Accident du Cyclone: une militaire morte et cinq disparus, dont un du Québec

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a confirmé jeudi que six militaires étaient à bord de l’hélicoptère canadien qui s’est abîmé mercredi en mer Ionienne, au large de la Grèce.

Le ministère de la Défense nationale a confirmé la mort de la militaire Abbigail Cowbrough, enseigne de vaisseau de 1re classe, originaire de la Nouvelle-Écosse mais née à Toronto.

Le capitaine Maxime Miron-Morin, officier de systèmes de combat aérien, originaire de Trois-Rivières, figure parmi les cinq militaires portés disparus. On recherche aussi le capitaine Brenden Ian MacDonald, pilote, originaire de New Glasgow (Nouvelle-Écosse); le capitaine Kevin Hagen, pilote, originaire de Nanaimo (Colombie-Britannique); l’enseigne de vaisseau de 1ère classe Matthew Pyke, officier de guerre navale, originaire de Truro (Nouvelle-Écosse) et le caporal-chef Matthew Cousins, opérateur de détecteurs électroniques aéroportés, originaire de Guelph (Ontario).

L’hélicoptère CH-148 Cyclone de l’Aviation royale canadienne était déployé en mer Méditerranée avec le NCSM Fredericton au sein du 2e Groupe maritime permanent de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans le cadre de l’opération «REASSURANCE», indique l’état-major canadien. Au moment de l’accident, le Fredericton participait à un entraînement collectif avec des navires italien et turc; l’hélicoptère Cyclone menait simultanément des opérations de vol.

Les alliés participent aux recherches

Le chef d’état-major de la Défense, Jonathan Vance, a indiqué jeudi matin que des navires militaires et des avions canadiens et alliés recherchent depuis mercredi les militaires disparus. Même si les conditions étaient bonnes pour les recherches, les responsables militaires ont rappelé que l’hélicoptère s’était abîmé dans une mer de 3000 mètres de profondeur et que les débris se répandent sur une très grande superficie. On ignorait encore jeudi quels efforts seraient d’ailleurs déployés pour récupérer l’épave de l’appareil.

Le vice-amiral Craig Baines, commandant des forces navales pour l’Atlantique, a expliqué depuis Halifax que les recherches se poursuivront tant qu’on aura des chances de retrouver des survivants. Il a rappelé que même dans de bonnes conditions météo, «de très petits objets en mer sont très difficiles à repérer, avec le temps, particulièrement si le vent et les courants augmentent la superficie des recherches».

La cause exacte de l’accident demeure inconnue, mais le chef d’état-major a exclu jeudi tout acte «hostile». Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, a précisé par contre que les enregistreurs de données de vol et de voix du Cyclone avaient été récupérés après s’être détachés de l’hélicoptère, et qu’ils seraient bientôt renvoyés au Canada pour analyse. Une équipe d’enquêteurs militaires devait aussi être dépêchée dans la région dès jeudi pour tenter de déterminer la cause de l’accident.

Un représentant de Sikorsky Aircraft, constructeur du Cyclone, est également dépêché sur place à la suite d’une demande des militaires. «Sikorsky présente ses condoléances à toutes les personnes concernées», a déclaré le géant américain de la défense Lockheed Martin, propriétaire de Sikorsky. Le général Vance a indiqué que tous les Cyclone sont temporairement cloués au sol, pour une «pause opérationnelle». L’Aviation royale canadienne compte 17 autres hélicoptères Cyclone dans sa flotte.

Le père de la victime

Quelques heures avant la conférence de presse, le père d’Abbigail Cowbrough, Shane, avait identifié sa fille comme l’une des victimes de l’accident. «Je suis brisé et vidé», a-t-il écrit sur Facebook. «Il n’y a pas de mots. Tu m’as rendu fier pour toujours. Je t’aimerai toujours et tu me manqueras à chaque instant.»

