Le pôle de la créativité numérique de Montréal voit le jour
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Le pôle de la créativité numérique de Montréal voit le jour

Une initiative réalisée dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal tente de rassembler les différentes industries montréalaises liées à la créativité numérique. 

Permettre à des secteurs variés de la créativité numérique, comme les effets spéciaux, le cinéma et les jeux vidéos, de collaborer, sans pour autant établir une structure rigide ou un énième organisme : voilà la difficile mission du pôle de la créativité numérique, annoncé jeudi à Montréal. L’objectif est louable, mais il reste à voir si la méthode utilisée sera suffisamment efficace pour changer les façons de faire à long terme.

« Nous avons une créativité exceptionnelle à Montréal. Mais on se “vend” séparément, on est tous dans nos petites niches », observe la présidente de la Société du 375e anniversaire de Montréal, France Chrétien Desmarais. Unir l’industrie permettrait de la rendre plus forte que la somme de ses parties. « Faire ses effets spéciaux à Montréal lorsqu’on vient y tourner un film devrait par exemple être un réflexe », poursuit-elle.

Pour qu’une telle synergie se produise, les organisations et les entreprises montréalaises doivent se parler davantage qu’à l’heure actuelle et acquérir l’habitude d’unir leurs efforts. Le pôle de la créativité numérique pourrait servir de bougie d’allumage à cette collaboration. L’expérience de trois ans, dotée d’un budget de plus de 1,3 million de dollars, permettra que jusqu’à trois idées soient imaginées, élaborées et mises en œuvre annuellement.

Les idées seront d’abord choisies par des gens de l’industrie, selon ce qui aura été discuté au nouveau Sommet créativité numérique de la conférence C2 Montréal. Celles-ci seront ensuite en incubation pendant l’été au Hub créatif Lune Rouge, le fonds d’investissement de Guy Laliberté, et seront finalement présentées en novembre pendant la conférence HUB Montréal, qui rassemble des représentants de plusieurs industries liées à la créativité, comme la musique, le jeu vidéo, le multimédia et la réalité virtuelle.

Concrètement, la formule pourrait par exemple permettre à une jeune PME qui souhaite faire des événements en réalité virtuelle d’acquérir des contacts, de peaufiner son produit et de profiter de HUB Montréal pour le présenter à des investisseurs locaux et internationaux par la suite.

« Ce ne sont pas que des entreprises qui seront sélectionnées », prévient toutefois Jean-François Bouchard, président du conseil d’administration de C2 Montréal. L’industrie pourrait ainsi choisir un thème plus large, comme la conception d’un nouveau genre de mission commerciale à l’étranger. L’élaboration des projets est après tout un moyen pour réunir les acteurs de la créativité numérique, afin de les habituer à collaborer, et non une finalité en soi.

« Au lieu de toujours tout recréer en silo, les industries pourront éventuellement aller chercher ce que les autres font de bien pour l’intégrer dans leur modèle d’affaires. Tout le monde va pouvoir aller plus loin et être meilleur », estime France Chrétien Desmarais.

Le concept paraît un peu flou, et ce n’est pas par hasard : c’est de cette façon qu’il a été conçu. « Parfois, quand on restreint trop les choses, on échappe les meilleures idées », croit Alain Gignac, directeur général de la Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Le projet élaboré avec les principaux acteurs du milieu, comme l’Alliance numérique et le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec, n’en est d’ailleurs qu’à ses balbutiements, et pourra évoluer au cours des trois prochaines années.

La méthode de travail mise en place compte toutefois aussi une part de risque, notamment celui que les maillages créés ne perdurent pas après la fin de l’expérience et qu’ils ne se répandent pas à toute l’industrie. Elle risque également de surtout faire collaborer les organisations et entreprises qui se connaissent déjà et d’oublier les autres, qui sont moins bien représentées.

Ceux qui chapeautent le pôle de la créativité numérique proposent une démarche originale pour promouvoir la créativité montréalaise. Ils devront maintenant s’assurer que celui-ci ne deviendra pas un de ces silos qu’ils tentent justement d’abolir.