Le perdant acceptera-t-il l’issue du scrutin?

Voici ce que nous surveillons au début de la dernière semaine de la campagne 2020.

WASHINGTON — Les campagnes présidentielles avancent à pleine vapeur. Voici ce que nous surveillons au début de la dernière semaine de la campagne 2020.

Jours avant le scrutin: 1

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LA TRAME DE FOND

C’est presque terminé. Au même moment la semaine prochaine, et avec un peu de chance bien avant ça, nous connaîtrons l’identité du locataire de la Maison-Blanche pour les quatre prochaines années.

Les fantômes de 2016 gardent les démocrates sur les dents, mais ils espèrent que Donald Trump deviendra le premier président sortant à être évincé depuis George H.W. Bush en 1992. Les sondages donnent au démocrate Joe Biden une avance bien plus confortable que celle dont disposait Hillary Clinton à 24 heures du vote.

Certains républicains croient que la situation en Floride évolue en faveur de M. Trump. Mais le président doit remporter non seulement la Floride, mais aussi plusieurs autres États chaudement disputés s’il veut obtenir un deuxième mandat.

M. Trump saura-t-il de nouveau sauver la mise? Des démocrates nerveux seront les premiers à admettre que tout est possible. Des stratèges républicains d’expérience n’y croient toutefois pas vraiment. Il y a moins d’électeurs indécis cette fois-ci, et aucun candidat tiers solide ne viendra siphonner les votes.

Les démocrates ont l’avantage lors du vote par anticipation, mais la puissante équipe Trump sur le terrain saura amener des vagues d’électeurs jusqu’aux bureaux de scrutin mardi.

Des questions sans fin concernant l’intimidation des électeurs, les poursuites judiciaires et des retards de dépouillement causés par la pandémie distinguent toutefois cette élection des autres. M. Trump a déjà indiqué qu’il pourrait rejeter l’issue du vote s’il perd.

Attachez vos ceintures. Ça pourrait barder.

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LES GRANDES QUESTIONS

Est-ce que le perdant acceptera l’issue du scrutin?

La table est mise pour une fin chaotique, peu importe ce que diront les chiffres.

M. Trump tente depuis des mois de miner la crédibilité du vote en multipliant les théories du complot concernant une fraude électorale. Il a plusieurs fois refusé de promettre une passation pacifique des pouvoirs s’il perd.

M. Biden a promis de respecter le choix des électeurs quoiqu’il advienne, mais cela n’empêchera pas les démocrates de se battre férocement en cour si certains États ne tombent pas dans leur colonne — surtout si on rapporte des problèmes le jour du vote ou que de nombreux votes par correspondance sont rejetés.

Jamais auparavant dans l’histoire moderne des États-Unis n’y a-t-il eu autant d’incertitude concernant les règles de base de la démocratie à la veille d’une élection.

Quel est ce scénario du «mirage rouge»?

Ne soyez pas bernés par les premiers chiffres qui seront annoncés. En raison de la manière dont différents États dépouilleront les bulletins, le score final pourrait être radicalement différent des premiers résultats — surtout si les démocrates semblent être dans le pétrin.

Le «mirage rouge» pourrait permettre de croire que la soirée se déroule bien pour le président Trump, en fonction des votes exprimés en personne mardi. Mais des États cruciaux comme le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin ne devraient comptabiliser leurs votes par correspondance, la méthode privilégiée par de nombreux démocrates, qu’après la fin du dépouillement des votes en personne.

Donc, si les républicains semblent bien faire pendant la soirée, cela pourrait changer une fois que tous les votes auront été comptés.

M. Trump cite souvent cette situation comme preuve d’une fraude électorale, mais c’est simplement dû à la manière dont certains États comptent les votes. Et en raison de la pandémie, des États comme la Pennsylvanie, la Caroline du Nord et le Minnesota accepteront les votes par correspondance plusieurs jours après la fermeture des bureaux de vote.

Y aura-t-il moins d’électeurs le jour du vote que lors du vote par anticipation?

Le taux de participation du 3 novembre demeure incertain. En date de dimanche midi, plus de 93 millions d’Américains avaient déjà voté. C’est plus des deux tiers du total de votes reçus en 2016. Des dizaines de millions de personnes viendront voter mardi, mais on imagine difficilement qu’il y ait plus d’électeurs lors du jour du vote que lors du vote par anticipation.

Il n’y a jamais eu plus de 140 millions de participants à une élection présidentielle aux États-Unis.

Les deux camps reconnaissent que M. Trump aura l’avantage parmi ceux qui voteront en personne mardi, puisque les démocrates sont plus susceptibles de voter par correspondance. On peut imaginer que plus de gens viendront voter mardi, mieux ce sera pour le président.

Les démocrates s’inquiètent plus spécifiquement de la participation de certains électeurs — surtout les jeunes, les Noirs et les latinos — qui votent habituellement pour eux, mais que la candidature de M. Biden laisse un peu indifférents.

Les républicains sont nettement plus efficaces sur le terrain quand vient le temps de mobiliser les électeurs les plus difficiles à rejoindre. Les démocrates ont aussi évité le porte à porte en raison de la pandémie, se fiant plutôt aux textos, aux appels téléphoniques et aux courriels.

Le scrutin se déroulera-t-il dans le calme?

Si plusieurs commerçants du centre-ville de Washington ont choisi de placarder leurs établissements, ce n’est certainement pas parce que la capitale américaine est menacée par un ouragan.

Ces commerçants redoutent plutôt une explosion de violence électorale. Et compte tenu des manifestations violentes qui ont frappé le pays cet été, il n’est pas difficile d’imaginer que des flambées pourraient se produire ailleurs que dans la capitale.

Des craintes bien réelles d’intimidation des électeurs en marge du vote de mardi persistent.

Les deux camps sont sur les dents, mais on surveillera surtout ce que feront les observateurs républicains, puisque M. Trump a souvent demandé à ses partisans les plus féroces de garder les yeux ouverts par crainte d’une fraude électorale.

C’est la première fois depuis des décennies que des observateurs républicains seront présents sur le terrain. Des tribunaux fédéraux avaient interdit cette pratique au Parti républicain après qu’il eut, à de multiples reprises dans lors d’élections antérieures, tenté d’intimider ou d’exclure des électeurs membres des minorités au nom d’une prévention de la fraude.

Nous souhaitons tous un scrutin paisible. Mais il ne faudrait pas grand-chose pour que la situation bascule.

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