Que faire avec la défensive du Canadien?
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Que faire avec la défensive du Canadien?

Si Marc Bergevin met une croix sur les séries, il risque de chercher des joueurs très jeunes mais prometteurs. Si, au contraire, il y croit encore, il devra trouver un défenseur pour épauler Shea Weber. Grosse commande.

Dans deux semaines, le Canadien bénéficiera d’un congé de quatre jours. On saura à ce moment ce qu’il reste des chances de l’équipe de participer aux séries.  Marc Bergevin (s’il est encore en poste) aura alors à décider s’il commence à bouger pour améliorer son équipe, ou s’il commence à brader des vétérans sur le marché des échanges.

Peu importe la voie choisie, la prochaine étape passe par un travail de transformation de la brigade défensive. Si vous fréquentez les médias sociaux ou si vous écoutez souvent la radio, on vous aura déjà répété à satiété le même mantra : la défensive est pourrie. Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation, mais il faut le dire, les problèmes sont bien réels.

S’il est difficile de bien comprendre ce qui se passe, c’est que la gestion même de la défensive, depuis le début de la saison, rend l’évaluation des joueurs difficile. Plus les jours avancent, moins l’entraîneur Claude Julien fait appel à des duos fixés dans un bloc. Pire encore, depuis une dizaine de matchs, il a décidé de rompre avec l’organisation habituelle, soit trois paires de défenseurs qui se relaient, les deux meilleurs duos ramassant la majeure partie du temps de jeu.

On a plutôt droit à deux duos de premier plan qui jouent ensemble à mi-temps et dont les membres, le reste du match, jouent avec l’un ou l’autre des défenseurs de la troisième paire. Ceux-là ne jouent presque jamais ensemble.

Pour résumer cet assemblage alambiqué, je vous ai construit un petit tableau, qui résume combien de temps les différentes paires ont passé sur la glace ensemble et quelle part des chances de marquer ces combinaisons ont obtenu.

Trois constats me semblent ici particulièrement importants:

  • Victor Mete n’a pas cessé de jouer aux côtés de Shea Weber pour rien. Malgré un début de saison prometteur, ce duo perdait des plumes, n’obtenant que 47% des chances de marquer. Associé à Jordie Benn, Weber s’est immédiatement raplombé. Et ne vous laissez pas tromper par les mauvais scores de son association à Karl Alzner; ces deux vétérans ont été déployés dans certaines situations bien particulières qui les désavantageaient franchement.
  • Jeff Petry et Karl Alzner ont souvent l’air un peu perdus au fil d’un match, mais il faut se méfier des apparences. Ils ont jusqu’ici formé le duo défensif le plus stable de l’équipe.
  • Si on continue à donner du temps de jeu à Mete, on semble hésiter quant à l’identité du sixième défenseur. Brandon Davidson a commis des bourdes couteuses, mais dans l’ensemble, il a bien fait. Joe Morrow est, si j’ai bien compris, un projet de Claude Julien qui remonte à l’époque où les Bruins ont repêché le Canadien de 24 ans. À la lumière des chiffres, le rendement de Morrow est abominable. Je ne sais pas combien de temps encore on le laissera torpiller ainsi le reste de l’équipe. À l’exception de Jordie Benn, tous les autres défenseurs coulent à pic avec lui.

En évaluant le travail des défenseurs, on fait souvent l’erreur de ne pas considérer ce qui leur arrive en fonction des attaquants auxquels ils sont jumelés. Le Canadien articule ses principaux trios autour de trois joueurs de centre, Phillip Danault, Jonathan Drouin et Tomas Plekanec. La quatrième ligne est organisée de manière plus floue, je l’ai donc regroupée comme « Autres ».

On connaît le potentiel de Jonathan Drouin. Mais il faut garder à l’esprit que Danault et Plekanec sont les meilleurs centres défensifs du club. Deux éléments doivent ici être soulignés :

  • Les analystes – moi le premier – ont paniqué inutilement au sujet de Tomas Plekanec. Le taciturne au col roulé fait remonter quiconque a la chance de jouer en sa compagnie, même Joe Morrow.
  • Petry et Alzner apparaissent ici sous un angle plus nuancé : oui, ils ont des statistiques ronflantes, mais ils ont beaucoup été associés à Danault et Plekanec. Weber, lui, joue beaucoup avec Drouin et la quatrième ligne. On lui en a beaucoup mis sur les épaules depuis le début de la saison.

Que faire?

Le Canadien arrive à la croisée des chemins. Si on décide de reconstruire en vue de l’an prochain, je ne crois pas qu’on assistera à un dynamitage. Après tout, la plupart des attaquants du club sont dans la force de l’âge. Plus simplement, Bergevin risque de chercher à rebâtir la défensive pour l’an prochain, peut-être dans deux ans, en allant chercher des joueurs très jeunes mais prometteurs. Dans ce contexte, Shea Weber, qui aura bientôt 33 ans, pourrait être échangé pour rajeunir et étoffer une brigade défensive qui a beaucoup vieilli.

Weber demeure un défenseur aux qualités notoires, comme le chroniqueur Travis Yost le rappelait cette semaine. Une demi-douzaine d’équipes, en l’intégrant à leur brigade défensive, passeraient du statut de bonne équipe à celui de prétendants aux grands honneurs. Si Bergevin décide d’aller par là, il pourrait ramasser un joli pactole.

Si, au contraire, il décide de persister vers la course aux séries, il devra trouver un défenseur qui sort Joe Morrow de l’alignement en ramenant Jordie Benn sur la troisième paire défensive.

Ce défenseur, appelé à patrouiller le flanc gauche de Weber, n’a pas besoin d’être excellent. Le «gros Shea» a l’immense mérite d’être capable d’accomplir sa besogne pour peu que son compagnon de duo ne soit pas trop imprévisible. Ça donne un large bassin de joueurs potentiels disponibles.

Mais ce n’est qu’à la mi-décembre que des équipes commencent à trainer définitivement de la patte dans la course aux séries. Il faudra trouver le moyen de stabiliser cette défensive sans apport externe important. Grosse commande.