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Souriez, vous êtes malade !

Des médecins partagent des photos de vos bobos sur les réseaux sociaux, par l’intermédiaire d’une application baptisée Figure 1.

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Photo : Figure 1

«Argh !», «beurk !», «ouache !»… Même en sachant ce qui m’attend dans l’application Figure 1, je ne peux m’empêcher d’exprimer mon dégoût à la vue des images qui défilent devant mes yeux : membres tuméfiés, plaies béantes, parties génitales méconnaissables…
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D’où viennent ces photos ? Du cellulaire de votre médecin.

Figure 1 est l’Instagram du monde médical. Au lieu d’y mettre des images de chats ou de repas, les docteurs y publient des clichés de cas intéressants, ou qui rendent perplexe. Les quelque 150 000 usagers de l’application peuvent ensuite partager leurs avis et suggestions.

Sur le plan scientifique, Figure 1 est un outil fantastique qui procure à un médecin une armée de collègues à consulter. Et ce, même s’il est seul, en pleine nuit, dans la salle d’urgence d’un hôpital de région.

Sur le plan éthique, la situation s’avère moins reluisante. Bien que la mise en ligne de cas soit réservée aux médecins, n’importe quel quidam — vous, moi, votre voisin — peut ouvrir un compte et consulter l’appli.

Le fondateur de Figure 1, le médecin torontois Josh Landy, jure que la vie privée des patients est sa préoccupation première. Ainsi, les images publiées doivent être exemptes de tout signe distinctif — visage, tatouage, bijou —, et les données temporelles et géographiques des fichiers sont supprimées. N’empêche, seriez-vous à l’aise que la photo d’un de vos bobos circule en ligne ?

Cette question ne se pose pas uniquement pour Figure 1. L’interdiction des téléphones cellulaires dans les hôpitaux est en voie d’extinction, et nombre de médecins ne se séparent plus de leurs gadgets. Solliciter les conseils d’un collègue par texto, courriel ou Facebook en partageant une photo ou des résultats d’examen est plus facile que jamais.

Peut-être même trop facile, craint le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec. «Les gens envoient des messages par réflexe et réfléchissent ensuite. Certains cas problématiques nous ont été rapportés, mais nous n’avons jamais eu de plaintes.»

Le Collège des médecins du Québec n’a pas attendu qu’un véritable dérapage ne survienne avant d’agir. Son nouveau code déontologique, qui est entré en vigueur en janvier dernier, précise que ses membres doivent «s’abstenir […] de participer, incluant dans les réseaux sociaux, à des conversations indiscrètes au sujet d’un patient.»

À partir d’avril, l’organisation offrira également un atelier pour enseigner aux médecins les balises à respecter sur les réseaux sociaux. Le document d’accompagnement explique notamment que Twitter est utile pour «effectuer sa formation continue», mais inacceptable pour «échanger des informations médicales avec un patient». Le gros bon sens.

Une bonne dose de vigilance est aussi prescrite aux malades. Un médecin ne peut pas vous photographier sans votre consentement. Avant de l’accorder, demandez quel sera l’usage de la photo, veillez à ce qu’elle soit ajoutée à votre dossier médical et exigez sa destruction du téléphone intelligent après utilisation. À moins que vous n’ayez aucun problème à ce que des gens poussent des cris de dégoût à la vue de vos bobos.