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Les partis politiques relancent le débat sur le port des signes religieux

QUÉBEC — Les partis d’opposition sont en train de créer «de toutes pièces» une autre crise des signes religieux, s’est insurgé le premier ministre Philippe Couillard, mardi.

«Nous, on ne tombera pas dans ce panneau-là», a-t-il déclaré lors d’une période des questions particulièrement houleuse, où le gouvernement a notamment accusé l’opposition de «taper sur les minorités».

Cinq ans après le dépôt de la Charte des valeurs par le Parti québécois (PQ), la question d’interdire ou non le port de signes religieux ostentatoires chez certains employés de l’État continue de semer la zizanie à l’Assemblée nationale.

La bougie d’allumage cette fois est venue de Montréal, alors que la mairesse Valérie Plante s’est dite ouverte à ce que le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) intègre le hijab et le turban dans l’uniforme réglementaire de ses agents. 

Appelé à réagir, le premier ministre a indiqué qu’il appartenait au SPVM de décider. La loi 62, qui stipule que tout service public au Québec doit être donné et reçu à visage découvert, permettrait qu’une policière porte un hijab, par exemple.

De toute façon, a-t-il renchéri plus tard en mêlée de presse à Montréal, le dossier des signes religieux est clos et il est temps d’aller de l’avant avec «les véritables enjeux des véritables citoyens du Québec».

Le PQ, la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire (QS) ont contre-attaqué en affirmant que non seulement le dossier n’est pas clos, mais le premier ministre manque de respect envers les Québécois qui ne pensent pas comme lui.

«Comme s’il y avait des véritables citoyens du Québec, ceux qui sont d’accord avec M. Couillard, et des faux citoyens du Québec, qui ne sont pas d’accord avec M. Couillard», a pesté le chef du PQ, Jean-François Lisée, mardi. 

S’il est élu le 1er octobre, le PQ adoptera une loi sur les règles du vivre ensemble, et une autre sur le succès du vivre ensemble, «pour qu’enfin on puisse assainir la situation et passer à autre chose». 

La CAQ a réitéré mardi qu’elle présentera un projet de loi dans la première année de son mandat pour interdire le port de signes religieux pour les personnes en position d’autorité, incluant les enseignants. 

Le débat a dérapé en Chambre lorsque la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a laissé entendre que la CAQ se préoccupait exclusivement des «familles blanches et francophones». «C’est ça, les familles du Québec selon la CAQ?» a-t-elle demandé, sous les hauts cris des caquistes, qui demandent maintenant à ce qu’elle retire ses propos «odieux». 

Le gouvernement a indiqué par ailleurs qu’il s’apprête à éclaircir les règles entourant la loi 62. Des lignes directrices sur les accommodements raisonnables seraient bientôt rendues publiques.

Des candidats de Québec solidaire «en phase»? 

L’enjeu des signes religieux a aussi rattrapé Québec solidaire. Deux de ses candidats à l’investiture, en l’occurrence Vincent Marissal et Ève Torres, seraient à l’aise avec le port de signes religieux par des policiers.

Cette opinion va pourtant à l’encontre de la position officielle de QS, qui prône l’interdiction des signes religieux pour les personnes en position d’autorité.

«Ce que lui (Vincent Marissal) ressent personnellement quand il dit: « Moi, ça ne me dérangerait pas », versus le positionnement politique nécessaire pour faire avancer et tourner la page de ce débat-là, ce sont deux choses», a affirmé la co-porte-parole de QS, Manon Massé, sur la défensive. 

«Et M. Marissal est totalement en phase avec la position de Québec solidaire», a-t-elle insisté. 

Mme Torres est l’ancienne porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens. Cet organisme mène un recours en justice contre la loi 62 sur la neutralité religieuse.

Si elle est élue dans la circonscription de Mont-Royal-Outremont, elle deviendrait la première femme à porter un voile à l’Assemblée nationale.

Mme Massé a assuré que Mme Torres adhère également aux positions du parti.