Josianne Garrioch, de Gatineau, était la meilleure amie d’Abbigail Cowbrough, demoiselle d’honneur à son mariage. «C’était une personne vraiment charismatique et pétillante, quelqu’un que vous vouliez côtoyer tout le temps», a déclaré Mme Garrioch.

Les deux femmes s’étaient connues au Collège militaire royal de Kingston, en Ontario, où Mme Cowbrough était responsable de l’ensemble de cornemuses pendant un semestre, et Mme Garrioch s’occupait des danseurs des Highlands. «On s’est liée d’amitié autour de notre passion commune pour la musique et la danse», a déclaré Mme Garrioch.

Une église baptiste à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, a aussi indiqué que la communauté chrétienne avait perdu «une femme merveilleuse» qui avait joué de la cornemuse lors du jour du Souvenir l’automne dernier.

En conférence de presse jeudi matin à Ottawa, le premier ministre Trudeau a offert ses «plus sincères condoléances aux familles, aux amis, à leurs camarades de bord et aux membres des Forces armées canadiennes, aux gens de Halifax et de la Nouvelle-Écosse». Rompant avec sa traditionnelle conférence de presse quotidienne devant sa résidence officielle, M. Trudeau a gagné jeudi la colline parlementaire, où il a été rejoint par le ministre Sajjan et le général Vance.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et le premier ministre de Grèce, Kyriakos Mitsotakis, notamment, ont offert aussi leurs condoléances, jeudi.

Mission de l’OTAN

Le NCSM Fredericton avait quitté en janvier son port d’attache de Halifax, avec le Cyclone, pour un déploiement de six mois en Europe. Bien que la Marine ait depuis rapatrié plusieurs de ses navires en raison de la COVID-19, le Fredericton a poursuivi sa mission.

Dans une entrevue à La Presse canadienne, le ministre Sajjan a laissé la porte ouverte à ce que la frégate Fredericton poursuive sa mission. «Nous ne voulons pas précipiter les choses (…) mais nous voudrions reprendre la mission le plus rapidement possible parce que c’est ce que font nos militaires, a-t-il dit. Même en période de tragédie absolue comme celle-ci, ils ont un travail à faire. Ce sont de vrais professionnels.»

Les hélicoptères Cyclone transportent un équipage de quatre personnes, dont deux pilotes, un opérateur tactique et un opérateur de capteurs, mais peuvent aussi accueillir d’autres passagers. Mme Cowbrough ne faisait pas partie de l’équipage habituel du Cyclone, mais elle avait été autorisée à monter à bord de l’hélicoptère pendant le vol, a indiqué jeudi le général Vance.

Un «appareil superbe»

Les Cyclone sont surtout déployés sur des navires de guerre; ils sont utilisés pour la chasse aux sous-marins, la surveillance en mer et la recherche et sauvetage. L’hélicoptère avait décollé vers 16 h 35, heure locale, mercredi, pour l’exercice d’entraînement en Méditerranée, a précisé jeudi le général Vance. L’appareil regagnait son navire d’attache lorsque le Fredericton a perdu le contact avec l’équipage, à 18 h 52.

M. Vance n’a pas voulu dire s’il y avait eu un appel de détresse avant qu’il ne disparaisse. Les enregistreurs de vol se sont détachés de l’hélicoptère automatiquement lorsqu’il a touché l’eau, a-t-il dit, et des fusées éclairantes se sont déclenchées automatiquement.

Le chef d’état-major et le ministre Sajjan ont pris jeudi la défense des Cyclone, que l’armée n’utilise sur des missions réelles que depuis la fin de 2018, après plus d’une décennie de problèmes de développement, de retards et de dépassements de coûts. Ces Cyclone remplacent les vieux appareils Sea King.

«C’est un appareil absolument superbe et vous savez que c’est vrai quand les équipages et les pilotes eux-mêmes parlent de ses capacités réelles», a soutenu M. Sajjan. «Néanmoins, nous allons mener une enquête très approfondie pour aller au fond des choses, comme nous le faisons dans tous les cas.»

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