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Remaniement ministériel: des changements de cap espérés par plusieurs

MONTRÉAL — Le remaniement des ministres du gouvernement Couillard a eu des échos dans plusieurs sphères d’activité:

GÉNÉRAL

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, espère surtout que ce remaniement entraînera l’établissement d’un véritable dialogue social — «ce qu’on n’a pas senti beaucoup» depuis quelques années.

Il se dit aussi inquiet quand il entend le premier ministre Philippe Couillard dire qu’il veut réduire le fardeau fiscal — ce qui fait craindre à M. Boyer d’autres compressions ou des réinvestissements insuffisants dans les grandes missions de l’État. «Une réduction du fardeau fiscal pour qui? Pour les plus nantis? Pour les entreprises? On a besoin de réinvestissements en santé, en éducation», a plaidé au cours d’une entrevue le président de la plus grande centrale syndicale au Québec.

À la CSN, le président Jacques Létourneau y a vu une manoeuvre «électoraliste» à un an des élections générales. Il a déploré le fait que le ministre de la Santé et des Services sociaux Gaétan Barrette demeure en poste, alors qu’il «fait l’unanimité contre lui et que ses réformes font l’objet de critiques dans tous les milieux».  

La CSN et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) espèrent des réinvestissements dans les services publics, notamment les services de garde et le réseau d’éducation.

La vice-présidente de la CSQ, Sonia Éthier, se réjouit du fait que le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx soit resté en poste, après tant de tumulte à l’Éducation.

Mme Éthier espère aussi que la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, saura reconnaître le «rôle de pierre angulaire dans le rayonnement de la culture québécoise» de Télé-Québec.

Le Conseil du patronat du Québec, quant à lui, applaudit le «mélange d’expérience et de relève, avec une présence féminine rehaussée» qui se retrouve dans ce nouveau conseil des ministres.

Et la vice-présidente principale de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, Martine Hébert, a vu «une certaine continuité» bienvenue dans le maintien en poste des ministres des Finances, de la Santé, de l’Éducation et de l’Économie, par exemple.

ENVIRONNEMENT, RESSOURCES

En matière d’environnement, les groupes d’intérêt ont fait savoir que le temps presse. «On ne voudrait pas que les changements de ministres fassent que les choses prennent du retard», a commenté en entrevue Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

Au nouveau ministre des Transports, André Fortin, «nous demandons un rééquilibrage des investissements entre le routier et le transport collectif», puisque ce dernier n’est pas suffisamment soutenu, a-t-il souligné.

À Pierre Moreau, qui s’occupe désormais des Ressources naturelles et de l’Énergie, Équiterre demande l’abandon du règlement sur les hydrocarbures, «un anachronisme» après avoir dit non au pétrole sur l’île d’Anticosti notamment.

Du côté de Greenpeace, Patrick Bonin croit que le remaniement transmet un bon message. «Il fallait qu’il y ait un virage, autant en matière d’énergie qu’en environnement et même en transport. Maintenant, il y a moins d’un an pour voir vraiment un changement, pour remonter cette côte-là. Il y a plusieurs retards accumulés, entre autres dans la lutte aux changements climatiques.»

L’Association minière du Québec, quant à elle, espère que le nouveau ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, saura mettre en place des conditions propices au développement de son industrie.

«Bien que le secteur minier se porte mieux comparativement aux années précédentes, il n’en demeure pas moins qu’il n’est pas à l’abri d’un nouveau cycle baissier. Il est donc important d’agir pour que se maintienne au Québec une industrie minière forte», a commenté sa PDG, Josée Méthot.

TRÉSOR ET ADMINISTRATION PUBLIQUE

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, se dit prêt à «donner la chance au coureur» avec Pierre Arcand au Conseil du trésor, qui sera désormais responsable des négociations avec les employés de l’État. M. Boyer rappelle que les professionnels du gouvernement, ainsi que les ambulanciers, n’ont toujours pas renouvelé leur convention collective, contrairement aux autres employés de l’État.

TRAVAIL

En matière de travail, le président de la FTQ, Daniel Boyer, et celui de la CSN, Jacques Létourneau, attendent de pied ferme la réforme de la Loi sur les normes du travail, en espérant que la ministre Dominique Vien, toujours en poste, abolira finalement les clauses de disparité de traitement, comme les régimes de retraite à deux vitesses.

M. Boyer attend aussi une réforme du Régime des rentes du Québec qui le rendra équivalent au Régime de pensions du Canada. Et les deux présidents rappellent leur revendication quant au salaire minimum à 15 $. 

Le Conseil du patronat du Québec attend lui aussi la refonte de la Loi sur les normes du travail et les mesures qui doivent faciliter la conciliation travail-famille. «Le CPQ continuera de sensibiliser le gouvernement à l’importance de maintenir un environnement d’affaires et des conditions favorables à l’entrepreneuriat et à la croissance économique», a fait savoir son PDG, Yves-Thomas Dorval.

Martine Hébert, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, nourrit tout de même «des inquiétudes» quant à cette réforme à venir de la Loi sur les normes du travail et espère que la ministre Vien saura écouter les PME. «On ne veut pas qu’elle ajoute au fardeau», a-t-elle confié en entrevue.

AGRICULTURE

L’Union des producteurs agricoles s’est dite satisfaite du maintien en poste du ministre Laurent Lessard à l’Agriculture, en cette période d’incertitude, à cause de la renégociation des grands accords commerciaux. L’Agriculture a connu sept ministres en 10 ans, rappelle l’UPA.

«M. Lessard a su rétablir un dialogue positif et constructif entre le monde agricole et le gouvernement du Québec dès sa nomination. Les attentes sont grandes et nous avons beaucoup de pain sur la planche», a commenté le président général de l’UPA, Marcel Groleau.

CULTURE

Le Mouvement pour les arts et les lettres a souligné que la nomination d’une nouvelle ministre à la Culture survient «en plein milieu du processus de renouvellement de la Politique culturelle du Québec débutée sous le leadership de la ministre Hélène David en 2015 et poursuivie par le ministre Luc Fortin».

L’organisation a offert sa collaboration à la nouvelle ministre de la Culture et des Communications, Marie Montpetit, «pour faire avancer les dossiers le mieux et le plus rapidement possible».

«Le Mouvement craint que le changement de ministre n’entraîne un ralentissement considérable des travaux entourant le plan d’action devant accompagner la nouvelle Politique culturelle et ne nuise aux avancées souhaitées par les milieux artistiques», a fait valoir par communiqué la porte-parole Fabienne Cabado.

«Plusieurs dossiers, notamment celui du sous-financement chronique du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), risquent d’être encore mis de côté pour plusieurs mois avant de connaître le déblocage tant attendu», a-t-elle dit craindre.

La Coalition La culture, le cœur du Québec a aussi exprimé son inquiétude à l’égard de ce changement de titulaire, saluant les grands chantiers de consultation mis de l’avant par le ministre sortant, Luc Fortin, notamment un comité ministériel sur les «conditions socioéconomiques des créateurs, artisans et travailleurs culturels devant remettre son rapport au début décembre».

«Mme Marie Montpetit, c’est un cri du cœur que nous vous lançons en faveur d’un réinvestissement massif en culture, un secteur névralgique pour l’économie et le pilier fondateur de notre identité en tant que société francophone en Amérique du Nord. Pour que nos créateurs, artistes et artisans puissent continuer à produire tant ici qu’à l’étranger, il y a urgence à mieux les appuyer et à leur donner des conditions d’exercice à la hauteur de leur talent et de nos ambitions comme peuple», peut-on lire dans son communiqué.