Trump réussira-t-il à relancer une campagne qui s’essouffle?

La campagne présidentielle américaine avance à pleine vapeur. Voici ce qu’il faudra surveiller au cours des prochains jours.

La trame de fond

Le président Donald Trump revient sur la piste électorale cette semaine après une absence de 11 jours, dans ce qui est probablement sa dernière occasion de redonner de l’élan à sa campagne de réélection qui s’essouffle. À seulement trois semaines du jour du scrutin, alors que des millions d’Américains ont déjà commencé à voter, les principaux sondages indiquent que le président républicain accuse un retard significatif sur le démocrate Joe Biden dans les intentions de vote nationales, et qu’il est dépassé de justesse par son rival dans les États pivots comme la Pennsylvanie et la Floride.

Les démocrates sont plutôt confiants, bien que les mauvais souvenirs de 2016 et les complications potentielles liées à la pandémie de coronavirus les incitent à rester sur leurs gardes.

Joe Biden continue de faire face à ses propres défis, notamment des questions persistantes sur sa position quant à une éventuelle hausse du nombre de juges à la Cour suprême, mais le brouhaha entourant la campagne de M. Trump continue d’éclipser toute difficulté à laquelle pourrait faire face M. Biden.

Est-il trop tard pour que Donald Trump change le cours de sa campagne?

Les problèmes auxquels le républicain est confronté sont profonds. Il ne pourra probablement pas reconquérir les électeurs des banlieues, ses difficultés avec les électeurs plus âgés sont réelles et, en privé, certains alliés craignent que les problèmes de santé personnels de M. Trump aient plombé l’enthousiasme de sa base. Au même moment, le nombre de nouvelles infections par la COVID-19 augmente à nouveau dans plusieurs États et des doutes persistent quant à l’état de M. Trump, qui affirme être complètement guéri et qui se dit prêt à reprendre sa campagne.

Le programme de déplacements de M. Trump cette semaine souligne sa position politique. Il commencera en Floride, un État sans lequel il ne peut pratiquement pas espérer remporter un deuxième mandat, et il devrait aller dans l’Iowa mercredi, consacrant l’une des rares journées de campagne qui lui restent à un État qu’il a remporté par près de 10 points de pourcentage il y a quatre ans.

Malgré tous les efforts du Parti républicain au cours la dernière année, cette élection devrait être un référendum sur le leadership de Donald Trump, à moins qu’une autre grande surprise d’octobre ne se produise très bientôt.

La COVID-19 a-t-elle rendu Donald Trump plus humain ou a-t-elle scellé sa défaite?

Tout le monde aime les histoires de retour en force après des difficultés. Le président a la possibilité de transformer ses propres ennuis de santé en un atout politique s’il peut faire preuve d’une réelle empathie pour un pays qui traverse toujours sa pire crise sanitaire depuis un siècle. Malheureusement pour les républicains, l’empathie n’a jamais été le point fort de M. Trump.

Ce week-end à la Maison-Blanche, il a affirmé que sa maladie lui avait permis de mieux comprendre le virus. Il y avait des bandages visibles sur ses mains, probablement à la suite d’une injection intraveineuse.

Mais peu après ces détails «humanisants», M. Trump a de nouveau diffusé de fausses informations sur la pandémie, déclarant qu’elle «disparaissait» alors même que les infections montent en flèche dans plusieurs États et que plusieurs membres de sa propre administration sont infectés.

Le président a communiqué des messages contradictoires et souvent trompeurs depuis le début de la pandémie. S’il veut vraiment démontrer qu’il a appris quelque chose de sa propre contagion, il devrait cesser de minimiser le danger que représente le virus.

Y aura-t-il un effet sur la Cour suprême?

Alors que M. Trump courtise les électeurs dans les États clés cette semaine, le Sénat sera absorbé par les audiences de confirmation de la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême. La perspective d’ajouter un troisième juge conservateur au plus haut tribunal du pays en moins de quatre ans enthousiasmera sans aucun doute la base conservatrice de M. Trump, en particulier les conservateurs religieux, qui espèrent que la confirmation de Mme Barrett conduira à la fin de «l’Obamacare» et de l’avortement.

Le débat dynamisera également les militants passionnés de la gauche. La question clé est de savoir si cela aura une influence sur les électeurs qui se situent entre ces eux pôles.

Les sondages suggèrent qu’une majorité d’Américains pense que la nomination d’un nouveau juge pour remplacer Ruth Baden Ginsberg devrait revenir au vainqueur de l’élection du 3 novembre. Il y a donc un risque de réaction potentielle si les républicains confirment sa nomination avant les élections.

Malgré les risques, c’est un débat que M. Trump veut avoir en ce moment, d’autant plus que M. Biden refuse de dire s’il soutient les militants qui proposent d’augmenter le nombre de juges de la Cour suprême en cas de victoire. Pour la base du président, du moins, la nomination par M. Trump de centaines de juges à des postes vacants dans les différents tribunaux constitue l’un des rares points lumineux d’une présidence en montagnes russes.

Que se passe-t-il en Floride?

L’Associated Press a parlé aux électeurs de deux bastions républicains de la Floride la semaine dernière et a constaté de modestes signes d’enthousiasme pour Joe Biden. Dans la plus rouge des régions rouges, cela pourrait être un gros problème pour Donald Trump.

Sans la Floride, M. Trump n’a pratiquement aucune chance d’être réélu. En fait, si M. Biden remporte la Floride de manière décisive, toute controverse entourant un éventuel retard dans la divulgation des résultats à travers le pays pourrait être rapidement oubliée.

Mais les sondages pullulent en Floride et ne disent pas tous la même chose. Selon la moyenne des sondages Real Clear Politics, M. Biden mène par 3,7 % en Floride, mais en l’espace de deux jours la semaine dernière, le démocrate était en avance de 11 points de pourcentage dans un sondage et en retard de 3 dans un autre.

Les déplacements de campagne offrent les meilleures preuves que M. Trump pourrait être en difficulté. Il a envoyé le vice-président Mike Pence en Floride au cours du week-end après y avoir envoyé deux de ses fils à la fin de la semaine dernière. Et où ira M. Trump en premier pour son retour sur la piste électorale? En Floride, évidemment.

Le mot de la fin

Les grandes lignes de cette élection semblent bien tracées, mais 22 jours, c’est bien suffisant pour une autre surprise majeure d’octobre.

Pensez simplement à tout ce qui s’est passé au cours des 22 derniers jours: M. Trump a nommé une nouvelle juge de la Cour suprême, il a participé au débat présidentiel le plus exécrable de l’histoire moderne et il a été hospitalisé après avoir été contaminé par un virus mortel dont il continue de nier la gravité.

Rappelons que l’ancien directeur du FBI James Comey avait annoncé la découverte d’un nouveau lot de courriels de Hillary Clinton à peine 11 jours avant les élections de 2016, une révélation qui, selon de nombreux démocrates, a conduit directement à la victoire de Donald Trump.

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