124 enfants de l’école des Découvreurs ont éprouvé des symptômes d’intoxication

MONTRÉAL — Ce sont finalement 124 enfants de l’école des Découvreurs de ville LaSalle qui ont éprouvé des symptômes d’intoxication au monoxyde de carbone à la suite de l’événement qui a mené à son évacuation, le 14 janvier dernier.

La direction régionale de la santé publique (DRSP) de Montréal a dévoilé, mardi, son bilan de l’événement, mais seulement dans le cas des enfants, celui sur le personnel affecté étant attendu un peu plus tard.

Au moment de l’incident, 35 élèves et huit membres du personnel avaient été transportés à l’hôpital.

Cependant, l’enquête menée par les autorités de santé publique démontre que l’intoxication avait touché un grand nombre d’enfants, bien que, dans la plupart des cas, il s’agissait de cas mineurs.

Symptômes tardifs et persistants

Par contre, un suivi mené à la fin de février avec un centre d’évaluation neurologique déployé à l’école même a permis d’établir que 24 élèves présentaient toujours des symptômes liés à l’intoxication dans les quatre à huit semaines suivant l’exposition, symptômes tels des maux de tête, des atteintes auditives — acouphènes, diminution de l’audition — de la fatigue, des troubles visuels et plusieurs symptômes psychologiques liés à de l’anxiété.

Ces symptômes sont apparus tardivement chez certains de ces élèves qui n’avaient pas requis de soins au moment de l’incident et tous ceux qui présentaient encore des séquelles dans les quatre à huit semaines suivantes ont requis, selon les cas, des interventions dans diverses spécialités, notamment en neurologie et en audiologie.

Séquelles permanentes improbables

Interrogé sur la possibilité de séquelles permanentes, le docteur Maxime Roy, médecin-conseil de la DRSP et un des auteurs du bilan, s’est tout de même fait rassurant, notant que la littérature scientifique faisant état de séquelles permanentes s’appliquait à des enfants victimes d’une intoxication beaucoup plus grave.

«Les enfants qui avaient des séquelles permanentes ont été amenés presque morts dans un hôpital, dans le coma, amenés aux soins intensifs, gardés plusieurs jours aux soins intensifs et n’ont survécu que grâce aux miracles de la médecine moderne», a-t-il raconté.

«La grande majorité des cas — et idéalement l’ensemble des enfants — va récupérer», a-t-il dit, tout en précisant qu’on ne pouvait pas pour autant exclure toute possibilité de séquelles permanentes.

Détecteur ou pas?

La direction de la santé publique est par ailleurs incapable de préciser si un détecteur de monoxyde de carbone se trouvait bel et bien dans l’institution au moment de la fuite de gaz. Cette question a fait l’objet d’affirmations contradictoires au moment des événements.

En mars dernier, Radio-Canada rapportait que des documents d’inspection faisaient état de la présence d’un détecteur de méthane, mais qu’il n’y avait aucun détecteur de monoxyde de carbone. La société d’État notait aussi que le jour de l’événement, le chef des opérations au Service de sécurité incendie de Montréal, Francis Leduc, avait également fait état de l’absence de détecteur de monoxyde de carbone.

Pourtant, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys avait soutenu, tant au lendemain de l’incident qu’au moment du reportage de la SRC en mars, que l’école était munie d’un tel détecteur.

Recommandations ignorées

Fait à noter, un sondage mené par la DRSP en 2017 auprès des commissions scolaires et écoles privées de Montréal avait démontré que près de 94 pour cent des écoles de l’île avaient une source potentielle d’intoxication, soit un chauffage avec une énergie fossile, mais que seulement 10 pour cent de celles-ci étaient dotées d’un tel détecteur.

Le docteur Roy a indiqué que l’école des Découvreurs n’en avait pas au moment du sondage de 2017, mais qu’elle en avait un après qu’une directive ministérielle en eut exigé l’installation dans toutes les écoles. Il n’était toutefois pas en mesure de dire, mardi, si l’installation de ce détecteur a précédé ou est venue après la directive.

Pourtant, à tous les ans, l’organisme envoie une lettre pour sensibiliser les institutions sur le bien-fondé d’installer un tel équipement, mais le sondage a démontré que, sans obligation de le faire, elles ne se sont guère empressées.

Moment charnière

Le médecin n’a pas caché sa frustration de voir qu’il ait fallu l’incident de l’école des Découvreurs pour que Québec se décide à obliger toutes les institutions à choisir la voie de la prévention. Une directive ministérielle émise après l’incident de l’école des Découvreurs impose maintenant l’installation d’un détecteur de monoxyde de carbone dans les écoles.

«Quand arrive un incident majeur comme ça, ça peut changer le poids des choses dans la balance. C’est ça qu’on voit ici. Ça ressemble à beaucoup de choses et c’est plate», a laissé tomber le médecin, qui a toutefois fait remarquer que les autorités de santé publique n’ont pas autorité sur de telles décisions.

«Je peux partager le sentiment d’indignation par rapport à ça, mais en même temps, il faut que je voie le travail qu’on fait en santé publique comme un travail au long cours, un travail d’influence des politiques publiques, pas d’établir des politiques publiques.

«Il y a des moments qui viennent changer la donne et ça, c’en est un, c’est clair.»

 

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