Achats américains de médicaments: la CSD plaide pour un régime public ici

MONTRÉAL — Le phénomène des Américains qui achètent des médicaments au Canada rend plus nécessaire encore l’instauration au Canada d’un régime public et universel d’assurance médicaments, estime l’un des membres du mouvement qui milite pour un tel régime entièrement public.

Ce phénomène de l’achat de médicaments au Canada par les Américains risque de causer au Canada des pénuries — artificielles ou réelles — de certains médicaments courants ou de pousser les prix à la hausse, selon certains observateurs.

Des pharmaciens se sont récemment montrés préoccupés par la situation, qui touche particulièrement les régions près de la frontière canado-américaine. Les médicaments sont réputés chers au Canada, mais ils sont encore moins chers qu’aux États-Unis — d’où l’attrait pour les Américains, qui viennent acheter ici, par exemple, de l’insuline ou des médicaments contre l’hypertension.

Même le président américain Donald Trump a dit envisager de permettre l’importation de médicaments moins coûteux en provenance du Canada.

La situation en préoccupe plusieurs au Canada.

La Centrale des syndicats démocratiques (CSD), qui fait partie du mouvement pour un régime public et universel d’assurance médicaments, estime que ce phénomène de l’achat de médicaments par des Américains au Canada rend encore plus urgente la nécessité de se doter ici d’un régime public et universel.

«À partir du moment où les pharmaceutiques utiliseraient ça pour créer une espèce de fausse pénurie de médicaments, on pourrait assister à une inflation au niveau du prix, qui viendrait encore amplifier le problème qu’on rencontre à l’heure actuelle», a fait valoir en entrevue vendredi Luc Vachon, président de la CSD.

M. Vachon rappelle qu’à l’heure actuelle, les régimes privés d’assurance médicaments sont soumis à de fortes pressions, à cause de l’augmentation des coûts. Les primes payées par les travailleurs augmentent; d’autres réduisent leur couverture pour y faire face.

Il continue de croire que seul un régime public et universel donnerait suffisamment de pouvoir de négociation face aux grandes compagnies pharmaceutiques.

«S’il fallait qu’il se crée un autre phénomène qui accentue le prix des médicaments, ce n’est pas juste l’accessibilité, c’est la survie même des régimes privés» qui pourrait être mise en cause, a opiné le dirigeant syndical.

«On veut un régime universel pour éviter ça, pour sortir de ce carcan-là, se décloisonner et faire en sorte qu’on puisse avoir un vrai rapport de forces avec les pharmaceutiques», a plaidé M. Vachon.

Plusieurs autres organisations syndicales militent pour un régime public et universel d’assurance médicaments, notamment la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec), la CSN (Confédération des syndicats nationaux), la CSQ (Centrale des syndicats du Québec), la FIQ (Fédération interprofessionnelle de la santé) et l’APTS (Alliance du personnel professionnel et technique dans la santé et les services sociaux).

Le Canada est le seul pays de l’OCDE à avoir un système d’assurance maladie qui n’inclut pas une assurance médicaments publique. Il est estimé qu’un régime universel et entièrement public, par opposition au régime hybride que l’on a actuellement au Québec, ferait économiser entre 4 et 11 milliards $ par année.

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