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Marquette: Forcé de laisser son siège, François Ouimet égratigne Couillard

QUÉBEC — Forcé de laisser son siège de Marquette, le député libéral François Ouimet quitte la politique amer, brisé, reprochant au premier ministre  Philippe Couillard d’avoir brisé la parole donnée quant à l’assurance qu’il serait sur les rangs.

L’équipe autour de M. Couillard a choisi d’évincer M. Ouimet pour offrir le château fort libéral de Marquette à l’ex-joueur de hockey professionnel Enrico Ciccone, réputé pour sa robustesse. L’annonce officielle de la candidature de l’ancien sportif âgé de 48 ans, confirmée mercredi de source sûre, sera faite jeudi, à Montréal, par le premier ministre Couillard.

Ému aux larmes, le député, élu et réélu sans interruption depuis 1994, s’est montré en point de presse profondément blessé par l’attitude de son chef, qui, selon lui, s’était engagé en mai dernier, en le «regardant dans les yeux», à signer son bulletin de candidature pour le prochain scrutin.

Or, M. Ouimet a eu une brève conversation téléphonique avec le premier ministre Couillard mercredi matin et il a compris qu’il ne figurait plus dans les plans du gouvernement et de l’équipe libérale.

«Inquiète-toi pas, je ne te jouerai pas de tour. Je vais signer ton bulletin de candidature», a relaté M. Ouimet, visiblement sonné, en se rappelant les mots prononcés selon lui par M. Couillard en mai dernier.

«J’ai pris la parole du premier ministre», a dit et répété M. Ouimet, contenant mal ses larmes. Mais mercredi, «la parole donnée ne tenait plus».

Un homme de parole

En conférence de presse, en après-midi, M. Couillard n’a pas nié la version des faits rapportée par M. Ouimet.

Il a confirmé que jusqu’à tout récemment ce dernier figurait toujours dans les plans du PLQ, mais qu’une accumulation récente de candidatures de «très grande qualité» à Montréal et le petit nombre de circonscriptions disponibles avaient forcé l’équipe à revoir ses plans et à sacrifier M. Ouimet, victime en quelque sorte du «goulot d’étranglement».

Ce fut une «décision difficile et douloureuse», a convenu le chef libéral, en se disant soucieux de présenter à la population une équipe «renouvelée».

Il a rejeté l’accusation du député relative au fait qu’il n’avait pas tenu parole. Au contraire, les gens qui le côtoient, a répliqué le chef libéral, savent qu’il est «un homme de parole».

Quant à la manière de procéder, à quelques jours seulement du déclenchement de la campagne électorale, et compte tenu que le parlementaire tenait à poursuivre sa carrière politique, le premier ministre s’est montré laconique.

«Il n’y a jamais de façon simple de faire ces choses», a-t-il dit.

M. Ouimet croit que le parti l’expulse pour faire en sorte que le chef caquiste François Legault, élu en 1998, devienne le doyen de l’Assemblée nationale. Le premier ministre a nié cette interprétation.

«Je pense que je méritais mieux», a conclu le député aux longs états de service.

Avocat de formation, âgé de 58 ans, vice-président de l’Assemblée nationale depuis quelques années, il n’a jamais été appelé à siéger au conseil des ministres.

Marquette, une circonscription de l’ouest de l’île de Montréal incluant Dorval et Lachine, est un château fort libéral.

Enrico Ciccone, d’origine italienne, n’aura donc pas trop d’inquiétude à se faire: au cours des cinq derniers scrutins, le PLQ a réussi à accaparer entre 49 et 65 pour cent du vote dans Marquette, qui compte une communauté italienne.

L’investiture de M. Ouimet devait avoir lieu ce mercredi soir. Elle a été annulée à la dernière minute. Il ne peut y avoir d’investiture libérale si le premier ministre et chef du parti ne signe pas le bulletin de candidature.

Malaise au sein des troupes

Mercredi matin, à l’entrée de la séance hebdomadaire du conseil des ministres, plusieurs ministres ont commenté la situation. Le malaise était palpable.

La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, a pris les choses avec philosophie, en disant que «si on nous demande de quitter, il faut avoir l’élégance de le faire».

Le ministre des Ressources naturelles, Pierre Moreau, a fait valoir que ce type de décision partisane «relève du plus grand privilège du premier ministre» et qu’il fallait «respecter ça», puisque le chef est «la seule personne qui a l’ensemble de l’information».

La ministre du Développement durable, Isabelle Melançon, a abondé dans le même sens, affirmant que la décision d’endosser un candidat est la «prérogative du premier ministre».

La ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, a indiqué qu’il était toujours possible pour M. Ouimet «de se présenter comme indépendant».

Aux yeux du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ce type de décision «fait partie de l’univers politique». Personne n’est à l’abri. «Ça peut m’arriver à moi aussi, ça peut arriver à tout le monde», selon lui.

Selon le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, cette histoire illustre plutôt le manque de démocratie au Parti libéral du Québec, «où c’est le chef qui désigne les candidats» et non les membres, comme au PQ.