Pacioretty, un capitaine difficile à remplacer
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Pacioretty, un capitaine difficile à remplacer

La rumeur veut que Marc Bergevin tente d’échanger Max Pacioretty. Mais comme l’explique Olivier Bouchard, il risque d’obtenir peu en retour, en plus de créer un trou à plusieurs niveaux dans la formation.

La nouvelle est tombée un peu à l’improviste, samedi soir dernier. Le chroniqueur de Sportsnet Nick Kypreos a révélé que Marc Bergevin s’activait sur le marché des échanges pour tenter de se départir du capitaine de l’équipe, Max Pacioretty. En théorie, le geste correspond à ce qu’on attend d’une équipe dans la situation du Canadien.

Parce qu’il est à peu près certain que les séries éliminatoires sont hors de portée, le directeur général doit déjà penser à l’an prochain. Pacioretty, 29 ans, et avec encore une autre saison à écouler avant de terminer un contrat qui lui assure un salaire inférieur à ce qu’il vaut, pourrait en théorie rapporter un joli magot pour rebâtir l’équipe rapidement.

En pratique, c’est moins évident.

Une valeur d’échange incertaine

Un des meilleurs buteurs de la LNH depuis cinq ans, Pacioretty reçoit un salaire de 4,5 millions par saison, bien moins que ce qu’une équipe lui consentirait aujourd’hui s’il était agent libre. Mais ce qui est vrai pour Pacioretty et le Canadien l’est aussi pour bien d’autres joueurs dans d’autres équipes.

Une demi-douzaine d’équipes sont déjà, comme le Canadien, presque éliminées. Et lorsqu’on analyse leurs formations, on voit bien des attaquants capables de marquer des buts susceptibles de changer d’adresse pour obtenir le bon prix. Evander Kane à Buffalo, Mike Hoffman à Ottawa, Gustav Nyquist à Détroit, Tobias Rieder et Anthony Duclair en Arizona, Thomas Vanek à Vancouver… Et d’autres équipes pourraient devenir vendeuses d’ici la date limite des échanges, à la fin du mois de février.

Et de l’autre côté, combien d’équipes acheteuses ? Les Blues de Saint-Louis ? Les Kings de Los Angeles ? Les Hurricanes de la Caroline ? Qui peut vouloir dire adieu veau, vache, cochon, couvée pour aller chercher Pacioretty, tandis qu’une foule d’attaquants compétents (Hoffman et Kane, particulièrement) sont disponibles à moindre prix ?

Bref, si Pacioretty déménage avant l’été, ce sera à prix cassé. Et il ne risque pas de rapporter beaucoup plus la belle saison venue.

L’autre problème, c’est qu’une fois le capitaine parti, on va bien devoir le remplacer. Ce qui n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire.

Un joueur aux multiples talents

La contribution de Max Pacioretty aux succès de son équipe est considérable.  Au moment d’écrire ces lignes, le capitaine est au 56e rang des attaquants les plus utilisés de la ligue en désavantage numérique. Pas de quoi écrire à sa mère, direz-vous.

Mais il est au 6e rang pour le nombre de tirs tentés et, depuis cinq ans, ses sept buts marqués le placent dans le top 20 des buteurs à court d’un joueur.

À forces égales, Pacioretty est un joueur dont la contribution offensive ne se limite pas à marquer des buts. Je note, depuis le début de la saison, les actions importantes en attaque, mais aussi en relance défensive et en transition en zone neutre. La constance du capitaine est impressionnante. En fait, seul Brendan Gallagher (qui ne joue pas en désavantage numérique) contribue à un rythme similaire.

En zone offensive, en plus d’obtenir beaucoup de chances de marquer, il sait alimenter ses coéquipiers dans l’enclave et récupérer des rondelles libres pour amorcer des attaques.

En zone neutre, sa contribution est cependant moins remarquable que par le passé. Je pense qu’on doit en partie y voir le résultat de la présence de joueurs comme Phillip Danault et Andrew Shaw à ses côtés. Ces deux joueurs, compagnons de ligne les plus fréquents du numéro 67, sont eux aussi fort actifs en transition.

Et en zone défensive ? Quand vient le temps de sortir la rondelle, encore là, peu de joueurs contribuent autant que Pacioretty.

Avant même de parler de sa production de buts, on a donc affaire à un joueur qui est tout sauf unidimensionnel. En fait, la polyvalence de Pacioretty est telle qu’il est difficile de croire qu’une équipe accepterait de se départir d’un joueur équivalent pour l’acquérir. Le CH, en le laissant partir, se retrouverait donc avec un trou béant dans sa formation. Un autre.

C’est pourquoi je ne pense pas qu’il soit avisé de laisser partir le capitaine maintenant. L’heure de la reconstruction approche pour le Canadien, mais Bergevin n’y est pas encore. Dans quelques années, Shea Weber, Carey Price et Pacioretty ralentiront. C’est à ce moment qu’on devra passer à autre chose. Mais d’ici là, je doute qu’il soit pertinent de créer un problème supplémentaire pour une équipe qui en a déjà quelques-uns.

Je soupçonne qu’il serait, d’ici la fin de la saison, plus constructif de se départir de joueurs comme Tomas Plekanec et Phillip Danault. Le vétéran tchèque est maintenant un joueur d’appoint, dont les bonnes performances sont largement dépendantes de son association continue avec d’excellents ailiers, comme Brendan Gallagher et Charles Hudon.

Danault ? Il est aussi vraiment très bon, et encore jeune. Mais le Canadien devra lui accorder un nouveau contrat l’an prochain, et je ne suis pas convaincu qu’il vaille trois ou quatre millions par saison, ce qu’il risque fort de demander.

On devrait donc plutôt utiliser ces deux « centres à tout faire », qui ont une valeur d’échange bien réelle, pour aller chercher du renfort en défensive, « le » point faible de la formation en 2017-2018.

Quant à Pacioretty, si l’équipe continue à flotter entre deux eaux l’an prochain, il sera encore temps de l’échanger, sinon de le laisser partir sur le marché des agents libres une fois son contrat terminé.

Avant de se départir de son capitaine, Bergevin devrait y penser à deux fois. En l’échangeant maintenant, il risque d’assurer l’embourbement de l’équipe au classement pour quelques années encore. Après des séries éliminatoires ratées deux fois en trois ans, une autre mauvaise saison sonnerait assurément le glas de son séjour au poste de directeur général.