4 millions de photos du magazine Life à explorer
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4 millions de photos du magazine Life à explorer

L’expérience Life Tags de Google démontre le potentiel de l’intelligence artificielle pour faire découvrir des œuvres d’art oubliées, explique Maxime Johnson.

John F. Kennedy pensif dans son avion, le marin de retour de la guerre qui embrasse une infirmière au cœur de Time Square, Cassius Clay victorieux devant Sonny Liston : certains clichés du magazine Life ont marqué l’Amérique du XXe siècle. Ces classiques ne représentent toutefois qu’une infime partie de cette collection de photos qui regroupe des millions d’images, dont la plupart n’ont jamais été publiées.

Voilà maintenant bientôt 10 ans que Google a mis en ligne les images de la collection photographique de Life. S’y retrouver était toutefois jusqu’ici un travail fastidieux, avec certains dossiers renfermant jusqu’à 700 000 clichés, qui ne pouvaient être explorés qu’en les regardant un à la fois.

La collection a tout de suite passionné Gaël Hugo, artiste en résidence au laboratoire de l’Institut culturel de Google à Paris. « J’ai passé un bon moment à éplucher son contenu, qui touche à la fois à l’art, à la photo et à l’histoire, raconte-t-il dans un entretien téléphonique. C’est de la culture au sens large. Je me suis dit qu’il fallait absolument la rendre accessible au public. »

Faciliter l’accès à la culture fait partie intégrante de la mission de l’Institut culturel, une division de Google qui a notamment publié récemment une fonction qui permet de découvrir à quelle œuvre d’art son égoportrait ressemble.

L’accessibilité à la culture est un problème de taille, au sens propre comme au sens figuré. « Les musées ont des quantités d’archives incroyables, dit Gaël Hugo. Mais les classer demande d’importantes ressources. Avec les bons algorithmes et l’apprentissage machine, une petite équipe est capable de rendre de grands services à ces institutions. »

Pour la collection du magazine Life, un algorithme de reconnaissance d’images élaboré par Google a analysé chaque cliché de la collection, afin de reconnaître des éléments et de faire des liens entre les différentes photos. Un site complet a aussi été monté, pour naviguer d’une image à l’autre et en découvrir les informations, comme le titre et le nom du photographe.

Le résultat est fascinant. Et il est facile de s’y perdre pendant des heures. En quelques clics, on passe d’une scène de la vie familiale des années 1950 aux États-Unis à un cliché du gardien de but Jacques Plante pendant un match de hockey. On sourit devant les photos prises en première classe dans un avion, puis on compare les images de la guerre du Viêt Nam et celles des manifestations organisées en parallèle.

Détail intéressant, les algorithmes ne rassemblent pas que les objets que l’on y retrouve, comme de la nourriture ou des voitures. « Les systèmes de classification peuvent même distinguer des notions subjectives, comme le calme », précise l’instigateur de l’initiative.

Les algorithmes ne sont toutefois pas parfaits. Les erreurs de classement sont fréquentes. Un laboratoire de recherche peut être confondu avec une cuisine, par exemple. Pour Gaël Hugo, ces erreurs font toutefois partie du charme de l’expérience. « Ça crée de petits moments de poésie », dit-il.

En plus de Life Tags, deux autres initiatives culturelles ont été lancées cette semaine par Google, soit Art Palette, pour trouver des œuvres en fonction de couleurs précises, et MoMA & Machine Learning, un outil qui reconnaît les œuvres du musée d’art moderne new-yorkais MoMA grâce à l’intelligence artificielle.

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