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Une fillette de 12 ans s’attaque au sexisme dans les jeux vidéo

Les filles sont trop souvent contraintes de jouer avec un personnage de garçon dans les jeux vidéo, révèle l’étude d’une Américaine… âgée de 12 ans.

Par défaut, le personnage principal du populaire jeu Temple Run est un homme. (Capture d'écran de Temple Run 2)
Par défaut, le personnage principal du populaire jeu Temple Run est un homme. (Capture d’écran de Temple Run 2)

Comme bien des enfants, l’Américaine Madeline Messer, 12 ans, adore Temple Run. Dans ce jeu conçu pour téléphone intelligent, un aventurier du nom de Guy Dangerous court, saute et glisse pour collecter des pièces d’or. La partie ne s’arrête que lorsqu’un des nombreux obstacles qui se dressent sur son chemin interrompt sa course.
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Jouer à Temple Run est gratuit. Mais si Madeline veut remplacer Guy Dangerous par une aventurière, Scarlet Fox, elle doit ramasser 5 000 pièces d’or… ou payer 1,19 $. «Je suis une fille, alors pourquoi devrais-je payer pour avoir un personnage féminin ?» s’est demandé Madeline.

Plutôt que de hausser les épaules et de continuer à jouer (comme l’auraient fait bien des enfants), Madeline a entrepris une étude tout à fait sérieuse. «Je voulais vérifier s’il y avait oui ou non un préjugé sexiste généralisé dans les applis de ce genre», explique-t-elle par courriel.

Avec l’autorisation de ses parents, elle a téléchargé les 50 jeux semblables à Temple Run les plus populaires du App Store. Pour chacun, elle a noté le sexe du personnage par défaut, la présence ou non d’avatars féminins et, le cas échéant, leur prix.

Ce processus, qui a requis plusieurs heures, a été à la fois «amusant» et «pénible», puisque certains jeux se sont avérés «extrêmement ennuyants».

Madeline Messer a compilé ses données dans cinq tableaux comme celui-ci.

Une fois exclus les jeux qui impliquent uniquement des chats, des patates et d’autres créatures asexuées, Madeline a découvert que 90 % des applis proposent un personnage de garçon gratuitement, comparativement à 15 % pour le sexe opposé. Pire : plus de la moitié n’offrent tout simplement pas d’option féminine !

Le prix moyen pour déverrouiller un personnage de femme est de 7,53 $, une belle somme si on considère que la plupart de ces jeux sont gratuits. Une appli de Disney exige même 30 $ pour se glisser dans la peau d’une fille !

«J’aurais préféré obtenir un autre résultat, mais c’est ce à quoi je m’attendais», dit Madeline. Fâchée par cette sous-représentation féminine, elle a partagé sa découverte et son opinion dans une lettre ouverte publiée dans le quotidien Washington Post. Rien de moins !

Le jour même de sa parution, le texte a abouti entre les mains d’un des deux créateurs de Temple Run, Natalia Luckyanova. Oui, oui, une femme.

«J’étais embarrassée de lire ça», a-t-elle confié à la radio publique américaine, NPR. Étonnamment, elle n’avait jamais perçu ce problème, même si elle savait que 60 % des joueurs de Temple Run sont des filles.

Sans attendre, Natalia a écrit à Madeline pour lui annoncer qu’un personnage féminin gratuit sera bientôt ajouté à Temple Run. «Elle m’a aussi offert des t-shirts», confie la jeune fille.

Les gens derrière un autre jeu, Noodles Now, ont également contacté Madeline. Même si leur personnage principal, gratuit, était déjà une fille, ils voulaient en ajouter une autre… à l’image de Madeline.

La nouvelle héroïne de Noodles Now est déjà disponible. Désormais, Madeline a un personnage auquel elle peut vraiment s’identifier.

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Le personnage de Madeline Messer, dans Noodle Now, qui livre des nouilles.

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À propos de Marc-André Sabourin

Journaliste indépendant, Marc-André Sabourin collabore à L’actualité depuis cinq ans, où il écrit régulièrement sur la technologie et l’entrepreneuriat. Il est coauteur du livre Dans les coulisses d’Enquête et siège au Conseil de presse du Québec. On peut le suivre sur Twitter : @MA_Sabourin.