Affaire Camara: le DPCP refuse de s’excuser et de répondre aux questions

MONTRÉAL — Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) refuse de s’excuser auprès de Mamadi Camara, l’homme accusé erronément de tentative de meurtre sur un policier et détenu pensant six jours.

Questionnée à deux reprises par La Presse Canadienne à savoir si des excuses seront présentées à M. Camara, la porte-parole du DPCP, Me Audrey Roy-Cloutier, a répondu que la position de l’organisation se trouve dans un communiqué de presse où il «explique sa démarche».

Or, il n’est aucunement question d’excuses dans ce document publié vendredi. Le DPCP tente plutôt de justifier les actions qu’il a posées et évite de dire quelles preuves convaincantes il détenait pour accuser Mamadi Camara, se contentant de noter que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lui avait transmis «des témoignages et les informations relatives à la scène de crime».

Bien que Mamadi Camara ait été placé en état d’arrestation par la police, il revenait au DPCP de déterminer dans les 24 heures si des accusations devaient être portées contre lui.

Le DPCP indique également dans son communiqué que pour déposer des accusations, un procureur «doit être convaincu, sur le fondement de son analyse objective de la preuve, qu’un juge ou un jury impartial et bien instruit en droit pourrait raisonnablement conclure à la culpabilité du suspect à l’égard de l’infraction révélée par la preuve».

Vendredi en fin d’après-midi, dans un geste exceptionnel, le chef de police de Montréal a annoncé publiquement que Mamadi Camara était innocent et qu’il s’excusait pour «les inconvénients». Le DPCP a aussitôt indiqué qu’il ne comptait pas reprendre les procédures à l’égard de M. Camara, comme le lui permettait le Code criminel, mais n’a pas offert d’excuses.

Au cours des derniers jours, plusieurs voix se sont élevées, dont celle du premier ministre Justin Trudeau, pour réclamer que la lumière soit faite sur les événements.

La demande d’entrevue faite au Directeur des poursuites criminelles et pénales par intérim, Me Vincent Martinbeault, par La Presse Canadienne a fait l’objet d’une fin de non-recevoir «par respect pour l’enquête en cours et les procédures judiciaires qui pourraient en découler».

«Il est impératif que nos communications publiques ne nuisent pas à ce processus afin qu’ultimement, l’agresseur de l’agent Sig soit traduit devant les tribunaux et que la justice puisse suivre son cours», a expliqué sa porte-parole dans un courriel.

Excuses en personne

De son côté, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a offert des excuses en personne à M. Camara, lundi.

Si ce geste a fait du bien à sa famille, il n’est absolument pas suffisant, a souligné l’avocate de M. Camara, Virginie Dufresne-Lemire.

«Ce n’est pas une reconnaissance de responsabilité, donc le dossier continue», a-t-elle indiqué au bout du fil.

«Il a vécu l’enfer. Juste dire: « je m’excuse », ce n’est pas suffisant, loin de là.»

M. Camara est en train de réfléchir notamment à l’idée de déposer une poursuite, a ajouté son avocate.

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