ABB fournira des stations électriques pour le pompage de l’oléoduc Énergie Est

MONTRÉAL – TransCanada (TSX, NYSE: TRP) lance une opération de grande séduction dans l’espoir de voir son projet d’oléoduc Énergie Est atteindre un seuil d’acceptabilité sociale au Québec qui lui permettra d’aller de l’avant.

L’entreprise de transport pétrolier a annoncé mercredi, en présence de nombreux représentants du milieu des affaires, la conclusion d’une entente par laquelle la firme ABB fournira au moins 22 bâtiments d’alimentation électrique pour les stations de pompage situées le long de l’oléoduc.

L’annonce vise notamment à répondre à l’un des plus importants reproches qui a été fait à TransCanada, tant par le gouvernement du Québec que par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), soit l’absence de retombées économiques significatives.

«L’acceptabilité sociale, ça ne se mesure pas avec une règle, c’est un paquet de petits gestes, c’est un paquet de choses qu’on fait sur le terrain qui font la différence», a déclaré le vice-président et responsable du volet québécois du projet, Louis Bergeron, lors de la conférence de presse qui a pris des allures d’acte de contrition.

«TransCanada reconnaît que ces gestes-là, jusqu’à maintenant, n’ont pas été suffisants. Donc c’est un changement d’approche, une nouvelle façon de travailler», a-t-il ajouté, promettant d’oeuvrer plus étroitement avec les intervenants du milieu.

M. Bergeron — tout comme son patron, John Soini, président du projet Oléoduc Énergie Est — a ainsi fait son mea culpa à plusieurs reprises, disant avoir pris acte des «préoccupations légitimes» de la population et des élus, notamment ceux de la région métropolitaine de Montréal.

«Je suis très conscient qu’on reprend sur des bases qui ne sont pas évidentes, qui ne sont pas toujours faciles, mais moi je ne peux pas refaire le passé. Je suis, avec ma nouvelle équipe à Montréal, disposé à travailler d’une façon différente avec la CMM et avec la Ville de Montréal.»

Il s’est dit «très encouragé» par les 37 recommandations du rapport de la CMM: «Il y a plusieurs enjeux sur lesquels nous sommes tout à fait d’accord qu’il faut intervenir, qu’il faut présenter des solutions concrètes.»

Il a donné comme exemple l’intention de son entreprise de présenter, lors d’une rencontre qui doit avoir lieu «prochainement» avec l’organisme supramunicipal, «un programme très audacieux de reboisement» pour répondre au reproche de la CMM qui s’inquiétait du déboisement de 130 hectares sur son territoire.

John Soini, qui a fait un effort marqué pour prononcer une grande part de son allocution en français — qu’il s’est engagé à apprendre —, a promis de travailler plus étroitement avec les services d’incendie, les services d’urgence, les propriétaires de terres, les élus et les Premières Nations afin de créer des liens à long terme fondés sur la confiance.

L’entente conclue avec ABB créera 120 emplois directs et 90 emplois indirects dans une nouvelle installation de production dans la grande région de Montréal si, bien sûr, le projet de TransCanada est approuvé par les autorités réglementaires.

ABB se dit par ailleurs persuadé de voir ces emplois — destinés à la réalisation de ce contrat — devenir permanents, sa chef de direction, au Canada, Nathalie Pilon, appuyant cette conviction sur le déploiement éventuel du Plan Nord.

«Le but de cette opération, c’est de créer de l’expertise au Québec pour ensuite espérer avoir un Plan Nord sur lequel on pourra continuer l’expertise qui aura été développée et fabriquée ici au Québec et continuer la construction de ces bâtiments électriques.»

Les bâtiments qu’ABB devra livrer sont des modules préfabriqués abritant le matériel électrique et d’automatisation nécessaire à l’alimentation électrique des stations de pompage, conçus pour durer plus de 30 ans tout en résistant aux conditions extrêmes de froid et de neige.

L’échec de TransCanada d’obtenir l’acceptabilité sociale de son projet jusqu’ici était mis en relief par la présence de nombreux représentants des milieux des affaires venus démontrer leur appui par leur présence à l’annonce.

Le président de Manufacturiers et exportateurs du Québec, Éric Tétrault, n’a pas caché que le travail de base avait été déficient, bien qu’il se soit montré étonnamment optimiste pour la suite.

«C’est difficile de demander aux gens d’accepter un projet quand, partout sur la scène publique depuis quatre ans, on fait état des risques, des catastrophes et qu’on ne fait jamais état des bénéfices. Je suis même surpris qu’il n’y ait pas moins d’acceptabilité sociale autour du projet que ça», a-t-il avoué candidement.

«À partir d’aujourd’hui, on commence à parler des bénéfices autour du projet et je suis très confiant que l’opinion des gens va changer», a-t-il conclu malgré tout.

Pour sa part, le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval, estimait que TransCanada n’avait plus d’autre choix que d’ajuster le tir, tout en hésitait de qualifier le tout «d’opération charme».

«Je n’aime pas dire ça, parce que ça voudrait dire que c’est cosmétique. Je suis content de voir que TransCanada a décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’impliquer à faire une communication qui soit beaucoup plus professionnelle, beaucoup plus juste, beaucoup plus transparente.»

Pour sa part, la présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, voyait plutôt le changement de ton comme une réaction à la stratégie de la CMM.

«Je pense que monsieur Coderre (le maire de Montréal et président de la CMM) est un bon négociateur… Aller chercher le plus possible de retombées économiques, on ne peut être contre, au contraire. Je pense que c’est une position de négociation», a-t-elle déclaré, disant croire que l’annonce avec ABB était une réponse à la demande de retombées.

TransCanada insiste par ailleurs sur le fait que les oléoducs représentent, selon ses promoteurs, le moyen le plus sûr de transporter des hydrocarbures et le moins dommageable en termes de production de gaz à effet de serre comparativement aux trains et aux camions-citernes.

Les promoteurs du projet soutiennent que sa réalisation créera plus de 3000 emplois au Québec au cours des neuf ans de planification et de construction de l’oléoduc et que la construction générera près d’un milliard $ en revenus fiscaux pour la province, en plus d’ajouter 1,2 milliard $ de recettes fiscales par la suite pour les 20 premières années d’exploitation.

Les groupes environnementalistes, qui s’opposent vigoureusement au projet d’oléoduc, n’entendent toutefois pas laisser le champ libre à la pétrolière sur le terrain médiatique.

Dans les heures suivantes, Greenpeace publiait un communiqué dans lequel son porte-parole en matière de changement climatique, Patrick Bonin, affirmait que cette annonce «ne changera rien au fait que le projet Énergie Est est totalement incompatible avec la lutte contre les changements climatiques et présente des risques graves pour l’eau potable de millions de Québécois en cas de déversement».

Greenpeace fait valoir qu’Énergie Est est «un projet pétrolier destiné presque exclusivement à l’exportation» qui se traduirait par une hausse «dramatique» des émissions de gaz à effet de serre au Canada et entraînerait une hausse de près de 40 pour cent de la production des sables bitumineux.

TransCanada affirme toutefois que l’industrie prévoit une augmentation de production des sables bitumineux et fait valoir que, puisque ce pétrole additionnel devra être transporté, il serait préférable de choisir le moyen le plus sûr, ce qu’il soutient pouvoir offrir.

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