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Uber: l’industrie du taxi rejette la solution Daoust et veut une loi spéciale

QUÉBEC – La solution du gouvernement Couillard pour contrer Uber X va prendre trop de temps, selon l’industrie du taxi, qui réclame de toute urgence une loi spéciale en vue de suspendre les permis des conducteurs illégaux.

Le gouvernement a toutefois rapidement fait savoir que ce n’était pas dans ses cartons.

Les représentants du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi (CPCDTI) ont ainsi réagi, vendredi, aux propositions du ministre des Transports, Jacques Daoust, qui suggère de racheter des permis de taxi pour les revendre ou les louer aux chauffeurs d’Uber.

Au terme des audiences de la commission parlementaire sur Uber, jeudi, le ministre a indiqué qu’il allait déposer un projet de loi d’ici à la fin de mars pour réformer l’industrie du transport de personnes.

Cependant, ce processus est rejeté par les représentants de l’industrie du taxi, parce qu’il ne règle pas les problèmes actuels des chauffeurs. Il faut d’abord mettre fin le plus rapidement possible aux activités d’Uber X, soit par une loi spéciale comportant de lourdes sanctions dont la suspension des permis, soit en s’adressant aux tribunaux, a réclamé le porte-parole du CPCDTI, Guy Chevrette. Par la suite une loi-cadre pourrait être mise en place, une fois la crise d’Uber réglée.

Il y a urgence d’agir, a plaidé M. Chevrette, qui en tient pour preuve les témoignages de chauffeurs qui ont perdu 30 pour cent de leurs revenus, ou d’autres qui n’arrivent plus à payer l’hypothèque sur leur permis de taxi.

«On sait quand cela commence, au Parlement, mais on ne sait quand cela finit. Pour nous, ce n’est pas le temps de repeindre la salle de bain quand la maison est en feu. Donc, il faut absolument qu’il (le ministre) demande une injonction interlocutoire, ou bien qu’il dépose une loi d’exception», a-t-il dit.

Ministre des Transports du gouvernement péquiste de 1998 à 2002, M. Chevrette se dit convaincu que les partis d’opposition «adhéreraient spontanément» au projet de loi spéciale qui pourrait être adopté promptement.

M. Chevrette a dit ne pas savoir pourquoi le gouvernement n’a pas accepté la solution de la loi spéciale que le regroupement avait déjà lancée. «J’aimerais bien le savoir (pourquoi). J’ai fait 25 ans de politique, je m’en doute, mais je ne vous mettrai pas sur une piste qui pourrait brouiller les cartes et pourrait faire en sorte d’être mal vu par le gouvernement», a-t-il dit.

Pour ce qui est du principe du rachat de permis par le gouvernement en vue de les revendre ou de les louer, le porte-parole de l’industrie se «réjouit à demi», parce qu’il y a encore trop d’éléments inconnus dans le plan du ministre.

«On ne sait pas s’il maintiendra les exigences complètes pour ceux qui loueront les permis, a fait valoir M. Chevrette. Demandera-t-il les mêmes exigences en matière de permis? D’assurances? D’autos? De plaques d’immatriculation?»

L’organisme assure toutefois le gouvernement de son soutien s’il persiste dans sa volonté de ne pas pénaliser l’industrie, de ne pas affecter la valeur des permis, de ne pas créer deux catégories de chauffeurs de taxis, a fait savoir le porte-parole.

Toutefois, le gouvernement a indiqué vendredi qu’il fermait la porte au scénario d’une loi spéciale. Jacques Daoust avait indiqué en point de presse jeudi qu’il cherchait une solution globale et non à la pièce, en deux ou trois étapes, à l’enjeu du transport de personnes rémunéré, a rappelé sa porte-parole, Mélissa Turgeon, en entrevue téléphonique vendredi.

Après le Parti québécois, jeudi, c’était au tour de Québec solidaire, vendredi, d’accueillir très tièdement la proposition du gouvernement Couillard. Selon Amir Khadir, il fallait plutôt dès le début interdire Uber X, plutôt que de tergiverser. Il a laissé entendre que c’est le cabinet du premier ministre qui est plutôt favorable à la multinationale.

«Je ne vois pas pourquoi on devrait faire une concession à Uber si ce n’est parce que le gouvernement actuel a peur de déplaire au milieu des affaires, a peur de dire non à une entreprise multinationale», a déclaré M. Khadir dans une conférence de presse à l’Assemblée nationale.

Le scénario qui est proposé est donc à ses yeux un «pis-aller», en raison de l’influence de «lobbys puissants». Au bout du compte, ce sont les Québécois qui vont financer la régularisation du statut d’Uber, a déploré le député de Québec solidaire.

«Le gouvernement va prendre l’argent des contribuables pour aider Uber. Moi, je préfère que le gouvernement prenne l’argent des contribuables pour aider l’industrie du taxi», a dit M. Khadir.

En vertu de la proposition formulée par JacquesDaoust, le gouvernement rachètera les permis de taxi en vente, pour ensuite les louer afin d’en tirer des revenus. Le rachat se ferait ainsi à coût nul, à terme, pour le Trésor.

Année après année, environ 500 permis changent de mains, et au fur et à mesure que des permis de taxi seraient mis en vente par leurs propriétaires, l’État pourrait en racheter et ensuite les louer à Uber et ses chauffeurs, ou à d’autres chauffeurs, afin de récupérer sa mise. Et du coup, le détenteur d’un permis n’aurait plus à débourser une somme importante et s’hypothéquer pour l’acheter.

La valeur des permis de taxi est estimée entre 1,3 et 1,7 milliard $ actuellement, à raison de 150 000 $ à 200 000 $ par permis, pour 8500 permis en circulation.