et le nombre stable d’équipes pendant 20 ans ont aidé à réduire l’écart entre les différentes formations de la ligue.

Mais l’apparition des points accordés pour les défaites en prolongation et en tirs de barrage a elle aussi changé le portrait: c’est un peu plus de 10% des points obtenus qui sont ainsi distribués. Et la capacité à obtenir ce genre de points ne semble pas différer beaucoup selon le rang au classement.

Depuis trois ans, il est intéressant de constater que les «troisièmes points» ont un impact sur les équipes qui se battent pour une place en séries, soit celles qu’on retrouve entre les 13e et 18e rangs de la LNH. Si la distribution de ces points semble aléatoire, une équipe qui gagne quelques points supplémentaires de cette façon peut brouiller les cartes au classement.

Le classement actuel reflète cette réalité. Devant le Canadien, on retrouve notamment trois rivaux de division: les Bruins (3 « troisièmes points »), les Red Wings (un seul « troisième point ») et les Sénateurs (déjà 5 « troisièmes points »).

La question est de savoir si, avec quatre équipes et trois points qui les séparent du dernier échelon de qualification, les hommes de Claude Julien ont encore beaucoup de marge de manoeuvre. Le mathématicien Micah Blake McCurdy, qui dirige le site HockeyViz.com, s’intéresse de près à ces questions. Il raffine depuis trois ans des modèles statistiques évaluant notamment les chances qu’une équipe a de se qualifier pour les séries et, du même coup, peut indiquer quel impact un match peut avoir sur les chances d’une équipe.

La défaite du Canadien jeudi soir contre le Wild du Minnesota lui a coûté très cher. Estimant les chances de qualification du club à 47% en début de soirée, les différents scénarios permettaient au Canadien d’augmenter leurs chances de 5% (victoire + défaite en temps réglementaire des Red Wings) ou de les faire descendre de 7% (défaite en temps réglementaire + victoire des Red Wings). Le temps commence donc à manquer.

La bonne nouvelle, c’est que les indicateurs permettant d’estimer les chances futures de victoire de l’équipe sont globalement positifs. La guigne qui accablait les attaquants de l’équipe s’est résorbée, et on a finalement découvert que Carey Price, incapable d’arrêter une rondelle depuis le début de la saison, était blessé. Surtout, l’équipe joue de mieux en mieux.

On peut évaluer la chose en utilisant les outils développés par un autre analyste, Emmanuel Perry, qui dirige lui aussi un site de référence de statistiques avancées, Corsica.Hockey. Sur ce site, on retrouve un indicateur fort utile, les buts attendus (expected goals). Perry utilise les données publiées par la LNH sur les tirs au but (point d’origine du tir, type de tir, moment dans le match et ainsi de suite) pour évaluer quelle est la probabilité qu’une tentative donnée débouche sur un but. Ce faisant, il peut relativiser l’importance de chaque tir et ainsi arriver à un total prévu de buts.

Cette pondération permet de distinguer, sur un quart de saison, les résultats (souvent soumis à la tyrannie du hasard) du processus qui guide chaque équipe. Elle donne ainsi un indicateur plus fiable des performances futures d’un groupe de joueur.

Pour connaître la force relative d’une équipe, j’aime bien situer ses performances en pourcentage du meilleur score de la ligue. Ainsi, une équipe qui obtient 80% dans une catégorie donnée est en très bonne position.

Pour le Canadien, la tendance cumulée au fil du premier quart de la saison reste positive. À 5 contre 5, l’attaque s’est graduellement imposée comme l’une des plus dangereuses du circuit. La défensive est plus instable, mais, depuis les huit derniers matchs, on semble avoir réussi à renverser la tendance.

Les unités spéciales sont plus embêtantes. L’avantage numérique, encore là, s’est installé parmi les meilleurs de la ligue après un début de saison chaotique. Mais le travail de l’équipe en désavantage numérique laisse clairement à désirer et ne montre pas de véritables signes de vie.

Heureusement, l’équipe est disciplinée et excelle dans l’art de faire perdre patience à l’adversaire. Elle provoque beaucoup de pénalités, ce qui va généralement de pair avec un avantage marqué du jeu à 5 contre 5. L’époque des matamores est révolue: les équipes prennent aujourd’hui des pénalités d’accrochage, d’obstruction, font trébucher. Bref, des erreurs commises lorsqu’on court après un adversaire.

Ayant ces éléments de contexte à l’esprit, on ne doit pas faire l’erreur de croire que la saison du Canadien est foutue. L’équipe possède certainement les ressources nécessaires pour remonter la pente. Mais une certaine dose de chance sera nécessaire.

Il faut notamment espérer que les blessures épargneront l’équipe. La perte de Shea Weber et Jonathan Drouin, cette semaine, est passablement difficile à encaisser. Weber, à court terme, peut être remplacé par un comité de défenseurs. Les adversaires affrontés dans les prochaines semaines ne sont pas toujours coriaces et, parce que l’équipe joue sept des 10 prochains matchs à domicile, Claude Julien peut s’assurer de garder un certain contrôle sur les confrontations.

La perte de Drouin est plus embêtante. En avantage numérique, le #92 est sensationnel en entrée de zone et en contrôle de rondelle. Sans lui, le Canadien peine à rester en territoire ennemi lors de ces situations.

À forces égales, sa mise à l’écart pourrait être relativement compensée si Charles Hudon obtient plus de temps de jeu. C’est la chose logique à faire, mais cela implique de ramener Galchenyuk au centre, ce que l’équipe semble déterminée à ne pas faire, quitte à échapper une participation aux séries éliminatoires.

Ce ne serait pas une première: en 2015-2016, Marc Bergevin a obstinément refusé de payer le gros prix pour aller chercher un remplaçant digne de ce nom à Carey Price, ce qui relégué le club à une fin de saison hâtive. Espérons simplement qu’il a appris quelque chose de cet épisode.