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L’avenir du journalisme en réalité virtuelle prend forme

Plusieurs organisations tentent de déterminer comment les salles de nouvelles de demain pourront en profiter.

Les reportages en réalité virtuelle peuvent être regardés avec un casque comme le Google Daydream. (Photo: Maxime Johnson)

Même si la réalité virtuelle ne connaît pas l’essor fulgurant que les plus enthousiastes lui prédisaient, cette technologie commence à faire sa place dans plusieurs domaines, comme l’art, les jeux vidéo, la santé et l’éducation. Le journalisme pourrait bientôt s’ajouter à cette liste, grâce à une série d’initiatives conçues pour établir les bonnes pratiques à adopter et pour concevoir de nouveaux outils pour les reporters.

De plus en plus de médias dans le monde réalisent des reportages en réalité virtuelle. The Guardian et le New York Times sont souvent cités en exemple, mais des médias locaux s’y intéressent aussi, comme Urbania ou le Journal de Montréal.

Ces reportages sont généralement de simples vidéos en 360 degrés projetés autour du spectateur coiffé d’un casque de réalité virtuelle comme l’Oculus Rift, le HTC Vive, le Google Daydream ou le Samsung Gear VR. Celui-ci n’a qu’à tourner la tête pour voir l’image autour de lui, comme s’il était au coeur de l’événement. Ces vidéos peuvent aussi souvent être visionnées dans un navigateur web, mais l’effet d’immersion est alors diminué.

Ces premiers efforts sont louables, mais le manque de popularité du journalisme en réalité virtuelle, même chez les utilisateurs précoces qui possèdent l’équipement nécessaire, indique que les salles de nouvelles devront continuer d’expérimenter afin de trouver les formules gagnantes.

Des projets à surveiller

Le 11 juillet dernier, 11 organismes (médias, universités, groupes de recherche…) se sont partagé une bourse de 280 000 dollars américains (355 000 dollars canadiens) pour alimenter cette réflexion, dans le cadre de l’initiative Journalism 360 Challenge de la Knight Foundation, du Google News Lab et de l’Online News Association.

Ces projets, dont les premiers résultats seront présentés l’année prochaine, donnent une bonne idée de ce à quoi le journalisme en réalité virtuelle de demain pourrait ressembler. Les voici :

Aftermath VR app (New Cave Media, Ukraine) : une application de photogrammétrie permettant de recréer des scènes en 3D grâce à des photographies (après une tuerie, par exemple) puis d’effectuer une mise en récit à l’aide d’une narration ou de vidéos d’archives.

AI-generated Anonymity in VR Journalism (University of British Columbia, Canada) : un outil pour permettre aux reporters de conserver le caractère immersif de la réalité virtuelle tout en préservant l’anonymat des intervenants.

Community and Ethnic Media Journalism 360 (City University of New York, États-Unis) : élaboration d’un programme pour rendre la réalité virtuelle accessible aux médias communautaires et ethniques.

Dataverses: Information Visualization into VR Storytelling (The Outliers Collective, Espagne) : création d’une plateforme permettant d’intégrer de la visualisation de données dans les reportages en réalité virtuelle.

Facing Bias (The Washington Post, États-Unis) : une application mobile utilisant la réalité augmentée pour analyser l’expression faciale d’un lecteur lorsqu’il voit des images ou lit une information contraire à ses croyances. L’outil vise à permettre au lecteur de mieux saisir l’influence de ses préjugés dans son analyse de l’actualité.

Spatial and Head-Locked Stereo Audio for 360 Journalism (NPR, États-Unis) : des expériences tentant de déterminer quelles sont les meilleures pratiques audio en réalité virtuelle.

Immersive Storytelling from the Ocean Floor (MIT Future Ocean Lab, États-Unis) : un projet souhaitant mettre au point une caméra et un système d’éclairage pour réaliser des reportages immersifs sous l’eau.

Location-Based VR Data Visualization (Arizona State University, États-Unis) : un projet conçu pour aider les journalistes à intégrer de la visualisation de données liée à un emplacement géographique en réalité virtuelle.

Voxhop (Virtual Collaboration Research Inc, États-Unis) : un outil pour permettre aux journalistes de créer un environnement en 3D et d’ajouter une narration qui s’adapte à ce que regarde le spectateur.

Scene VR (Northwestern University Knight Lab, États-Unis) : un outil pour faciliter la création d’expériences photo avec navigation interactive en réalité virtuelle à l’aide un téléphone intelligent ou une caméra.

The Wall (The Arizona Republic et USA TODAY Network, États-Unis) : un projet souhaitant analyser le potentiel de l’utilisation des nouvelles technologies dans la couverture d’une nouvelle nationale, soit la construction du mur entre le Mexique et les États-Unis, promise par Donald Trump.

La variété des projets financés par le Journalism 360 Challenge montre l’émergence de certaines tendances:

Les reportages en réalité virtuelle devront être actifs

Le reportage en réalité virtuelle 6×9 du quotidien britannique The Guardian tente de faire comprendre la réalité quotidienne de l’isolement carcéral.

Les reportages en réalité virtuelle les plus efficaces sont ceux où le spectateur joue un rôle actif, en se promenant lui-même dans une scène plutôt qu’en regardant simplement ce qui se passe autour de lui.

Malheureusement, réaliser un reportage actif demande une grande connaissance d’outils complexes, comme des logiciels de développement de jeux vidéo. Certains projets comme Aftermath VR pourraient faciliter le travail des journalistes souhaitant créer une expérience du genre au cours des prochaines années.

La réalité virtuelle est plus efficace pour transmettre de l’émotion que de l’information

À l’heure actuelle, les reportages en réalité virtuelle sont efficaces pour transmettre de l’émotion, mais l’utilisateur oublie souvent les informations qui lui sont communiquées. Il s’agit d’un problème que le Journalism 360 Challenge tente de régler en finançant la création d’outils pour intégrer la visualisation de données en réalité virtuelle et en analysant l’utilisation de techniques journalistiques traditionnelles en réalité virtuelle (pour assurer l’anonymat d’un intervenant, par exemple).

On ignore encore quels seront les bons sujets en réalité virtuelle

Enjeux communautaires, grands reportages, reportages audio, vidéos sous-marines : plusieurs projets s’interrogent sur les types de sujets qui peuvent être traités à l’aide de la réalité virtuelle. Après tout, ce n’est pas parce que la technologie existe que tous les sujets s’y prêtent.

Ce bémol devrait d’ailleurs être l’un des plus importants à considérer pour les journalistes au cours des prochaines années. En attendant l’émergence d’un consensus sur le sujet, les médias souhaitant expérimenter la réalité virtuelle devront choisir leurs reportages avec soins.

Car les spectateurs déçus de leur expérience risquent d’être difficiles à reconquérir…