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Si la vie (privée) vous intéresse

Publier des informations privées sur Facebook, c’est un peu comme se faire tatouer le NIP de sa carte de guichet dans le front avant d’affirmer, sans rire, que de nous regarder en haut des sourcils est une tentative de fraude.

Avez-vous copié le message sur votre profil Facebook ?

Vous êtes-vous mis à l’abri de l’utilisation de vos données personnelles par Facebook, ses partenaires, le gouvernement, le Bonhomme Sept-Heures et quatre des sept chevaliers de l’apocalypse ?

Vous savez, ce message qui ressemble généralement à quelque chose comme :

J’avise Facebook,

Moi, Mathieu Charlebois,

suis prêt à croire à peu près n’importe quoi, tant qu’on y ajoute quelques numéros de loi (UCC 1-308-1 308 1-103 et le statut de Matagami) pour que ça sonne sérieux.

Par ce communiqué, je dis à Facebook qu’il est strictement interdit de divulguer, copier, distribuer ou diffuser les photos du cœur dans la mousse de mon café, mon statut à propos de la neige ou la petite vidéo qui shake, filmée avec mon téléphone tenu à la verticale.

La violation de ma vie privée est punie par la Loi (UCC 1-508-1 306 1-703 et un juge avec un marteau pis un air méchant.)

Aussi, je voudrais que Bill Gates garde Hotmail gratuit, alors je vous demande d’envoyer ce message à six de vos amis.

(Pour en lire un vrai, passez ici.)

Ce genre de statut se multiplie depuis quelques jours, et on sent les fondations de Facebook trembler devant un tel assaut. Mark Zuckerberg navigue en ce moment sur Jobboom, c’est clair.

Sauf que, ô surprise, ô étonnement, ô comment-ça-quelque-chose-de-pas-vrai-sur-Internet ?, tout ça est complètement bidon. Ce l’était déjà en 2012.

De ces messages, j’aime particulièrement l’inévitable phrase qui annonce que «le contenu de mon profil comporte des informations privées».

Publier des informations privées sur Facebook, c’est un peu comme se faire tatouer le NIP de sa carte de guichet dans le front avant d’affirmer, sans rire, que de nous regarder en haut des sourcils est une tentative de fraude.

Savez-vous qui aime bien lire ce que vous postez sur Facebook ? Votre mère, oui, bien sûr. L’amoureux secret qui se passe et se repasse l’album de photos de plage de votre dernier séjour à Cuba, sans aucun doute.

Et qui d’autre ? Le gouvernement canadien, qui collecte des informations sur sa population, sous prétexte d’être «à l’écoute». Je vous en parlais en mai dernier. Ce même gouvernement, qui est actuellement contrôlé par un parti qui a déjà refusé l’accès à l’un de ses événements à deux étudiantes parce qu’on avait trouvé sur leurs profils Facebook une photo avec Michael Ignatieff.

Vous avez cliqué «Participer» sur les événements Facebook de quelques manifestations contre un pipeline ? N’en doutez pas une seconde : vous êtes fiché quelque part.

Vous aimez la page de Nickelback ?… Il ne vous arrivera rien, mais c’est clair qu’un fonctionnaire vous a jugé en silence, quelque part, dans un bureau à Ottawa.

Et ça va bien au-delà de Facebook. Edward Snowden nous l’a appris.

Des États dotés d’ordinateurs surpuissants qui collectionnent et recoupent nos appels, nos textos, nos courriels, nos recherches… Brrrrr. Si ça ne vous évoque pas l’image d’un grand frère moustachu, je ne sais pas ce que ça va vous prendre. (Je réfère ici au Big Brother du roman 1984, et non pas à Luigi, de Super Mario Bros.)

J’en entends d’ici dire que je m’emballe pour rien, comme un foodie devant une boutique de macarons. «Ben là, qu’ils disent, ce n’est pas comme si le FBI allait débarquer chez moi en me soupçonnant de vouloir refaire l’attentat du marathon de Boston parce que ma femme a fait des recherches sur les cuiseurs de riz et que mon gars a «googlé» des sacs à dos !»

Ben oui, ça se peut. C’est même déjà arrivé.

Si votre vie privée, ou le concept de protection de la vie privée en général, vous importent vraiment, allez voir le formidable documentaire Citizenfour. On y suit Edward Snowden, alors qu’il révèle au monde l’ampleur des programmes d’espionnage.

Au début, on le trouve un brin parano de débrancher le téléphone de sa chambre d’hôtel de Hongkong, pourtant raccroché, pour ne pas être espionné par le gouvernement américain. À la fin, on se demande s’il n’y a pas un drone qui nous suit, à distance, prêt à nous descendre si jamais on s’intéresse de trop prêt à quelque chose de «suspect». Une recette de gâteau aux fruits, par exemple, qu’on confondrait avec une arme bactériologique.

C’est troublant, et ce n’est pas un statut Facebook qui va changer ça. Peut-être si on le disait avec une vidéo de chat ?

 

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web et ex-chroniqueur musique à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue sur la politique avec un regard humoristique depuis 2014. Il a aussi participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut l’entendre régulièrement à La soirée est encore jeune, et le suivre sur Twitter : @OursMathieu