La voiture à hydrogène débarque au Québec
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La voiture à hydrogène débarque au Québec

Le Québec deviendra le deuxième point de vente en Amérique du Nord après la Californie. Comme l’explique Maxime Johnson, le potentiel des voitures à hydrogène commence là où celui des véhicules électriques s’arrête.

Alors que les véhicules entièrement électriques ont le vent dans les voiles, une autre technologie verte arrivera bientôt au Québec : les voitures à hydrogène. Toyota mettra en vente cette année, pour le gouvernement et quelques partenaires, la Mirai, un véhicule à pile à combustible capable de rouler 500 km avec un plein, tout en n’émettant que de la vapeur d’eau sur la route. Une technologie à la fois concurrente et complémentaire aux voitures électriques actuellement sur le marché. 

Voilà plus de 50 ans que les voitures à hydrogène sont annoncées comme une technologie du futur. Ces véhicules — qui intéressent pratiquement tous les fabricants — comportent un groupe propulseur électrique similaire à celui des Nissan Leaf, Tesla Model 3 et autres Chevrolet Bolt, mais où l’électricité est produite par une pile à combustible à l’hydrogène plutôt qu’emmagasinée dans une batterie.

On remplit un véhicule à hydrogène comme un véhicule à essence, en quelques minutes seulement. La technologie combine donc plusieurs avantages des moteurs à combustion (plein rapide et longue portée) et des moteurs électriques (fiabilité et aucune émission de gaz à effet de serre).

La pile à combustion de la Toyota Mirai. (Photo : Maxime Johnson)

Leur principal inconvénient est toutefois de taille. Les véhicules à hydrogène nécessitent une infrastructure pour les remplir qui n’est tout simplement pas offerte au Québec pour l’instant. Le Japon et la Californie sont un peu plus avancés sur ce plan, mais on est encore loin de l’omniprésence des stations à essence et des bornes électriques.

Au Québec, il n’y a en fait que deux stations à l’hydrogène : l’une au centre administratif de Toyota, à Brossard, l’autre à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

La situation devrait toutefois s’améliorer en partie d’ici l’automne. « Nous voulons implanter en plus une station à Québec et une autre à Montréal, qui seraient des stations de distribution et de production d’hydrogène », expliquait Pierre Moreau, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, dans une conférence de presse en marge du Salon de l’auto de Montréal.

Ces stations, financées par le privé et le gouvernement au coût de quatre millions de dollars, ne seront donc pas utilisées que pour remplir les véhicules, mais aussi pour produire l’hydrogène sur place. À long terme, on pourrait imaginer un avenir où chaque région produirait son hydrogène, qui pourrait ensuite être distribué dans les stations locales.

C’est d’ailleurs en partie  le potentiel de production d’hydrogène du Québec, où l’eau et l’hydroélectricité abondent, qui a incité Toyota à offrir la Mirai dans la province — le second endroit où elle est en vente en Amérique du Nord, après la Californie.

Produire de l’hydrogène pourrait permettre au Québec d’emmagasiner ses surplus électriques, mais aussi d’exporter ce carburant dans les autres provinces et aux États-Unis, croit Pierre Moreau.

Pour les consommateurs en 2019… peut-être !

Les 50 premières Mirai offertes par Toyota au Québec seront réservées au gouvernement et à certains partenaires de Toyota, mais l’entreprise compte plus tard vendre son véhicule aux consommateurs.

« On espère la vendre l’année prochaine [2019], mais on doit attendre que l’infrastructure pour le ravitaillement soit en place », explique Martin Gilbert, directeur gestionnaire de la planification des ventes et de l’innovation chez Toyota Canada.

Il ne faut pas brancher la Toyota Mirai, mais la remplir d’hydrogène liquide. (Photo : Maxime Johnson)

Le problème de l’infrastructure est le même depuis des années pour l’hydrogène. Les consommateurs attendent les stations pour acheter des véhicules, et les entrepreneurs attendent que les véhicules soient sur la route avant de construire des stations. L’œuf ou la poule.

Selon Martin Gilbert, la mise en vente de la Mirai pour les consommateurs devra attendre l’arrivée d’au moins une station dans chacun des grands centres au Québec.

Deux technologies concurrentes et complémentaires

La participation du gouvernement du Québec dans des projets-pilotes liés aux voitures à hydrogène est-elle contre-productive, considérant ses investissements dans l’électrification des transports ? Il s’agit pour l’instant d’un faux débat : les deux technologies peuvent coexister, du moins à court et moyen terme.

Les voitures entièrement électriques ont leurs avantages : recharge à domicile, fiabilité, faible coût de recharge au Québec, efficacité énergétique et plus. Mais les modèles pour le grand public peuvent au mieux atteindre 383 km d’autonomie à l’heure actuelle, et cette portée diminue avec le froid. Recharger un véhicule complètement est aussi une lente opération, ce qui rallonge les longs déplacements.

Tant que ces limites technologiques existent, la voiture à hydrogène constitue une solution de rechange intéressante aux voitures à essence, au transport de marchandises et aux voitures hybrides. Elle permet aux fabricants d’offrir un éventail de véhicules zéro émission qui correspondent mieux aux besoins des consommateurs.

Néanmoins, la performance des voitures entièrement électriques continuera de s’améliorer avec le temps. La question est de savoir à quel point leurs limites pourront être repoussées. Parier sur l’hydrogène, c’est un peu parier sur le fait qu’elles ne pourront jamais répondre à tous les besoins. Ce n’est peut-être pas une mauvaise idée.