Le «quartier Google» de Toronto en 10 (bonnes) idées
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Le «quartier Google» de Toronto en 10 (bonnes) idées

Des pistes cyclables qui changent selon l’heure du jour, des conteneurs automatisés sous la ville, des capteurs pour mesurer la vie urbaine : un nouveau quartier de Toronto pourrait prendre des airs de cité futuriste.

La technologie peut-elle permettre de repenser la ville moderne? C’est le pari qu’a fait Toronto en confiant à Sidewalk Labs, une compagnie sœur de Google, la tâche de concevoir de toutes pièces son Eastern Waterfront, un quartier de la taille de L’Île-des-Sœurs, qui sera entièrement revitalisé au cours des prochaines années.

Le projet n’est qu’à ses balbutiements pour l’instant, et doit encore être approuvé après une consultation d’un an. Sidewalk Toronto (une entité rassemblant Sidewalk Labs et les différents paliers de gouvernements concernés) rencontrera notamment le public, les universités et les entreprises privées de la région.

Emplacement du futur quartier intelligent Eastern Waterfront. Photo : Sidewalk Labs.

Un partenariat public-privé pour gérer l’urbanisme d’une ville a de quoi faire sourciller. Comme le rappelle le chercheur en éthique des technologies Jathan Sadowski dans le quotidien britannique The Guardian, l’administration d’une ville devrait être la tâche de politiciens élus, et non des grandes corporations.

Mais qu’on apprécie ou non la présence de l’industrie privée dans un projet aussi important que la planification de l’espace de vie des citoyens, plusieurs idées dévoilées la semaine dernière méritent tout de même d’être considérées. Les voici :

1 Un modèle informatique complet pour la ville

Le futur quartier Eastern Waterfront sera tapissé de capteurs, comme des caméras, des radars et des appareils pour mesurer la pollution atmosphérique. Toutes les données amassées seront intégrées à un modèle informatique du quartier, avec lequel des techniques d’intelligence artificielle pourront être utilisées pour comprendre le fonctionnement de la ville et prévoir les effets qu’auront les futurs changements apportés au secteur.

Le modèle pourra par exemple anticiper le trafic après un événement, ou encore déterminer les meilleurs endroits pour ajouter des bornes pour vélos en libre-service.

2 – Une plateforme ouverte pour les chercheurs et entreprises

Les données amassées par les capteurs seront ouvertes (accessibles à tous) et des outils logiciels seront créés pour permettre aux entreprises et aux chercheurs d’y accéder et de bâtir facilement de nouveaux services.

3 – Des rues qui s’adaptent aux besoins du moment

L’apprentissage effectué avec les modèles informatiques permettra d’optimiser les routes de différentes façons. Des ampoules DEL dans la chaussée pourront par exemple moduler la taille des pistes cyclables en fonction de la demande, et un tarif pourrait être imposé pour emprunter certaines routes lorsque le trafic se fait trop dense.

La mobilité du futur dans Eastern Waterfront passe beaucoup par les services de taxis automatisés, selon Sidewalk Labs, ce qui facilitera l’implantation de cette tarification variable.

4 – Des infrastructures facilement accessibles

Les idées les plus intéressantes dans la proposition de Sidewalk Labs ne sont pas toutes reliées aux technologies. C’est notamment le cas des infrastructures pour les services publics – aqueduc, électricité, Internet, etc. – qui seront conçues d’une façon facile d’accès sous la route.

Remplacer un tuyau ne nécessitera donc pas de défaire la chaussée, et l’installation de nouvelles technologies par des entreprises jeunes ou établies (fibre optique de prochaine génération, par exemple) sera facilitée.

5 – Un urbanisme conçu pour les piétons avant tout

Un autre aspect non technologique important d’Eastern Waterfront concerne la piétonnisation du secteur. Plusieurs petites rues seront strictement piétonnes, le quartier sera conçu pour attirer les commerces de proximité et le zonage facilitera le rapprochement physique des boutiques, entreprises et résidences.

L’objectif de Sidewalk Labs est que seuls 20% des ménages possèdent une voiture dans le secteur (contre 78% dans l’ensemble de Toronto). Des aménagements seront aussi installés pour rendre l’environnement plus clément, notamment des marquises amovibles, des pistes cyclables chauffantes pour faire fondre la neige et des structures pour protéger du vent l’hiver, mais pas l’été.

