1 femme sur 5 qui quitte un refuge retourne chez son agresseur, selon des données

MONTRÉAL — Une femme sur cinq qui a quitté un refuge pour victimes de violence est retournée vivre avec son agresseur, a dévoilé Statistique Canada qui a réalisé un «instantané» de la situation l’an dernier.

Des femmes qui y retournent malgré le risque, car le refuge ne peut les garder plus longtemps, parce qu’elles n’ont pas d’argent pour un logement, ou parfois parce qu’elles croient que c’est la meilleure façon de protéger leurs enfants, a souligné Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

Dans cette analyse dévoilée mercredi, l’organisme fédéral de statistiques a choisi une journée précise pour colliger ses données: le 18 avril 2018.

Ce jour-là, 3565 femmes, 3137 enfants et huit hommes résidaient au Canada dans des établissements d’hébergement pour fuir une situation de violence.

Les données laissent voir une grande fragilité et des situations fort complexes: parmi les femmes qui ont quitté un tel refuge le jour de l’«instantané», 21 pour cent ont dit qu’elles retournaient dans une résidence où vivait encore leur agresseur.

Pour 36 pour cent d’entre elles, la destination était inconnue.

D’autres femmes ont déclaré qu’elles vivraient chez des amis ou des membres de leur famille (18 pour cent) ou iraient dans un autre établissement d’hébergement pour victimes de violence (11 pour cent).

Les deux tiers de ces femmes avaient cherché refuge en raison de la violence de leur partenaire actuel.

Ces statistiques n’ont pas surpris Mme Monastesse.

Parmi les femmes qui transitent dans les 36 maisons d’hébergement de la Fédération au Québec, environ 14 pour cent retournent chez leur agresseur.

Ces femmes sont devant des choix difficiles, dit-elle, et «se retrouvent au bout du filet de la sécurité sociale».

Après un séjour en maison d’hébergement, elles sont appauvries, car elles ont souvent dû quitter leur emploi et changer de quartier. Cette précarité économique limite leurs choix, explique-t-elle. Le manque de ressources d’aide et de logements sociaux est aussi une difficulté alors qu’elles essaient de se relever et de réorganiser toute leur vie. 

Plus des trois quarts des 6500 lits subventionnés au Canada dans des établissements de courte durée — soit pour moins de trois mois — ont été déclarés occupés le jour de l’instantané. Parmi les provinces, le Québec (90 pour cent), l’Ontario (84 pour cent) et la Saskatchewan (78 pour cent) ont déclaré les plus fortes proportions de lits occupés.

Le manque de place est d’ailleurs la raison la plus courante pour laquelle des victimes à la recherche d’un refuge se voient refuser l’hébergement.

Les maisons d’hébergement de la Fédération ont un taux d’occupation moyen qui augmente d’année en année, dit Mme Monastesse qui souligne qu’actuellement, elles sont à 97 pour cent de leur capacité.

«Au cours de la dernière année, on a refusé 10 000 demandes par faute de place au moment où les femmes le demandent», a-t-elle déploré.

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