À cause de la COVID-19, la tension augmente dans les pénitenciers

TORONTO — Les efforts pour contenir la rapide propagation de la COVID-19 dans les établissements pénitenciers au Canada auraient mené à une augmentation de la tension, au point où des agents correctionnels auraient fait usage de force au moins deux fois récemment, selon un important groupe de défense des prisonniers.

La Société John Howard dit avoir appris de prisonniers que des gardiens au pénitencier de Donnacona, un établissement à sécurité maximale dans la région de Québec, ont utilisé des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur des détenus mardi, pour mettre fin à de l’agitation. Au moins une personne aurait été blessée.

Lors d’un autre incident, des gardiens auraient fait usage de grenades assourdissantes dans l’établissement à sécurité moyenne de Collins Bay, en Ontario.

De graves éclosions du virus ont été constatées dans des pénitenciers, notamment dans l’Établissement de Joliette pour femmes. Selon les plus récentes statistiques, au moins 193 prisonniers fédéraux — seulement 588 ont été testés — et 79 gardiens ont été infectés. Au moins un prisonnier est décédé.

Les données laissent croire que la propagation parmi la population carcérale dépasserait largement celle dans la population générale. Les autorités ont réagi en confinant les détenus et en plaçant ceux ayant été infectés en «isolement médical». Dans certains cas, des détenus ont été placés dans des cellules d’isolement.

Ces mesures auraient mené à un chambardement des habitudes, privant les prisonniers d’activités normales et de contacts interpersonnels, ce qui aurait pour effet de causer du stress et d’exacerber les inquiétudes liées à la santé mentale.

«Si les prisonniers sont confinés pendant des périodes de temps prolongées, sans activités, visites et avec un accès limité aux cafétérias et choses du genre, ils deviennent agités», affirme Catherine Latimer, directrice générale de la société.

«Ce n’est pas une bonne chose.»

Un prisonnier à Donnacona a déclaré à La Presse canadienne jeudi que les autorités du pénitencier avaient mis fin aux visites il y a quelques semaines. Selon Renford Farrier, des prisonniers frustrés, en guise de protestation, ont utilisé des poubelles pour empêcher la porte de leur cellule de se fermer.

Les gardiens ont réagi en employant des gaz lacrymogènes et des balles de caoutchouc, a raconté Farrier, qui purge une peine d’emprisonnement à vie pour meurtre au deuxième degré et qui a passé 29 ans derrière les barreaux. Un prisonnier a eu besoin de points de suture à une jambe dans un établissement extérieur et un autre a été atteint d’une balle dans le dos et contusionné.

«Il n’y a eu aucune menace à l’endroit du personnel», a soutenu le détenu Farrier.

Par ailleurs, Mme Latimer a affirmé que des détenus à Collins Bay ont réagi au fait que les gardiens ne portaient pas de masque en refusant de retourner à leurs cellules. Des agents correctionnels sont arrivés à 5 h du matin et auraient fait usage de grenades assourdissantes, selon ce que Mme Latimer dit avoir appris de la part de prisonniers.

«Il s’agit d’un usage de force oppressif», a déclaré Mme Latimer.

Les responsables des autorités correctionnelles n’ont pas répondu dans l’immédiat à une demande d’information en lien avec les incidents qui ont été rapportés.

L’enquêteur correctionnel du Canada, Ivan Zinger, a refusé de discuter du dossier.

«Nous sommes au courant, et nous enquêtons», a-t-il répondu dans un courriel.

Pour alléger la situation, plusieurs organisations ont demandé au gouvernement fédéral de faire usage de ses pouvoirs exécutifs pour libérer de nombreux prisonniers à faible risque. Ces groupes suggèrent que les prisonniers qui bénéficient déjà d’une forme de probation ou ceux à qui on a permis des sorties sans escorte pourraient être libérés en vertu de certaines conditions, comme la résidence surveillée.

Certaines personnes proposent que les prisonniers les plus âgés et ceux aux prises avec des problèmes de santé — des groupes particulièrement sensibles au virus — soient les premiers à être libérés.

«Jusqu’à maintenant, rien de tel n’a été mis en place», a noté la sénatrice Kim Pate, qui demande des actions immédiates depuis le 13 mars.

«C’est très tard.»

Mme Pate a déclaré que le gouvernement pourrait libérer les prisonniers à moins haut risque.

Selon le Service correctionnel du Canada, «une analyse de la population carcérale est en cours» afin de pouvoir émettre des recommandations.