L'inconduite sexuelle doit devenir un enjeu majeur de société, dit Couillard
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L’inconduite sexuelle doit devenir un enjeu majeur de société, dit Couillard

QUÉBEC — La lutte contre l’inconduite sexuelle sous toutes ses formes doit être hissée au rang des enjeux majeurs de la société québécoise, selon le premier ministre Philippe Couillard.

Il dit vouloir provoquer un changement de mentalité, en lançant un message à la population en général, mais surtout aux hommes, qui doivent comprendre que certains comportements ne sont tout simplement plus tolérés en 2017.

Pour indiquer toute l’importance qu’il accorde à cette question, M. Couillard a dit vendredi qu’il tenait à être présent au grand forum qui aura lieu jeudi, à Québec, sur la lutte aux agressions sexuelles.

Organisé par la ministre responsable de la Condition féminine, Hélène David, le forum réunira quelque 150 intervenants (groupes d’aide, experts) appelés à définir les mesures gouvernementales à privilégier pour contrer les agressions sexuelles et mieux soutenir les groupes qui viennent en aide aux victimes.

En annonçant la tenue de cet événement, la ministre David avait dit vouloir une liste de mesures concrètes à mettre en application rapidement. Le financement récurrent des groupes de soutien aux victimes sera un des thèmes à l’ordre du jour, de même que le processus de traitement des plaintes.

Cette question, «il faut l’élever au niveau d’un enjeu majeur de société», a commenté le premier ministre vendredi, en conférence de presse, à l’occasion de la fin de la session parlementaire.

M. Couillard était invité à commenter le reportage récent préparé par La Presse canadienne sur l’inconduite sexuelle subie par les élues de l’Assemblée nationale, députées et ministres, et dans une plus large mesure, à réagir au mouvement planétaire de dénonciation des agressions sexuelles qui a défrayé la manchette au cours des derniers mois.

«On doit appeler tout le monde à un véritable changement», a commenté le premier ministre, «surtout les hommes», a-t-il précisé, sans pour autant vouloir culpabiliser ces messieurs.

Car il y a un type de comportements qui pouvait être considéré «peut-être acceptable auparavant, (mais) ne l’est pas maintenant», a-t-il observé.

À partir d’un sondage mené auprès de 24 élues de l’Assemblée nationale, dont 18 députées et six ministres, le reportage de La Presse canadienne révélait notamment que près des deux tiers des répondantes (63 pour cent) affirmaient avoir subi une ou plusieurs formes d’inconduite sexuelle, souvent à répétition, dans l’exercice de leurs fonctions d’élues.

Partys de Noël

Souvent associés à divers débordements, notamment de nature sexuelle, surtout en milieu de travail, «les partys de Noël, cette année, vont être pas mal différents dans plusieurs cas», a illustré M. Couillard à ce propos, et c’est «tant mieux».

«Les Québécois sont rendus là», a-t-il ajouté, prêts à effectuer un changement de culture, faisant en sorte que «les émotions» puissent s’exprimer, mais «avec respect et considération».

En octobre, la ministre Hélène David avait débloqué un budget «d’urgence» d’un million $ à transférer aux organismes de soutien aux victimes d’agression sexuelle, pour les aider à gérer le surplus de demandes déclenché par les affaires Rozon et Salvail.

Le regroupement des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) évalue le manque à gagner annuel à 5 millions $ si on veut vraiment couvrir tous les besoins et répondre à la demande croissante.

«Je prends cette situation plus qu’au sérieux», avait dit alors Mme David, bien déterminée à combattre le «fléau» des agressions sexuelles de toutes les façons possibles.

Le projet de loi 151 est adopté

Dans le même ordre d’idées, la ministre David a réussi à faire adopter à l’unanimité son projet de loi 151, vendredi.

Cette loi vise notamment à encadrer les relations amoureuses ou sexuelles entre étudiants et professeurs (ou étudiants et toute personne en autorité) ayant cours dans un établissement d’enseignement supérieur.

La loi impose aux directions des cégeps et universités de se doter d’ici septembre 2019 d’un code de conduite fixant un ensemble de règles à appliquer lorsqu’elles apprennent l’existence d’une telle relation dans leur établissement.

Comme ce type de liaisons inclut un rapport d’autorité et de pouvoir, l’étudiant ou l’étudiante peut se retrouver dans une situation préjudiciable, sur le plan académique et personnel, ce qu’on cherche à éviter.

La loi 151 n’interdit pas ce type de relations intimes, mais cherche à éviter qu’elles surviennent. Les établissements qui le désirent pourront cependant proscrire les relations professeur-étudiant (ou toute autre impliquant une personne en autorité et un étudiant ou une étudiante).

La loi prévoit aussi qu’il n’y aura pas de délai de prescription pour les plaintes de violences sexuelles.

Les plaintes devront également être prises en charge dans un délai de cinq jours.

La loi vise aussi à prévenir les violences sexuelles sur les campus.

Québec injecte de plus un montant de 25 millions $ sur cinq ans, montant dédié exclusivement à combattre les violences à caractère sexuel observées dans les établissements d’enseignement supérieur.