10 000 morts: le Québec «parmi ceux qui s’en sortent le mieux», insiste Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault maintient que le Québec est «parmi ceux qui s’en sortent le mieux», alors que la province a récemment franchi le cap des 10 000 morts.

En fait, la moitié des décès attribués à la COVID-19 au Canada sont survenus au Québec. «Toute une catastrophe», a reconnu M. Legault, mardi, en émettant toutefois quelques bémols.

Depuis 11 mois, a-t-il dit, le Québec s’en tire «moins bien» que le Canada et l’Allemagne, mais «mieux» que les États-Unis, la France, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni.

«Quand on regarde les pays du G7, on n’est pas les meilleurs, mais on est parmi ceux qui s’en sortent le mieux», a-t-il déclaré en conférence de presse.

M. Legault répondait aux partis d’opposition, qui ont souligné mardi le triste bilan des 10 000 morts en réitérant leur demande pour que soit déclenchée une commission d’enquête publique et indépendante.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a rappelé que le Québec comptait 116 décès par 100 000 habitants, comparativement à 45 en Ontario.

«Au Québec, avec presque trois fois plus de décès, (…) on trouve toutes sortes de comparaisons pour nous dire que ça va très bien et qu’il n’y a pas lieu d’avoir une enquête indépendante», a-t-il déploré.

Ce seuil de 10 000 morts est choquant, a renchéri la cheffe du Parti libéral du Québec (PLQ), Dominique Anglade.

«Au mois de mai, on était à 3000 (décès) puis on était sidérés. On est rendu à 10 000. Ça ne peut pas être une statistique, ce sont des vies, jour après jour, des gens qui ont été touchés.»

Elle a exhorté le gouvernement d’imiter l’Ontario et la France, qui ont déclenché de vastes enquêtes publiques et indépendantes.

Il est «inconcevable», selon Mme Anglade, de ne pas lancer une telle enquête, dans la mesure où le Québec est en train de vivre la plus grande crise de santé publique de son histoire.  

«Nous avons tenu des commissions d’enquête d’intérêt public: le viaduc de la Concorde, le verglas, le déluge au Saguenay, Bastarache, Charbonneau, (…), et pour la (COVID-19), on ne tiendrait pas d’enquête?»

Commissaire «pas outillée»

Le gouvernement a confié à la commissaire à la santé, Joanne Castonguay, le mandat d’examiner la performance du réseau de la santé, en particulier les soins aux aînés, lors de la première vague.

La commissaire Castonguay relève directement du ministre de la Santé, Christian Dubé.

Dominique Anglade dit avoir rencontré Mme Castonguay pendant deux heures et en être venue à la conclusion qu’elle n’était pas «outillée» pour faire toute la lumière sur la situation au Québec.

«Clairement, elle n’a pas tous les outils pour faire une enquête publique indépendante et son mandat est très circonscrit, très, très, très circonscrit.»

Au contraire, a répondu le premier ministre Legault, «tout est en oeuvre pour aller au fond des choses».

«Est-ce qu’il y a une situation qui mérite une enquête en dehors des CHSLD? Pas certain de ça», a-t-il ajouté.

«Gros points d’interrogation»

Pourtant, le chef du PQ affirme ne pas être le seul à avoir de «gros points d’interrogation» par rapport à la gestion de la crise de la COVID-19 au Québec.

Le nombre effarant de décès est-il «lié aux CHSLD, à la gestion des employés qui étaient en rotation, à la gestion des zones chaudes, des zones froides?»

«Est-ce que c’est parce qu’on a été trop lent à faire des plans de prévention, trop lent aux aéroports, parce qu’on n’a pas sollicité la Sûreté du Québec, qui aurait dû faire le suivi sur les quarantaines dès avril?

«Je peux vous en nommer 20 comme ça, des gros points d’interrogation», a-t-il déclaré.

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