À l’arrêt, le Cirque du Soleil opte pour une protection de ses créanciers

MONTRÉAL — Privé de revenus depuis la mi-mars en raison de la pandémie de COVID-19, le Cirque du Soleil opte pour la protection de ses créanciers afin de restructurer sa dette et relancer ses activités par l’entremise d’une convention d’achat conclue avec ses actionnaires actuels.

Annoncée lundi, la nouvelle entraînera le licenciement de 3480 employés qui avaient été mis à pied à la mi-mars, lorsque l’entreprise de divertissement avait annulé ses 44 spectacles dans la foulée de la crise sanitaire. La requête sera entendue mardi par la Cour supérieure du Québec.

«On sait, à cause de la proposition qui est sur la table, que le Cirque est sauvé, a expliqué son président et chef de la direction, Daniel Lamarre, au cours d’une entrevue téléphonique où il a déploré le départ de milliers d’employés. Je suis assuré qu’au bout du processus, qui devrait culminer à la mi-septembre, j’aurai un propriétaire.»

Si un peu plus de 200 employés québécois conserveront leur gagne-pain, c’est plus de 600 employés américains qui conserveront leur travail aux États-Unis, notamment à Las Vegas et Orlando, où il y a des spectacles permanents.

Appuyés par le prêt de 200 millions $ US offert par Investissement Québec, qui comprend une disposition pour racheter les actionnaires étrangers, le fonds texan TPG Capital (60 %), la firme chinoise Fosun (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (20 %) injecteront 100 millions $ US, mais verront leur participation diluée. Ils mettront sur pied deux fonds totalisant 20 millions $ US pour épauler les travailleurs du Cirque et payer les pigistes qui attendent toujours.

L’offre valorise l’entreprise à 420,25 millions $ US, d’après un document déposé auprès des tribunaux. En date du 31 mars, les diverses créances de l’entreprise totalisent près de 1,6 milliard $ US, peut-on constater, dont 60 millions $ US en prêts non garantis à la Caisse et au Fonds de solidarité FTQ.

Dans un communiqué, les actionnaires ont déclaré que leur proposition jetait les bases de «solides fondations» sur lesquelles le Cirque «pourra s’appuyer pour commencer à rebâtir et à repositionner sa marque pour l’avenir».

Il y a toujours de «cinq à six groupes» intéressés à acquérir l’entreprise, a précisé M. Lamarre, mais ceux-ci devront respecter au minimum les conditions de l’offre actuellement sur la table, qui prévoit notamment le maintien du siège social à Montréal.

«Tout le monde attendait que l’on se place à l’abri de nos créanciers», a expliqué le dirigeant du Cirque, qui estime toutefois que la compagnie n’a pas trop tardé avant de faire appel à la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC).

Dans le cadre du processus visant à trouver un investisseur ou un acquéreur, 34 ententes confidentialité ont été signées et six offres non contraignantes ont été déposées, peut-on lire dans le document transmis au tribunal.

Participation en baisse

En échange d’une restructuration de la dette, les créanciers recevront une dette non garantie de 50 millions $ US en plus de détenir 45 % du Cirque, ce qui fera fléchir les participations des actionnaires actuels à 55 %. TPG détiendrait ainsi 33 %, tandis que Fosun et la Caisse auraient chacun 11 %.

«Je suis très à l’aise avec le plan du Cirque, a commenté le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, au cours d’une conférence de presse sur une autre annonce économique. Il n’y aura pas trop de dettes, on (relance) les spectacles progressivement. Je pense que le 200 millions $ du gouvernement est relativement (en sécurité). C’est un très bon instrument financier.»

M. Fitzgibbon croit qu’il faudra de deux à trois ans au Cirque pour se relever. Il risque ainsi de s’écouler plusieurs années avant de voir TPG Capital et Fosun quitter le navire.

Avec 300 millions $ US, le Cirque sera en mesure de traverser la tempête actuelle jusqu’à ce qu’il puisse recommencer à générer des revenus, probablement dès que ses spectacles permanents à Las Vegas et Orlando pourront reprendre.

«Ce que les gens ne réalisent pas, c’est qu’on parle de déconfinement et d’entreprises qui peuvent reprendre leurs activités, alors que ce n’est pas notre cas, a dit M. Lamarre. Tant et aussi longtemps qu’on ne pourra pas relancer nos spectacles, on ne pourra pas rappeler nos employés.»

La compagnie a retenu environ 15 % de son effectif, a expliqué son président, afin d’être prête pour la relance. M. Lamarre espère que des spectacles pourront reprendre vers la fin de l’année ou au début de 2021.

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, le Cirque aurait généré des revenus d’environ 950 millions $ US, avait calculé l’agence de notation Moody’s dans un rapport publié en mars dernier. Ses profits étaient estimés à 155 millions $ US.