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Jour 15: Le décès de Lise Payette jette une ombre sur les enjeux de la campagne

QUÉBEC — Le décès de l’ex-politicienne, animatrice, auteure et figure de proue du féminisme québécois Lise Payette a jeté une ombre sur la 15e journée de campagne électorale, jeudi, une journée consacrée essentiellement au modèle agricole à privilégier.

D’une même voix, la classe politique, tous partis confondus, a souligné l’apport considérable de Mme Payette à la société québécoise et aux femmes en particulier.

Laissant de côté les rivalités habituelles, le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, et la porte-parole de Québec solidaire (QS), Manon Massé, n’ont pas tardé jeudi matin à rendre hommage à l’ex-ministre péquiste, certains soulignant son rôle de pionnière pour l’égalité des femmes, d’autres rappelant sa défense des droits des consommateurs et son combat pour réformer l’assurance automobile.

Débat sur l’immigration

En fin de journée, il ne restait plus grand-chose de l’harmonie matinale, alors que la CAQ et le PLQ se sont envoyés des flèches au sujet de l’immigration.

Le chef caquiste François Legault y est d’abord allé d’un discours nationaliste disant vouloir prendre le contrôle de l’immigration par crainte de voir le français disparaître.

Il souhaite aussi réduire de 10 000 le nombre total d’immigrants accueillis chaque année.

Le chef libéral n’a pas mis de temps à rabrouer son adversaire. Philippe Couillard a accusé M. Legault de vouloir « briser des familles » en prenant le contrôle du programme de réunification. Il a aussi dénoncé la volonté de la CAQ d’imposer des tests de valeurs aux nouveaux arrivants qui pourraient être menacés d’expulsion en cas d’échec.

Jean-François Lisée s’est tenu à l’écart du débat, disant simplement qu’il faut mieux intégrer les immigrants, car environ 25 pour cent d’entre eux choisissent de quitter le Québec.

PLQ: Revoir le modèle agricole

Libéraux et péquistes avaient choisi jeudi de présenter leurs engagements en agriculture, notamment en vue d’assurer une relève agricole.

S’attaquant par la bande à la CAQ, le PLQ s’engage, s’il est réélu, à contrer la spéculation croissante observée sur les terres agricoles québécoises depuis quelques années.

Ainsi, on se trouverait à mettre des bâtons dans les roues de l’entreprise Pangea, dont le président du conseil d’administration est Charles Sirois, un cofondateur de la CAQ avec François Legault.

De plus, le PLQ pourrait ainsi mettre dans l’embarras le nouveau candidat vedette de la CAQ, Christian Dubé, ex-vice-président de la Caisse de dépôt et placement, qui a investi dans Pangea en 2017.

L’Union des producteurs agricoles (UPA), reconnue pour exercer un puissant lobby auprès des élus, s’oppose farouchement au modèle agricole défendu par Pangea, un fonds d’investissement.

Selon les données de l’UPA, Pangea a acquis 5878 hectares de terres agricoles depuis 2012, soit l’équivalent de 11 000 terrains de football. Le total des transactions s’élève à 28,05 millions $.

Jeudi, à la maison de l’UPA, à Longueuil, le chef libéral, Philippe Couillard, a dit que son gouvernement, s’il est réélu, limiterait l’achat de terres par des fonds d’investissement à 100 hectares par an.

«On va ainsi protéger le modèle des fermes familiales», a-t-il commenté.

PQ: Souveraineté alimentaire

C’est aussi ce que souhaite le PQ, protéger les fermes familiales, mais en empruntant d’autres moyens.

Un gouvernement du PQ miserait sur l’achat chez nous, en matière agricole, de manière à mieux soutenir les fermes familiales sur tout le territoire.

En Montérégie, le chef du PQ, Jean-François Lisée, a dit vouloir étendre le modèle «Aliments du Québec» dans toutes les régions, ce qui implique la création d’une certification locale.

Le PQ suggère aussi de créer un «institut des alcools» pour aider brasseurs, vignerons et distillateurs du Québec à innover, et propose d’augmenter le financement pour les aliments biologiques.

Un gouvernement péquiste verrait également à faire en sorte qu’au moins la moitié du contenu des plats servis dans les institutions publiques — les cafétérias des hôpitaux, des écoles et des centres de la petite enfance (CPE) notamment — soit composée de produits du Québec.

Gestion de l’offre

Le chef péquiste s’est une fois de plus porté à la défense de la gestion de l’offre, tout en servant une rebuffade au premier ministre canadien, Justin Trudeau.

Il juge que «ça n’a pas de bon sens» que Justin Trudeau se dise «intraitable» sur la question du mécanisme de règlement des différends tout en se montrant selon lui «flexible» sur celle de la gestion de l’offre, dans le processus de négociations en cours de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Le premier ministre canadien a prévenu mercredi que le maintien du chapitre 19 était une condition sine qua non à l’adhésion d’Ottawa au nouvel accord.

CAQ: Aider les enfants handicapés

La CAQ, qui avait présenté ses engagements en matière d’agriculture la veille, a promis jeudi de mieux soutenir financièrement les parents d’enfants mineurs lourdement handicapés.

Pour soulager ces familles, un gouvernement de la CAQ bonifierait de 22 millions $ par année le programme de soutien gouvernemental existant, pour un total de 54 millions $.

Le chef caquiste, M. Legault, est revenu à la charge dans le dossier de l’immigration pour préciser sa pensée.

Ainsi, il a promis d’être «souple» avec les immigrants âgés de 65 ans et plus qui arrivent au Québec en vertu du programme fédéral de réunification familiale et s’abstiendrait de leur imposer un test de français. 

QS: Transport collectif à Montréal

Le parti Québec solidaire y est allé jeudi d’un engagement majeur en matière de transport collectif, s’il prend le pouvoir.

QS promet de doter Montréal et sa banlieue de 38 nouvelles stations de métro d’ici 2030, incluant le projet de REM en voie de réalisation et la «ligne rose» souhaitée par la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Son projet: créer le «Grand Montréal express» (GME), soit 10 milliards $ en infrastructures de mobilité dans un premier mandat solidaire. La coporte-parole du parti, Manon Massé, a indiqué que ce projet constituait «un des gros morceaux» du «plan de transition économique» de son parti.

Par ailleurs, l’autre porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, déçu de ne plus voir de médias traditionnels à bord de l’autobus de campagne de Québec solidaire, a lancé une invitation sur les médias sociaux à «toutes les personnalités du web, twitteux, facebookeux» à monter à bord de l’autobus pour couvrir la campagne. Et QS est ouvert à négocier le tarif.