Techno

Êtes-vous un robot ?

En tuant le CAPTCHA, Google détruit enfin la technologie qui volait, à coup de 10 secondes, des millions d’heures à l’humanité.

Google détruit captcha

Google est capable du meilleur et du pire. Qualifier par erreur un réalisateur québécois de terroriste fait partie du pire. Tuer le CAPTCHA, par contre, fait assurément partie du meilleur.
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Si le CAPTCHA ne vous est pas familier, je peux vous garantir deux choses. Un : vous avez déjà utilisé cette technologie. Deux : vous la détestez.

CAPTCHA est un acronyme de Completely Automated Public Turing test to tell Computers and Humans Apart — en gros, «test automatisé pour distinguer les humains des ordinateurs».

Dans la vie numérique de tous les jours, il s’agit de cette petite boîte où vous devez taper les lettres et les chiffres déformés qui apparaissent à l’écran pour prouvez que vous n’êtes pas un robot.

Je savais bien que vous détestiez cela.

Le CAPTCHA est pourtant louable. Ses caractères tordus empêchent les bots, de petits programmes informatiques, de créer des adresses courriel pour envoyer des liens malveillants ou de bombarder les sections commentaires avec des pubs du genre «Enlarge your penis».

En théorie, son rôle est de donc faire du Web un monde meilleur pour les humains et un enfer pour les machines. Mais dans la pratique, il pourrit la vie des gens.

Parlez-en aux personnes malvoyantes qui doivent opter pour l’insupportable version audio du CAPTCHA. Ou encore, au journaliste du site Motherboard qui s’est buté à une suite de caractères illisibles en voulant acheter des billets pour un concert en demande. Le temps de recommencer, et toutes les places étaient vendues.

L’un des développeurs du CAPTCHA, le Guatémaltèque Luis von Ahn, a lui-même admis au magazine Walrus avoir fabriqué un monstre qui «grugeait, à coup de 10 secondes, des millions d’heures à l’une de nos ressources les plus précieuses : le cerveau humain».

Pour corriger le tir, Luis von Ahn a créé le reCAPTCHA au milieu des années 2000. Le concept est exactement le même, à la différence près que chaque fois qu’un internaute complète un reCAPTCHA, cela permet de numériser deux mots tirés d’un livre ou d’une article de journal. L’expérience s’avère tout aussi désagréable, mais offre au moins le bénéfice de servir l’humanité.

Google a acquis la technologie reCAPTCHA en 2009. Depuis, elle a permis de numériser la totalité des archives du New York Times, soit 13 millions d’articles, ainsi que des milliers de livres.

Mais aujourd’hui, les ordinateurs ont rattrapé leur retard. Google a notamment créé un algorithme capable de déchiffrer 99 % des CAPTCHA. C’est mieux que moi, si je me fie au nombre de fois où je réclame un nouveau CAPTCHA, le premier étant complètement illisible.

Plutôt que de nous forcer à numériser des livres pendant que les bots ruinent notre vie numérique, Google a tué le CAPTCHA. Ou, pour être plus juste, il l’a radicalement transformé, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

Google reCAPTCHA
Démonstration du nouveau reCAPTCHA en action.

Cochez la case «je ne suis pas un robot», et vous pouvez passer. À moins que vous ne soyez un robot.

Derrière cette simplicité apparente se cache un «programme d’analyse de risque avancé», explique Google sur son blogue.

Lorsqu’une personne (ou un robot) coche la case, l’algorithme étudie, en une fraction de seconde, «le comportement de l’usager avant, pendant et après son interaction avec le CAPTCHA». Difficile de savoir ce que l’entreprise de Mountain View analyse exactement, mais les multiples données qu’elle amasse sur vous font assurément parties de l’équation.

Curieux d’essayer ce nouveau test ? Vous le trouverez à la toute fin de ce formulaire.

Attendez toutefois avant de célébrer la mort du CAPTCHA, car son adoption pourrait prendre du temps. Même sur le blogue où Google a annoncé la nouvelle, il faut réussir un bon vieux CAPTCHA pour laisser un commentaire…

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