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Un programme de prévention des fugues est lancé par le Réseau Enfants-Retour

MONTRÉAL — Pour éviter aux jeunes de vivre «l’horreur» qui accompagne trop souvent les fugues, le Réseau Enfants-Retour a lancé le programme de prévention «AIMER» afin qu’ils ne quittent pas la maison et ne deviennent pas victimes d’exploitation sexuelle.

Il s’agit d’une initiative provinciale, en anglais comme en français, qui offrira des ateliers aux jeunes et des séminaires pour les parents qui cherchent à épauler leurs enfants et à apprendre à reconnaître les signes d’exploitation sexuelle.

Il vise les jeunes de la 5e et 6e année du primaire et de la 1ère année du secondaire. Il est unique au Québec, a soutenu Pina Arcamone, la directrice générale du Réseau Enfants-Retour, en faisant l’annonce mercredi matin, à Montréal.

«Considérant qu’il y a en moyenne plus de 5000 signalements de fugues au Québec par année et qu’un fugueur sur trois devient victime d’exploitation sexuelle, avec notre expérience, nous avons mis sur pied ce programme dans le but de protéger nos jeunes», a-t-elle dit.

Ce groupe d’âge a été ciblé parce qu’il se situe juste avant l’adolescence, lors de laquelle la majorité des fugues se produisent. «On veut travailler en amont», a soutenu Mme Arcamone.

L’acronyme AIMER est pour Affirmation, Image de soi, Mettre ses limites, Égalité et Relations saines.

L’objectif de ce programme est d’outiller plus de 40 000 jeunes partout dans la province, au cours des trois prochaines années. Dans le cadre des ateliers et séminaires, seront abordées les questions du consentement et du droit de dire non. Le programme veut aider les jeunes à identifier leurs limites et à dénoncer les comportements inappropriés, entre autres. Il fera la promotion des relations saines et équitables.

Il permettra aux parents de reconnaître les signes d’exploitation sexuelle, par exemple un jeune qui change d’apparence, qui revient à la maison avec des objets de luxe comme une tablette ou des bijoux, un ado qui a un nouveau cercle d’amis, qui manque ses cours ou qui a soudainement un «ami» plus vieux, a souligné Mme Arcamone.

Les ateliers seront offerts à toutes les écoles gratuitement, a-t-elle ajouté. Une plateforme web les rendra accessibles même dans les régions les plus éloignées. L’organisme est aussi en discussion afin d’adapter ses contenus à la réalité des jeunes Autochtones.

L’ambassadrice des programmes jeunesse de l’organisation sera Ludivine Reding, qui tient actuellement le rôle principal de la série télévisée «Fugueuse», qui suscite bien des réactions et des émotions chez les téléspectateurs, notamment pour la scène de viol collectif subie par la jeune fille.

«Cette émission ne reflète pas la fiction, mais la réalité. Et la réalité c’est l’horreur», a commenté Eric Hauptman, le père d’une jeune fille qui a fugué pendant plus d’une semaine il y a deux ans.

L’homme, qui dit avoir vécu «l’enfer» quand sa fille est disparue, estime que les ateliers d’AIMER seront bénéfiques pour les enfants, pour qu’ils reconnaissent les manipulateurs et les exploiteurs. «Ça peut soulever des petits drapeaux rouges», dit-il, si les jeunes ont entendu parler des pièges et peuvent les reconnaître.

«Ils se disent leurs amis, mais ce sont des tueurs d’âme», a-t-il expliqué à propos des exploiteurs.

Et les jeunes «doivent savoir ce qui les attend s’ils fréquentent ces gens-là». Son adolescente est finalement rentrée au bercail saine et sauve, mais il ne veut pas que d’autres jeunes et leurs parents vivent cette angoisse.

Ludivine Reding croit qu’en tant qu’ambassadrice, elle peut aider les jeunes, comme le personnage de Fanny, une adolescente de 16 ans.

«Ce n’est pas juste un rôle, c’est quelque chose qui permet de faire changer les choses, d’avoir un impact sur les jeunes d’aujourd’hui», a-t-elle dit. Et en se préparant pour interpréter Fanny, elle dit avoir beaucoup appris au sujet des fugues: «j’ai compris l’ampleur des dégâts sur les jeunes filles».

Elle souligne que de se retrouver aux mains de manipulateurs peut arriver à tout le monde, dans tous les milieux: «ce sont de mauvaises rencontres, au mauvais moment».

Un répertoire de services et de ressources sera aussi créé et mis en ligne par le Réseau Enfants-Retour.

Cet organisme sans but lucratif s’est donné pour mission d’assister les parents dans la recherche de leur enfant porté disparu et de contribuer, par l’éducation du public, à la diminution des disparitions d’enfants.