À l’heure du déconfinement, des pays rapportent des taux d’infection record

ROME — Alors que des millions de personnes ont profité de l’assouplissement de certaines règles de distanciation sociale pour profiter du plein air, certains des pays les plus peuplés du monde ont signalé dimanche de nouveaux sommets inquiétants en matière d’infections, y compris l’Inde, qui a connu son plus grand bond en 24 heures à ce jour.

Deuxième pays le plus populeux après la Chine, l’Inde a signalé plus de 2 600 nouvelles infections. En Russie, les nouveaux cas ont dépassé 10 000 pour la première fois. Le nombre total de morts confirmé en Grande-Bretagne a grimpé près du total peu enviable de l’Italie, l’épicentre de l’épidémie en Europe, même si la population du Royaume-Uni est plus jeune que l’Italie et la Grande-Bretagne a eu plus de temps pour se préparer.

Les États-Unis continuent de voir des dizaines de milliers de nouvelles infections chaque jour, avec plus de 1 400 décès supplémentaires signalés samedi.

Les experts de la santé ont mis en garde contre une deuxième vague potentielle d’infections, à moins que les tests ne soient considérablement étendus une fois les confinements assouplis. Mais la pression pour la réouverture continue de croître après la fermeture des entreprises pendant des semaines, plongeant l’économie mondiale dans son plus profond marasme depuis les années 1930 et faisant disparaître des millions d’emplois.

Dimanche soir, lors d’une «assemblée publique virtuelle», le président Donald Trump a reconnu que certains Américains craignaient de tomber malades alors que d’autres craignaient de perdre leur emploi.

Bien que la gestion de la pandémie par l’administration Trump, en particulier la capacité d’effectuer des tests à grande échelle, ait fait l’objet de critiques, le président a défendu la réponse de son équipe et a déclaré que la nation était prête à commencer la réouverture.

«Nous devons le rouvrir en toute sécurité, mais aussi rapidement que possible», a déclaré Donald Trump.

La Chine, qui n’a signalé que deux nouveaux cas, a vu une augmentation du nombre de visiteurs dans les sites touristiques récemment rouverts avant les vacances de cinq jours qui se terminent mardi. Près de 1,7 million de personnes ont visité les parcs de Pékin lors des deux premiers jours des vacances et les principaux sites touristiques de Shanghai ont accueilli plus d’un million de visiteurs, selon les médias chinois. De nombreux sites ont limité les visiteurs quotidiens à 30% de leur capacité.

À la veille des premières mesures prises par l’Italie pour assouplir les restrictions, le ministère de la Santé a signalé 174 décès au cours de la période de 24 heures se terminant dimanche soir – le nombre le plus bas au jour le jour depuis le début de la fermeture nationale le 10 mars. Des parcs et jardins publics ont été aménagés pour rouvrir lundi.

En Grande-Bretagne, le premier ministre Boris Johnson est sous pression pour révéler comment le pays effectuera son déconfinement. Les restrictions doivent durer jusqu’à jeudi, mais avec des centaines de décès toujours signalés quotidiennement, on ne sait pas comment le pays peut assouplir les restrictions en toute sécurité.

Boris Johnson, 55 ans, qui a passé trois nuits dans une unité de soins intensifs alors qu’il souffrait de la COVID-19, a déclaré au journal The Sun qu’il savait que ses médecins se préparaient au pire.

«Ça a vraiment été un moment très dur, je ne le nierai pas.  Ils avaient une stratégie pour le faire selon un scénario du type « mort de Staline »»,a déclaré Boris Johnson.

Un autre signe potentiellement troublant est apparu dans la capitale afghane, Kaboul, où un tiers des 500 personnes testées au hasard étaient positives à la COVID-19.

Aux États-Unis, le New Jersey a rouvert les parcs d’État, bien que plusieurs aient dû refuser les gens après avoir atteint une limite de 50% dans leurs stationnements. Margie Roebuck et son mari ont été parmi les premiers sur le sable à Island Beach State Park.

«Quarante-six jours dans la maison étaient suffisants», a-t-elle déclaré.

S’exprimant sur «Fox News Sunday», la coordinatrice du coronavirus de la Maison-Blanche, Deborah Birx, s’est déclarée préoccupée par les protestations de gens armés et pour la plupart sans masque demandant la fin des ordres de rester à la maison et un redémarrage complet de l’économie. Donald Trump avait encouragé les gens à « libérer »leurs États.

«C’est extrêmement inquiétant pour moi personnellement, car s’ils rentrent chez eux et infectent leur grand-mère ou leur grand-père … ils se sentiront coupables pour le reste de la vie», a-t-elle déclaré. «Nous devons donc nous protéger les uns et les autres en même temps que nous exprimons notre mécontentement.»

Si les restrictions sont levées trop tôt, le virus pourrait réapparaître en «petites vagues dans divers endroits du pays», a déclaré le Dr Tom Inglesby, directeur du Center for Health Security de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.

Ailleurs, le dernier décompte des infections en Russie était près du double des nouveaux cas signalés il y a une semaine. Plus de la moitié des nouveaux cas russes ont été déclarés à Moscou, où l’on se demande si les installations médicales de la capitale seront submergées.

Des hélicoptères de l’armée de l’air indienne ont déversé des pétales de fleurs sur les hôpitaux de plusieurs villes pour remercier les médecins, les infirmières et la police au front de la lutte contre la pandémie.

Le nombre de cas confirmés dans le pays s’est approché de 40 000, le confinement des 1,3 milliard d’habitants ayant été prolongé de deux semaines, avec certaines mesures assouplies. Le bilan officiel des morts a atteint 1 323.

Et à Mexico, où les autorités s’attendent à un sommet des infections la semaine prochaine, les travailleurs transformeront l’hippodrome Hernandez Rodriguez Formula 1 en hôpital temporaire pour les patients de la COVID-19. Les paddocks et les suites le long de la façade auront huit modules hospitaliers de 24 lits chacun. Les puits serviront de bureaux pour les consultations.

Les gouvernements du monde ont signalé 3,5 millions d’infections et plus de 247 000 décès, dont plus de 67 000 morts aux États-Unis, selon un décompte de l’Université Johns Hopkins. Les éclosions délibérément dissimulées, les faibles taux de dépistage et la pression sévère que la maladie a exercée sur les systèmes de soins de santé laissent présager sans aucun doute à une ampleur bien plus grande de la pandémie.