Des experts sont stupéfaits des nouvelles révélations sur QuadrigaCX
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Des experts sont stupéfaits des nouvelles révélations sur QuadrigaCX

HALIFAX — La révélation voulant que l’exploitant du site de transactions de cryptomonnaies QuadrigaCX ait récemment perdu la trace de plus de 460 000 $ en jetons a engendré une certaine incrédulité chez des observateurs de l’industrie.

«Je suis totalement estomaqué (…) qu’une telle chose ait pu se produire», s’est exclamé Manie Eagar, chef de la direction de DigitalFutures, une société de conseil en développement de Vancouver qui se concentre sur les technologies de devises numériques et de la chaîne de blocs.

«Quiconque prend les rênes et agit en tant que dépositaire de ces fonds aurait au moins dû faire preuve de diligence raisonnable pour éviter ce qui s’est passé.»

Le contrôleur nommé par le tribunal, qui supervise la recherche de 260 millions $ en espèces et en cryptomonnaies dus aux utilisateurs de la plateforme QuadrigaCX, a révélé mardi que le site de transaction avait accès, en date du 5 février, à 902 743 $ en actifs numériques stockés dans des portefeuilles en ligne.

Toutefois, Ernst and Young a indiqué que le 6 février, une personne travaillant pour QuadrigaCX avait transféré «par inadvertance» 103 Bitcoins, évalués à 468 675 $, dans un «portefeuille froid», donc hors ligne, qui est hors de portée de la société.

Entre-temps, des avocats devraient se réunir jeudi dans une salle d’audience à Halifax, où un juge décidera qui représentera les créanciers de QuadrigaCX.

Pour Tim Hill, un expert en matière d’insolvabilité, cette affaire est très inhabituelle, puisque QuadrigaCX n’a pas de bureau, pas d’employés et pas de comptes bancaires.

«Nous n’avons certainement rien vu de tel en Nouvelle-Écosse — ni au Canada, à ma connaissance », a-t-il affirmé lors d’une entrevue.

Le site de transactions établi à Vancouver a été fermé le 28 janvier, au beau milieu d’une vague de spéculations sur le décès soudain de son chef de la direction et seul administrateur, Gerald Cotten. L’homme de 30 ans dirigeait son entreprise virtuelle, fondée cinq ans plus tôt, depuis une maison située au nord d’Halifax.

Selon des documents de la cour, M. Cotten est décédé subitement le 9 décembre alors qu’il voyageait en Inde. Il était la seule personne ayant accès aux clés numériques nécessaires pour accéder à diverses cryptomonnaies totalisant 190 millions $.

En outre, la société insolvable doit à 70 millions $ supplémentaires à quelque 115 000 de ses utilisateurs.

«Transférer des fonds dans des portefeuilles desquels ils ne peuvent pas faire de retraits est vraiment époustouflant», a estimé Samir Saadi, professeur de finance à l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa.

«Ils savent qu’ils n’ont pas accès à ces portefeuilles froids et ils ont quand même réussi à commettre cette terrible erreur (…) Cela en dit long sur les pratiques de cette entreprise. Il n’y a pas de plan de secours, rien.»

La sélection des avocats de jeudi, qui sera supervisée par le juge de la Cour suprême de la Nouvelle-Écosse, Michael Wood, fait partie d’un processus d’insolvabilité ordonné par le tribunal, qui a été mis en branle lorsque la société a obtenu la protection contre ses créanciers, le 5 février.

La loi fédérale a pour objectif de permettre aux sociétés insolvables ayant plus de 5 millions $ de poursuivre leurs activités tout en élaborant un plan de remboursement des créanciers, afin d’éviter la faillite.

Le tribunal a ordonné un arrêt des procédures de 30 jours, afin d’empêcher toute action en justice contre QuadrigaCX. Une prolongation devrait être accordée par le tribunal le 5 mars, croient les observateurs.

Tim Hill, un avocat de Halifax spécialisé dans l’insolvabilité et la restructuration de la dette, a noté que les cabinets d’avocats qui seront choisis comme avocats seront rémunérés par la société mère de QuadrigaCX, Quadriga Fintech Solutions.

«Il y a là un réel danger qu’il n’y ait pas d’argent pour payer ces gens», a estimé M. Hill, membre de l’équipe de litige commercial de BoyneClarke et ancien registraire en matière de faillite.

«À moins qu’ils ne puissent agir rapidement pour identifier certains actifs, certaines ressources, cela risque de ne pas durer trop longtemps. Les gens doivent être payés.»

L’avocat représentera les créanciers devant le tribunal, mais rien n’empêche les créanciers d’engager leurs propres avocats.

Des avocats de partout au pays ont manifesté leur intérêt pour l’affaire.

Une grande partie de l’argent réel qui est dû aux créanciers se présente sous la forme de traites bancaires, que la société n’a pas déposées dans une institution financière, car les banques habituelles demeurent réticentes à traiter avec des entreprises de cryptomonnaies.

«Cela va évidemment être une difficulté, mais à un certain moment, on demandera à la cour de participer», a fait valoir M. Hill. «Le tribunal a une très large autorité sur ces questions.»