Le commandant du NORAD évoque les menaces de la Russie et appelle à l'action
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Le commandant du NORAD évoque les menaces de la Russie et appelle à l’action

OTTAWA — L’ombre d’une nouvelle guerre froide planait lourdement mardi sur les propos du commandant américain du système d’alerte de missiles en Amérique du Nord, qui a exhorté le Canada et les États-Unis à améliorer les défenses du continent.

Le général Terrence O’Shaughnessy, commandant américain du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), a averti à l’occasion d’une conférence sur la défense que le Canada et les États-Unis étaient «exposés à des risques de manières jamais vues depuis des décennies».

M. O’Shaughnessy a affirmé que les récentes actions militaires de la Russie constituaient un exemple des risques auxquels le Canada et les États-Unis sont confrontés.

Les actions de la Russie comprennent la reprise de patrouilles d’avions de combat dans l’Arctique après 30 ans, des vols réguliers en périphérie de l’espace aérien canadien et américain par des bombardiers lourds et le déploiement de missiles de croisière dans le Nord.

L’armée russe a mis au point de nouveaux missiles de croisière à armement nucléaire difficiles à détecter et à intercepter, ainsi que des missiles hypersoniques dont la menace particulière est leur vitesse extrême par rapport aux armes plus anciennes.

«Nous n’avons pas assisté à une telle augmentation systématique et méthodique des menaces depuis le sommet de la guerre froide, a-t-il déclaré. Nous devons reconnaître le fait que nos adversaires mettent actuellement nos citoyens, notre mode de vie et nos intérêts nationaux en péril.»

Tout progrès en sourdine 

Les armées canadienne et américaine ont envisagé discrètement l’avenir du NORAD alors que les nouvelles technologies menacent de rendre obsolète le système d’alerte de missiles, qui comprend une chaîne de radars datant des années 1980 dans l’Arctique canadien.

Pourtant, tout progrès a été mis en sourdine, les responsables des deux côtés de la frontière faisant référence à répétition au besoin d’études et d’évaluations pour alimenter les discussions futures, dont les dates n’ont pas encore été fixées.

M. O’Shaughnessy a reconnu la nécessité d’études pour s’assurer que le Canada et les États-Unis, qui ont collaboré par l’entremise du NORAD pour se défendre contre les attaques de missiles nucléaires depuis les années 1950, construisent un système adéquat pour se défendre contre les menaces du XXIe siècle.

Mais M. O’Shaughnessy a averti que les deux pays ne pouvaient pas se permettre de tomber dans ce qu’il a appelé «le piège de la paralysie de l’analyse» en discutant sans fin du problème et en n’agissant pas.

M. O’Shaughnessy affirme que le Canada et les États-Unis doivent également mieux défendre des infrastructures communes telles que les réseaux électriques et trouver des moyens de rendre une attaque en Amérique du Nord trop périlleuse pour quiconque aurait des intentions malveillantes.

Participation au programme de bouclier antimissile?

Les remarques de M. O’Shaughnessy arrivent moins d’un mois après la publication par le département américain de la Défense d’un examen très attendu des menaces posées par les missiles russes, chinois, nord-coréens et iraniens, ainsi que des moyens de les contrer.

Le président américain Donald Trump et le rapport du Pentagone insistent beaucoup sur les capteurs et les défenses dans l’espace pour détecter, suivre et arrêter les attaques de missiles contre les États-Unis et leurs alliés.

M. Trump a également prévenu que les alliés devraient payer leur part pour les nouvelles capacités, une requête qui risque de ne pas devenir réalité selon certains analystes compte tenu des coûts potentiellement élevés, de préoccupations généralisées concernant la militarisation de l’espace et de technologies non éprouvées.

Le rapport a révélé sans fournir aucun détail que le NORAD «poursuit un plan en trois phases pour améliorer la défense contre les missiles de croisière pour les États-Unis et le Canada».

L’une des questions qui se poseront lors de toute mise à niveau du NORAD sera de savoir si le Canada acceptera finalement de participer à un programme de bouclier antimissile, qui implique d’intercepter des attaques imminentes, après s’être retiré d’un tel programme en 2005.

M. O’Shaughnessy n’a pas mentionné la défense antimissile dans son discours. Les libéraux ont laissé la porte ouverte pour se joindre éventuellement à un tel programme dans le cadre d’un NORAD modernisé, tandis que les conservateurs ont ouvertement appelé à l’adhésion immédiate du Canada.

Des responsables au gouvernement ont reconnu que le Canada pourrait finir par payer des milliards de dollars pour moderniser ou remplacer les radars du Nord, des fonds qui ne sont pas comptabilisés dans la politique de défense du gouvernement Trudeau.