Acquitté, l’auteur Yvan Godbout dit pouvoir «respirer de nouveau»

L’écrivain Yvan Godbout, acquitté cette semaine des accusations de pornographie juvénile portées à cause de passages de son roman d’horreur, dit qu’il peut «respirer de nouveau».

«C’est un poids immense de moins sur mes épaules. Je ressens des émotions que je n’ai pas ressenties depuis un long moment», a-t-il déclaré lors d’une entrevue à La Presse Canadienne.

M. Godbout et son éditeur ont été acquittés d’avoir produit de la pornographie juvénile avec le roman d’horreur «Hansel et Gretel».

Le juge Marc-André Blanchard de la Cour supérieure a aussi déclaré invalides des articles du Code criminel portant sur les infractions de pornographie juvénile.

«Les auteurs et les créateurs pourront respirer un peu mieux. Ils n’auront plus l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus d’eux», souligne M. Godbout au cours d’un entretien téléphonique.

Malgré, l’anxiété ressentie depuis 18 mois continue de peser lourd sur lui et sa famille. Il a dû payer le prix, autant financièrement que socialement, de ces procédures.

«J’ai perdu des amis», reconnaît le quinquagénaire.

Il relate les circonstances de son arrestation survenue en mars 2019 à 6h.

«J’étais complètement nu. J’ai dû me rendre à la salle de bain, encore dénudé. Et les policiers m’ont accompagné dans la salle de main. C’était une sorte de cauchemar.»

M. Godbout a choisi de se coucher dans le sous-sol pour les deux à trois mois suivants, incapable de vivre avec le traumatisme vécu.

Son éditeur François Doucet considère que leur victoire judiciaire a une saveur aigre-douce.

«C’est complètement aberrant de se faire accuser sans preuve», a-t-il commenté.

Il a reçu des menaces de mort par courrier et sur les réseaux sociaux. Quand il était à l’extérieur du pays, la police a commis une erreur d’identité et arrêté un de ses fils.

«Un autre de mes fils a tenté de se suicider», raconte M. Doucet.

Édition Ada, la maison d’édition qu’il a fondé en 1992, s’est effondrée financièrement, ce qui lui a causé «d’énormes difficultés financières».

«Les supermarchés ont retiré mes livres de leurs tablettes. Nous éditions 350 livres par année, mais nous avons dû vendre nos immeubles, notre terrain.»

Plus de 40 personnes ont perdu leur emploi.

«Je me demande jusqu’où les procureurs fédéraux et provinciaux ont lu le marquis de Sade», s’est-il moqué.

«Hansel et Gretel», un roman de 250 pages, relate le calvaire d’un frère et de sa soeur qui subissent des sévices physiques, sexuels et psychologiques dans le cadre d’une histoire d’horreur et de science-fiction.

Yvan Godbout avait fait valoir qu’un écrivain qui ne préconise ni ne conseille la pornographie ne devrait voir sa liberté d’expression restreinte par des accusations criminelles. Il avait ajouté que la loi sert à protéger les «enfants réels» et non ceux imaginés dans des oeuvres de fiction.

La Procureure générale du Québec a reconnu que la loi viole la liberté d’expression, mais a plaidé que cette limite était justifiée pour protéger les enfants, parmi les membres les plus vulnérables de la société. 

Dans son jugement de 53 pages, le juge Marc-Blanchard avait donné raison à l’écrivain et à son éditeur.

La province a 30 jours pour interjeter appel.

M. Godbout envisage de «rebâtir» sa vie avant de relancer sa carrière d’écrivain ou même d’intenter des poursuites.

«Pour le moment, je veux vraiment me concentrer sur ma famille et moi. Je n’ai pas été le seul â être blessé. Il y a mes proches et ma maison d’édition qui ont subi des dommages incroyables et pratiquement irréparables.»

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