Techno

S’informer sur Snapchat

De plus en plus de médias traditionnels tentent une percée sur l’un des réseaux sociaux préférés des jeunes.

NBC a lancé cette semaine le bulletin de nouvelles Stay Tuned sur le réseau social Snapchat. (Photo : Maxime Johnson)

Le réseau social Snapchat a perdu des plumes au cours des derniers mois, alors que la fonctionnalité Instagram Stories ne cesse de gagner en popularité. Snapchat continue tout de même d’afficher des statistiques impressionnantes, avec plus de 166 millions d’utilisateurs actifs quotidiennement, surtout des jeunes. Une clientèle difficile à atteindre pour les médias traditionnels, qui tentent chacun à leur manière de séduire les « snapchatiens ».

Un contenu à moitié futile, à moitié pertinent

Snapchat s’est fait connaître comme une application de messagerie éphémère, où les photos envoyées à ses amis disparaissent après quelques secondes. Mais il y a 18 mois, le réseau social a lancé la fonctionnalité Discover, qui permet désormais aux médias d’y diffuser leur contenu.

Facebook a copié pratiquement toutes les fonctionnalités de Snapchat au cours des dernières années, tant pour son propre réseau social que pour l’application Instagram, mais Discover demeure l’une des fonctionnalités uniques du réseau fondé par Evan Spiegel.

À l’heure actuelle, un peu plus de 25 médias sont présents sur Snapchat Discover au Canada. La moitié offre des nouvelles pertinentes, avec des sujets traitant de société, de science ou de culture. L’autre moitié offre plutôt du contenu futile, régulièrement dominé par les frasques de la famille Kardashian.

Le contenu original est le plus intéressant

Alors que la plupart des médias adaptent simplement le contenu créé pour d’autres plateformes, certains conçoivent de l’information sur mesure pour Discover, dans un format court et vivant, à l’image de ce qu’est Snapchat.

Le meilleur exemple à ce jour est probablement NBC, qui a lancé cette semaine un bulletin d’information quotidien, créé par une équipe de 30 personnes affectées à Snapchat. Le bulletin Stay Tuned ressemble à un bulletin traditionnel, présenté par un animateur, mais son format vertical, son montage vif et ses fonctionnalités qui permettent de naviguer rapidement dans le contenu conviennent parfaitement à Snapchat.

Voilà pour la forme. Pour le fond, NBC tend à vulgariser un peu plus son contenu qu’à l’habitude et à mieux le mettre en contexte, sans pour autant tomber dans la simplicité.

Le contenu original produit pour Snapchat n’atteint pas toujours autant la cible, mais il se démarque généralement du lot.

Les longs textes existent, mais sont mal adaptés à Snapchat

Certains médias n’hésitent pas à présenter leurs longs reportages sur Snapchat, comme le New York Times, qui y a diffusé mercredi son enquête sur l’utilisation de drogues par les avocats aux États-Unis.

Les reportages du genre sont habituellement précédés d’une courte mise en contexte visuelle conçue pour Snapchat, suivie de l’article original. Le Washington Post et The Economist (qui inclut également du contenu original pour accompagner ses grands dossiers sur Snapchat) adoptent souvent une stratégie similaire.

Si la présence d’articles de fond sur Snapchat est louable, force est de constater que le réseau social est mal adapté à ces derniers. Par exemple, on ne peut pas quitter l’application et y revenir par la suite pour poursuivre la lecture d’un article, le contenu se partage mal, il est pratiquement impossible d’en copier des passages, etc.

Les nouvelles locales manquent à l’appel

Les actualités présentées sur Snapchat sont axées sur les nouvelles internationales et les États-Unis. Les médias canadiens sont toujours absents. Mentionnons que les Français peuvent accéder à du contenu de langue française, créé notamment par le quotidien Le Monde, mais ce contenu n’est pas accessible à l’étranger.

Si l’absence de contenu local était normale lorsque la fonctionnalité Discover a été lancée, le fait que la situation n’ait pas évolué 18 mois plus tard n’est pas de bon augure.

Quelques médias québécois ont fait des essais sur Snapchat, entre autres Radio-Canada (qui s’est depuis tournée vers Instagram), mais ces expériences ont été de courte durée, et n’ont pas profité de la visibilité de Snapchat Discover.

Notons au passage que les annonceurs francophones sont présents. Des publicités en français de McDonald’s, Pepsi et Toyota s’affichent ces jours-ci dans les bulletins de nouvelles américains sur Snapchat.

 L’interactivité est présente, mais sous-exploitée

Snapchat offre aussi quelques outils — des sondages, par exemple — pour rendre le contenu plus interactif. Certains médias permettent même aux utilisateurs de l’appli de créer eux-mêmes du contenu en les invitant à effectuer une capture d’écran d’un reportage et à y ajouter un bas de vignette.

Avec une application où il faut cliquer et glisser des images dans tous les sens toutes les 10 secondes, l’interactivité va de soi. Mais ce n’est pas forcément le cas avec un site Web traditionnel. Snapchat et les médias présents sur Discover gagneraient à mieux exploiter ce filon. Ils tireraient ainsi profit de l’un des rares avantages de la plateforme, au-delà du fait qu’elle permette d’atteindre les jeunes.