Des jeux vidéos aux Jeux olympiques ? Non merci !
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Des jeux vidéos aux Jeux olympiques ? Non merci !

Les Jeux olympiques de Pyeongchang seront-ils parmi les derniers à ne pas présenter de compétitions de jeux vidéos ? C’est possible. Même si l’idée de décerner des médailles aux champions vidéoludiques n’est pas aussi absurde qu’elle en a l’air, le Comité international olympique (CIO) ferait toutefois fausse route s’il cédait à la tentation.

L’ajout de jeux vidéos aux épreuves sportives est dans l’air du temps. Les Jeux asiatiques de 2022, à Hangzhou, en Chine, intégreront pour la première fois des épreuves de « sport électronique », ainsi qu’on appelle officiellement les compétitions de jeux vidéos. Cette nouvelle discipline pourrait même se retrouver aux Jeux olympiques d’été de 2024, à Paris, selon ce qu’a affirmé l’an dernier le comité organisateur de ces jeux. Le CIO s’est d’ailleurs montré ouvert à l’idée, à condition de choisir des titres non violents, comme les jeux de soccer ou de basketball, par exemple. D’ailleurs, à Pyeongchang, une compétition de StarCraft II, reconnue officiellement par le CIO, sera présentée en marge des Jeux.

Il reste que le jeu vidéo ne répond pas à la définition traditionnelle d’un sport (« une activité physique visant à améliorer sa condition physique », selon le Larousse). Mais les parallèles entre le populaire jeu de tir Counter-Strike et certaines disciplines olympiques, le tir à l’arc notamment, sont nombreux. Le jeu vidéo demande de la dextérité, de la stratégie (plus que dans bien des sports olympiques) et un entraînement draconien de la part des athlètes.

Pitonner sur un clavier d’ordinateur ne fait pas dépenser de calories. Mais le tir, une compétition imposée aux Jeux d’Athènes en 1896 par le père des Jeux modernes, Pierre de Coubertin, n’est pas une épreuve physique non plus.

Le sport électronique ressemble aussi beaucoup aux sports professionnels dans la façon dont il est organisé. Les tournois sont tenus dans de grands amphithéâtres, les joueurs se rassemblent en équipes et des commentateurs analysent les parties comme on le fait lors des matchs de hockey télévisés. Bref, la discipline pourrait avoir sa place, tant au petit écran qu’au Stade de France.

L’intérêt financier pour le CIO est évident. La maison de recherche Newzoo estime que le sport électronique pourrait générer des revenus de 1,5 milliard de dollars américains en 2020 et attirer près de 600 millions de spectateurs. C’est plus que la très grande majorité des disciplines présentées aux Jeux olympiques.

Malgré ces bonnes raisons, le jeu vidéo n’a pas sa place au sein de ce grand rendez-vous sportif international.

Les Jeux olympiques permettent de déterminer qui sont les meilleurs athlètes du monde, mais aussi de les comparer d’une époque à une autre. Si les sports évoluent lentement, les jeux vidéos se transforment quant à eux constamment. Les règles changent pour renouveler l’intérêt des joueurs, de nouveaux personnages sont ajoutés et chaque petit détail peut faire l’objet d’une perpétuelle modification.

Un jeu à la mode une année peut également sombrer rapidement dans l’oubli. Le plus vieux titre joué professionnellement à l’heure actuelle est StarCraft II : Wings of Liberty, un jeu paru en 2010 seulement. Il y a d’ailleurs fort à parier que les jeux qui seront populaires en 2024 n’existent pas aujourd’hui.

Plus important encore, alors que l’attrait des Jeux olympiques est universel, celui des jeux vidéos ne l’est pas. À moins de bien connaître les règles et les derniers développements, une partie de League of Legends n’est pas impressionnante pour le commun des mortels. Non seulement le jeu vidéo n’est pas un sport, mais pour la plupart des gens, ce n’est même pas un bon spectacle.

Oui, le sport électronique atteindra 600 millions d’amateurs en 2020. Mais cela veut aussi dire qu’il laissera près de 7 milliards de personnes indifférentes.