Accord entre McGill et des mères mohawks pour chercher des tombes autour du Royal Vic

MONTRÉAL — L’Université McGill et un groupe d’aînées autochtones ont conclu une entente pour rechercher d’éventuelles tombes anonymes sur l’ancien site de l’hôpital Royal Victoria, à Montréal.

Les «mères mohawks» croient que des corps de patients autochtones sont enterrés sur l’ancien terrain de l’hôpital, que McGill est en train de rénover pour agrandir son campus, sur le flanc sud du mont Royal.

Les femmes mohawks disent avoir découvert des preuves de tombes non marquées à la suite d’entretiens avec des survivants d’expériences psychiatriques qui ont eu lieu dans les années 1950 et 1960 à l’Institut Allan-Memorial, affilié au «Royal Vic».

Le Canada et les États-Unis auraient financé des expériences psychiatriques abusives sur des patients vulnérables. Ce programme «MK-ULTRA» comprenait des études sur l’humain avec des médicaments expérimentaux, des séries d’électrochocs et la privation de sommeil.

Les mères mohawks avaient intenté une poursuite au civil en mars 2022 et elles ont obtenu en octobre dernier une injonction pour faire suspendre les travaux d’excavation du projet d’agrandissement de McGill.

Statuant que les rénovations causeraient un «préjudice irréparable», le juge Gregory Moore a ordonné l’arrêt de tous les travaux sur le site jusqu’à ce que les parties négocient un plan archéologique de recherche de tombes. Après plusieurs séances de médiation, les mères et McGill ont conclu cette entente le 6 avril dernier.

Et jeudi, la Cour supérieure du Québec a donné un statut juridique à l’entente qui permettrait à trois archéologues — et à un archéologue débutant nommé par les aînées — d’étudier le site et de déterminer les techniques appropriées pour rechercher des tombes non marquées. Ce comité déterminera quelles méthodes de recherche pourraient être utilisées, telles que le géoradar et l’utilisation de chiens.

«Je suis heureuse que tout le monde soit d’accord avec cela, et nous voulons tous que ça se produise et nous allons vers la justice», a déclaré en entrevue Kahentinetha, l’une des mères mohawks. «Nous avons toujours dit que nous étions là pour les enfants et que nous voulons justice pour tous les enfants.»

Dans le cadre de l’entente, des médiateurs culturels seront également sur place pour assister aux travaux d’excavation et organiser des cérémonies au besoin.

Un précédent pour d’autres sites?

Les travaux préparatoires ont commencé cette semaine, avec une visite du site par les archéologues. L’entente stipule que si aucune tombe n’est trouvée immédiatement, les travaux d’excavation pourront commencer petit à petit — et de manière sensible en cas de découverte inattendue.

Le fond de l’affaire portée par les mères mohawks sera débattu ultérieurement. Mais dans l’intervalle, elles espèrent que l’injonction et l’entente validée par le tribunal serviront de précédent.

Philippe Blouin, anthropologue et interprète qui a aidé les mères dans leurs procédures judiciaires, a déclaré que l’entente pourrait être utilisée pour explorer des tombes sur des sites où des enfants autochtones ont été envoyés – autres que des pensionnats –, comme des sanatoriums ou des «écoles de réforme».

«Ce qui est important, maintenant, c’est que c’est un précédent (…) pour la façon de procéder quand il y a des allégations» de présences possibles de tombes non marquées, a déclaré M. Blouin.

Dans un communiqué, McGill a salué l’entente, qui permettra à l’université et à l’organisme provincial qui soutient les projets d’infrastructures publiques — la Société québécoise des infrastructures (SQI) — de transformer le site en un nouveau pôle de recherche et d’enseignement.

«Cette entente prévoit une collaboration sans précédent entre les Kanien’keha:ka Kahnistensera (les mères mohawks), la SQI et McGill, qui permettra de faire la lumière sur les allégations de présence possible de sépultures anonymes sur des portions de l’ancien site de l’Hôpital Royal Victoria», a déclaré l’université dans un communiqué.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.