Plusieurs des changements proposés ici ne sont pas nouveaux. Les rues et les habitations imaginées par Sidewalk Labs rappellent d’ailleurs dans certains cas les travaux haussmanniens qui ont transformé Paris au 19e siècle, et qui font de la capitale française l’une des villes les plus faciles à marcher encore à ce jour.

6 – Une gestion intelligente de l’électricité

Des mécanismes seront adoptés pour faire de Eastern Waterfront un quartier carboneutre, comme l’intégration de différentes technologies de chauffage thermique (notamment à partir de l’usine de traitement des déchets organiques, des égouts et par géothermie), la construction d’habitats passifs (de consommation énergétique quasi-nulle), ainsi que l’ajout de thermostats intelligents dans les résidences, de piles dans chaque immeuble pour stocker l’énergie au moment optimal de la journée et l’installation de cellules photovoltaïques sur 50% des toits – l’autre 50% étant réservé aux toits verts.

Ici aussi, les technologies choisies auraient probablement été les mêmes dans n’importe quel projet d’urbanisme du genre.

7 – Une gestion automatisée des déchets

Un autre aspect environnemental d’Eastern Waterfront concerne la gestion des ordures. Chaque résidence sera dotée d’un macérateur qui acheminera les déchets organiques vers une usine de traitement, et une chute permettra de trier machinalement les déchets et les matières recyclables, qui seront par la suite envoyés au bon endroit par des systèmes de transport automatisés empruntant les mêmes voies souterraines que les services publics.

8 – Un système de livraisons automatisées

La vision de Sidewalk Labs inclut un système de livraisons robotisées, passant également dans ces conduits souterrains. Le système permettrait entre autres de diminuer la circulation automobile causée par les différents camions de livraison.

9 – Des immeubles à usages multiples

Eastern Waterfront devrait être composé de grands immeubles conçus avec une architecture modulaire, qui permet de facilement agrandir ou rapetisser les logements, de les transformer en commerces et en industries, et vice-versa.

Cette variété devrait aussi se faire ressentir chez les habitants eux-mêmes, puisque de 20 à 30% des logements seront à prix modiques. Ces logements seront répartis partout dans le quartier, et non isolés dans des édifices séparés, et nécessiteront l’implémentation de différents modèles de financement (achat, location ou un mélange des deux) au sein d’un même immeuble.

10 – Un compte d’utilisateur pour chaque citoyen

Sidewalk Labs est une filiale d’Alphabet, la compagnie mère de Google, et cela se fait particulièrement sentir dans son intention de doter chaque citoyen d’un compte unique, pour accéder aux différents services en ligne du quartier et améliorer la démocratie participative.

Ce compte pourrait potentiellement fonctionner avec la reconnaissance faciale (mais peut-être pas, selon la réaction des gens), et permettre par exemple à un réparateur d’entrer chez soi pour effectuer ses tâches et aux pompiers d’avoir accès aux logements d’un immeuble lorsqu’une alerte de feu est déclenchée.

Le compte pourrait aussi assurer le paiement automatique dans les transports en commun, et gérer le tarif en fonction du revenu des utilisateurs.

Certains éléments proposés par Sidewalk Labs pourraient être plus difficiles à accepter pour les citoyens et les gouvernements, surtout lorsqu’ils ouvrent la porte aux dérapages reliés au respect de la vie privée.

Le quartier qui sera proposé après les consultations de la prochaine année risque d’ailleurs d’être une version allégée de celui présenté dans le document de Sidewalk Labs. Le bon déroulement du futur projet pilote dans le secteur Quayside aura aussi un effect sur le développement subséquent du quartier.

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      Peu importe la forme que prendra l’Eastern Waterfront, le secteur devrait devenir un laboratoire intéressant pour les observateurs du monde entier. Reste maintenant à s’assurer que les promesses d’ouverture des données soient respectées, que les autres filiales d’Alphabet n’y soient pas privilégiées et que chaque décision soit prise pour améliorer le sort des citoyens, et non dans le seul but d’ajouter des gadgets pour multiplier l’accumulation de données.

      Les dérives de l’urbanisme du XXe siècle ont été en grande partie causées par la montée de l’automobile. Il ne faudrait pas reproduire l’erreur au XXIe avec les nouvelles technologies.