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Quand Uber s’attaque au transport en commun

Après avoir pris d’assaut l’industrie du taxi, l’entreprise californienne tente de s’imposer comme un nouveau mode de transport en commun, et ce, tant dans les petites villes que dans les grandes métropoles. 

L’application mobile Uber. (Photo : Maxime Johnson)

Uber n’a toujours pas lancé de service d’autobus, mais son volet uberPOOL ressemble de plus en plus à du transport en commun, et ce, tant dans les grandes villes que dans les petites.

Cette fonctionnalité, qui permet aux utilisateurs d’économiser sur leur trajet en partageant une voiture avec d’autres passagers qui se dirigent dans la même direction, n’est toujours pas offerte au Québec, mais devrait l’être prochainement.

uberPOOL, presque une ligne d’autobus à New York

À New York, la comparaison entre uberPOOL et un autobus est frappante depuis que l’entreprise a modifié cette semaine l’algorithme de son logiciel.

Uber a modifié l’algorithme de son service de covoiturage uberPOOL à New York.

Les usagers ne montent plus dans un véhicule qui vient les chercher à l’endroit où ils sont, comme c’est normalement le cas, mais doivent plutôt marcher jusqu’à un coin de rue à proximité. Les voitures roulent ainsi surtout en ligne droite, comme un autobus, et arrivent plus rapidement à destination. Le tarif demeure plus cher qu’en métro ou en autobus, mais la différence est de plus en plus petite.

Innisfil préfère Uber à l’autobus

Ce ne sont pas que les mégalopoles qui ont droit à uberPOOL. À Innisfil, en Ontario, le service a carrément été adopté comme moyen de transport officiel par cette municipalité de 36 000 habitants. Non seulement la Ville ne fait pas la guerre à la multinationale californienne, mais celle-ci rembourse une partie de chaque déplacement effectué par ses résidants.

Certains tracés prédéfinis coûtent ainsi entre 3 et 5 dollars aux usagers, et la Ville rembourse 5 dollars pour les autres trajets. La première phase du projet-pilote coûtera 100 000 dollars et devrait durer de six à neuf mois. Les autorités municipales estiment que la mise en place d’un service avec deux autobus s’élèverait pour sa part à 610 000 dollars par année.

J’ai vu l’avenir dans la Silicon Valley (et ce nest pas très beau)

De quoi pourrait avoir l’air un avenir où Uber remplacerait le transport en commun ? J’ai eu l’occasion d’en avoir un aperçu la semaine dernière à l’occasion de la conférence Google I/O en Californie.

La file d’attente pour les voitures Lyft et Uber à Google I/O 2017.
(Vidéo : Maxime Johnson)

Dans cette rencontre rassemblant des milliers de développeurs au milieu d’un parc inaccessible en transport en commun, plusieurs dizaines de personnes devaient souvent attendre leur voiture en même temps. Le pire a été évité, notamment parce que Google avait réservé un grand stationnement pour le covoiturage, bloqué en partie une route et payé du personnel pour aider les chauffeurs à trouver leurs passagers.

Mais la scène n’était pas belle à voir. Le stationnement était chaotique, bien des chauffeurs et usagers étaient frustrés par l’embarquement difficile, et un trajet de 10 minutes en temps normal coûtait plus de 17 dollars, même en devant déposer au préalable deux autres passagers.

Si personne n’avait été payé pour crier les noms des clients recherchés en pleine nuit, et si les voitures s’étaient stationnées un peu partout, la situation aurait été catastrophique. Je n’ose même pas imaginer à quoi pourrait ressembler la sortie d’un bar à 3 h du matin si Uber venait à remplacer les autobus de cette façon.

Vers un système à deux vitesses ?

Après le taxi, Uber vise le transport en commun.
(Photo : Maxime Johnson)

Uber a rapidement transformé l’industrie du taxi, et l’entreprise pourrait aussi laisser sa trace dans les transports en commun. Même sans obtenir de partenariat officiel, comme à Innisfil, Uber pourrait bien s’imposer comme un service parallèle officieux, surtout à mesure qu’elle peaufinera son offre et sa technologie.

C’est dommage. Car les autobus et les métros sont plus efficaces lorsqu’ils sont très fréquentés que lorsqu’une partie de leur clientèle se tourne vers une solution de rechange, et ce, tant sur le plan économique qu’en matière écologique. Cette réalité, les villes et les réseaux de transport en commun devront se préparer à l’affronter rapidement.